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Note de Windbase : Première Interview « déléguée », merci à Monsieur Tortue pour le coup de main. Je vous livre son interview venu tout droit d’un windsurfer Russe!

« Tortue » venait de passer trois mois presque seul sur une plage déserte et redécouvre la société de ceux qui savent planer. Quand il retrouve les amis il est étonné de distinguer un van portant des plaques Russes. Son propriétaire, lui dit-on, est un windsurfer émérite qui a parcouru près de 20.000 kilomètres pour arriver jusque là. Tortue, que tout cela piquait d’une délicieuse curiosité, alla un soir frapper à la porte du van qui s’ouvrit sur un sourire bienveillant. La suite de cette rencontre est relatée ci-dessous :

Tortue : Salut camarade, peux-tu nous dire qui tu es et ce qui t’amène ici ?

Sergeï Makarenka : Je suis Sergeï Makarenka, je viens de Russie et je suis windsurfer depuis quinze ans. C’est mon loisir, mon travail et ma famille car ma femme et mes deux garçons sont également passionnés. On peut dire que ma vie entière tourne maintenant autour du windsurf. L’été nous ouvrons nos deux écoles près d’Anapa, l’une emploie cinq instructeurs et l’autre sept. Nous y organisons des camps pour les plus jeunes et des compétitions de slalom le week-end. Sur une bonne saison ça peut aller jusqu’à 16/20 manches pour les amateurs les plus motivés. A la fin de l’été nous accueillons une des trois manches du championnat national. L’hiver, bien sûr, la pratique devient plus rare en Russie mais toujours permise dans le sud du pays par vent de sud. Comme nos écoles sont alors fermées j’ai eu l’idée de me déplacer avec une partie du matériel vers des pays plus chauds. Nous avons un grand van aménagé pour plusieurs personnes et beaucoup de matériel. Égypte, Canaries, Maroc, je précède mes clients qui me retrouvent sur place sans avoir à se soucier de la logistique. Ils voyagent en avion et s’établissent à l’hôtel lorsqu’ils préfèrent ne pas vivre à temps-plein dans le van. Pour une semaine ou plus et par cette formule économique je motive mes clients à venir pratiquer sur des sites de qualité. Cela leur permet également de tester les planches Flikka et les derniers modèles Maui sails.

Sergeï

Tortue : Comme nombre d’entre nous tu viens d’une région plutôt fraîche située aux antipodes du lieu de naissance du windsurf, peux-tu nous décrire l’arrivée de ce sport dans cette partie du monde ?

Sergeï Makarenka : Le winsdsurf est arrivé en Russie principalement par les J.O de Moscou en 1980 mais, durant les deux années précédentes, il a fallut préalablement former des sportifs à cette discipline. Parallèlement à cela, un bateau russe de recherche universitaire s’est rendu à Hawaii pour 6 mois et un des membres d’équipage est revenu avec un matériel de windsurf acheté sur place. Devant le succès de sa planche sur les plage de sa patrie, ce gars et un de ses amis ont lancés une production amateur d’une quinzaine de planches. Ils s’en servirons pour donner des cours et donc ouvrir la première école de windsurf du pays, nous sommes alors en 1978 au bord de la mer noire. A la même époque dans la capitale, des voyageurs rapportent également des équipement venus d’Europe. Au bord de la mer Noire, à Gelendzhik, un français nommé Guillaume débarque avec un van plein de matériel d’occasion pour ouvrir un centre.

Tortue : Dès le début les pratiques autour du windsurf étaient variées, comment est-ce que tu a été attiré par ce sport ?

Sergeï Makarenka : J’étais nageur professionnel et je me suis rendu à Porto pour une compétition. Je connaissais déjà les Mistral One Desing dédiées à la pratique olympique, sans en saisir le coté fun. A mon arrivée sur les plage de Porto, j’ai découvert de jolies petites planches multicolores et rapides qui jouaient dans les vagues. J’ai tout de suite voulu acheter un équipement, mais ce ne fut pas possible. Juste après je me suis rendus à Brest pour un entraînement. Avec beaucoup de patience et un peu de chance, je finis par trouver le magasin de planches à voile. Malheureusement et malgré les efforts du vendeur, mes 600 dollars d’économies de l’époque ne me permettent pas de m’offrir ce que je désire.

Anapa

Je rentre alors en Russie participer à une course de longue distance. Après cinq heures et demi de nage, dans les vagues et le vent du nord, je suis exténué mais certain d’avoir aperçu des voiles de windsurf. Dès que possible je me rends à nouveau sur cette plage et finis par découvrir une école de windsurf, celle construite par Guillaume, mais il n’y a pas de vent. Quelques jours plus tard un courant très léger se fait sentir et je fonce tenter ma chance. Le responsable me demande si je désire un instructeur, je refuse car étant sportif je pense m’en sortir seul. Bien sûr cela n’a pas fonctionné ! Mais je reviens et demande alors de l’aide. Cette fois et grâce aux conseils de l’instructeur, je peux sentir un progrès, je commence à comprendre. Dès lors et même si à cette époque j’habitais à 160 km de ce club, j’y retourne les week-end et les vacances car la passion est née.

Tortue : Pour ceux qui y sont devenus sensibles le windsurf et le voyage représentent des centres d’attraction majeurs dans la vie, le windsurf est-il un bon prétexte pour découvrir ton pays ?

Sergeï Makarenka : Chaque ville du bord de la mer Noire possède une école de windsurf. Dans la région de Krasnadar, qui donne accès sur la mer Noire et sur la mer d’Azov plus proche, il y a une quinzaine d’écoles. Autour de Moscou il y a cinq écoles de voile qui ouvrent l’été. On y trouve du matériel débutant et freeride. St Persbourg est bien doté avec trois ou quatre gros surf centers et du matériel pour débutants. En Russie et jusqu’à peu on ne trouvait pas d’autre matériel que celui pour débuter car, un fois ce niveau dépassé par les élèves, ils achetaient leur propre matériel. Cependant on voit venir de plus en plus de petit matériel à louer dans les écoles. Ceci est liés au tourisme, à la conjoncture économique et à la pratique encore occasionnelle de nombreux windsurfers débrouillés. La saison touristique débute au milieu du mois de juin et se termine dans les dernières semaines d’août.

Veselvoska

Il y a plus de vagues dans la mer Noire que dans la mer d’Azov. Anapa possède un aéroport et non loin une grande péninsule sur laquelle j’ai ouvert deux écoles de voile, Veselovka et Vlagowisovska. D’un coté une eau toujours plate et de l’autre une eau plus ou moins agitée, avec parfois de jolies vagues qui peuvent devenir grosses. Nos cours se déroulent sur l’étang où la hauteur d’eau arrive à mi cuisse, partout des plages de sable. Nous avons aussi du matériel de slalom car les conditions s’y prêtent. Si quelqu’un veut venir nous rendre visite et découvrir la région je suis prêt à l’aider. Les hôtels sont souvent pleins l’été mais on peut trouver un studio ou une chambre disponible dans le village tout proche. Il faut se rendre à l’aéroport d’Anapa et y louer une voiture. Sachez que l’on parle très peu anglais en Russie, sauf à Moscou, et qu’il est bon d’avoir un traducteur électronique avec soi. Il y a là-bas peu d’infrastructures de tourisme mais une bonne couverture wifi.

Vlagowisovska

Tortue : Notre sport fédère des personnes d’horizons très variés, peux-tu décrire les pratiquants que tu côtoies chez toi près d’Anapa ?

Sergeï Makarenka : Les réguliers ont la quarantaine et du matériel plus tout frais. Je dois faire beaucoup d’efforts pour qu’ils se rendent compte que le matériel actuel est beaucoup plus agréable. Dans nos centres nous accueillons régulièrement jusqu’à 60 hommes et 40 femmes pour des cours débutants et de perfectionnement. Le site étant particulièrement propice nous pouvons proposer une formule de six heures pendant lesquelles l’élève apprend le beach-start, les deux demi-tours, le harnais et les footstraps pour terminer au planning. Six heures avec instructeur et 10 heures sans nous suffisent à former un nouveau windsurfer. Quand un élève atteint ce stade nous l’invitons à fêter cet évènement et lui souhaitons la bienvenue dans le club de ceux qui savent planer. Pour les jeunes du village on offre les cours. C’est un moyen de leur donner une chance de devenir instructeur, de faire ce métier plutôt qu’un autre. Certains de mes instructeurs sont d’anciens élèves, tous sont aujourd’hui de vrais professionnels qui savent donner la bonne information au bon moment pour faciliter la progression des élèves.

Tortue : On entend souvent que le windsurf est un sport où le matériel occupe une place importante, aujourd’hui tu sembles avoir trouvé une bonne solution avec les planches de chez Flikka, peux-tu nous dire comment cela est arrivé ?

Sergeï Makarenka : D’abord j’ai eu des JP, qui ne sont pas mal, ensuite des Patrick, qui sont top en slalom et freeride mais trop techniques en vague. Puis un ami m’a mis en relation avec Sacha, manager chez Flikka, et l’aventure commune a débuté. J’ai commencé par acheter les planches que Luka avait shapées en fonction de mes besoins, je lui ai fait confiance car ses options différaient parfois des miennes. Et ce fut un succès car les planches fonctionnent à merveille. Les Flikka sont solides avec de très bons shapes, mes clients en sont ravis. La marge pour le distributeur est moindre qu’avec les planches venues de Thaïlande mais c’est un choix que j’assume. La moitié de mes clients qui viennent pour de la location arrivent d’Italie et demandent des planches RRD. J’ai donc beaucoup de planches de cette marque et cela permet la comparaison avec Flikka. On répare sans cesse les RRD mais pas les Flikka qui ont un renfort Kevlar ou Dyneema sur le nez, certaines ont deux saisons et sont encore en parfait état. Je prends du temps pour que mes clients qui ne jurent que par RRD essaient aussi les Flikka. En général, après deux ou trois échange de planche le client garde la Flikka ou en réserve une pour le reste de son séjour, ceci est très commun. Des planches fabriquées en Europe, adaptées, agréables, innovantes, solides et moins chères, que demander de plus ! J’aime ce que je vois quand je me rends à l’atelier chez Flikka, presque tout y est fabriqué sur place avec un grand soucis de qualité. Père, fils et ouvriers, au total une équipe de huit personnes spécialisées sur chaque partie de la planche. Leurs rails de mât et d’ailerons en carbone sont si légers que la planche reste équilibrée, même avec 5 boîtiers d’ailerons.

Vlagowisovska

Tortue : Cela fait quelques temps déjà que le windsurf est passé de mode. En tant que professionnel, de quel outil as-tu besoin aujourd’hui pour attirer de nouveaux pratiquants ?

Sergeï Makarenka : J’ai commencé à tourner une vidéo promotionnelle réalisée en partenariat avec un ami concessionnaire VW. On y voit des jeunes couples et de jolies filles à bord d’un van California et qui se font des sessions freeride du coté d’Anapa. On passera ce film dans les salles de fitness, le but est de casser les vieux modèles qui sont encore dans l’esprit de la plupart des gens, de montrer une image actuelle du windsurf. Les films que l’on trouve en Russie en ce moment montrent encore des gens plus tout jeunes, bedonnants, du vieux matériel, des grosses vagues, des double loop, et ça ne fonctionne pas. On a vraiment besoin d’autre chose. Et c’est un bon moment pour le faire car les russes ont plus tendance à rester au pays à cause de la situation économique.

Tortue : C’est évidemment une bonne chose que cette vidéo car l’esthétique semble être un attrait puissant vers notre sport, il n’y a qu’à voir les regards délaisser les kites quand un windsurfer talentueux anime le spot. Dernière question : que souhaites-tu dire à tes lecteurs en guise de conclusion ?

Sergeï Makarenka : Venez nous rendre visite, nous sommes prêts à vous accueillir !

C’est noté se dit Tortue en revenant sur ses pas, très heureux que le windsurf soit une si belle manière de joindre l’utile et l’agréable.

Pour contacter Sergeï : makarsurf@mail.ru et www.windsurfclub.ru