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WINDBASE : Hello Teiva, peux-tu nous en dire plus sur toi? Ton age, tes spots, ton type de navigation préférée?

TEIVA : J’ai eu 18 ans le 20 janvier dernier, je fais du windsurf depuis environ 5 ans et plus sérieusement en slalom depuis 3 ans. Je navigue le plus souvent à Eole (Leucate), Goulet (Wesh Center Crew), Port la Nouvelle, et les Saintes Maries de la Mer en vagues. En slalom, pour aller vite il faut avant tout être confort, donc je passe pas mal de temps à régler mon matos, optimiser. Je n’aime pas trop naviguer en force, j’essaie de faire glisser le plus possible…

WINDBASE : Depuis quand t’intéresses-tu à la voilerie? Comment as-tu eu le « déclic » qui fait qu’on passe d’une envie de création de voile, à la mise en pratique?

TEIVA : En classe de 3ème au collège, je devais faire un stage dans une entreprise… je ne savais pas trop quoi faire…
Un mois avant je venais de passer au travers d’une voile, et en discutant avec mes parents, je me suis dis pourquoi ne pas aller voir ce que ça donne en voilerie ?
De plus il a toujours été clair pour moi que mon futur métier serait dans le milieu qui me passionne : la voile et en particulier le windsurf.

Teiva Sails

WINDBASE : Tu as eu besoin de beaucoup de matériel pour démarrer? On voit sur les photos et vidéos que tu mets sur le net un local avec une vraie table de voilier, tu peux nous en parler?

TEIVA : J’ai surtout besoin de pas mal d’espace ! Car le plancher est fixe et donc assez encombrant… J’ai réussi à trouver une machine à coudre à un prix très raisonnable. Après, pour ce qui est des tissus, double-face, insigna … j’au réussi à les commander chez le fournisseur de toutes les grandes marques comme North, Pryde, Loft, P7 : Dimension Polyant.
Certes cela représente un investissement, mais cela revient quand même moins cher que d’acheter les voiles du marché!

WINDBASE : Ta première voile, c’était quoi, et ça a donné quoi? Tu as réussi à naviguer avec, ou elle a fini à la benne? Au bout de combien d’essais tu as été satisfait?

TEIVA : Ma première voile… une 3.3 de vague si on peut dire.
Je l’ai commencée à la fin de mon stage en entreprise (voilerie Epure), et l’ai terminée un petit moment après dans mon garage.
Aucune pince! C’est simple, j’ai déroulé le rouleau de tissu et j’ai coupé ma voile dedans ! Elle était entièrement en Dacron.
J’ai navigué avec pendant 1 an, pour une voile tempête, ça allait très bien !
Aujourd’hui elle est dispatchée dans d’autres voiles sous forme de renforts… je ne m’en servais plus et j’avais besoin de ce tissu…

Teiva Sails

WINDBASE : As-tu une marque de prédilection ou un type de voile qui t’inspire?

TEIVA : C’est difficile de répondre à ce genre de question…
Toutes les voiles actuelles se valent plus ou moins.
Pour moi il y a deux marques qui sortent du lot, c’est Loft et Pryde.
Ils on réussi à obtenir une certaine homogénéité dans leur voiles, un compromis gréement/voile, que les autre n’ont pas.
Il y a aussi les Point 7 qui ont l’air vraiment très bien ! J’espère les essayer très vite !
Je pense que ces trois marques sont actuellement les meilleures que l’on puisse trouver sur le marché.

WINDBASE : Quels types de voiles préfères-tu fabriquer? Et surtout, quels types de voiles peux-tu fabriquer, si certains planchistes étaient intéressés?

TEIVA : SLALOM ! Beaucoup plus technique, et intéressant je trouve.
Je peux fabriquer n’importe quel type de voile… mais je ne les vends pas, sauf celles dont je ne me sers plus.
Mon objectif est avant tout de développer, d’améliorer et arriver au niveau de celles du marché, et qui sait peut être mieux ?

WINDBASE : Combien peut coûter la fabrication d’une voile en matériaux? En terme de temps, tu passes combien d’heures pour en fabriquer une?

TEIVA : Ce qui me coûte le plus cher, ce sont les tubes carbones pour faire les lattes… du coup, la voile me revient à environ 200 euros.
Sans les tubes, ça me coûte entre 100 et 150 euro.
Tout les tissus, insigna, sangles etc… ne reviennent pas si cher.
Si je devais compter le nombre d’heures passées pour une voile, celle ci me reviendrait TRES cher.
Minimum 35 heures par voile.

WINDBASE : Comment t’y prends tu pour créer une voile? Tu passes par la CAO, tu prends un shape existant, tu y vas au feeling?

TEIVA : Jusqu’à présent j’ai toujours fait mes voiles à l’ancienne, c’est à dire que je trace mes courbes, ma voile posée sur mon plancher, découpe mes patrons, assemble en donnant des pinces…
Je choisis une voile qui me plaît, je copie sa courbe de guindant, et à partir de celle-ci je fais le reste de ma voile comme il me convient.
L’idée étant de faire une base pour différentes tailles de voiles.
Une fois que j’ai ces bases, je peux les faire évoluer.
L’année prochaine, je vais apprendre à utiliser différents softs comme autocad, rino, sailspack…
Je devrais intégrer un BTS construction navale à Lorient en alternance.

Teiva Sails

WINDBASE : Donnes tu un comportement « Teiva Sails » particulier à tes voiles?

TEIVA : Je teste différents compromis, par exemple la 6.8 1ere génération possède un gros creux plutôt sur l’avant et une forte ouverture de chute et est gréée sur un SDM (genre P7) alors que la 5.2 possède un creux plus centré, une chute fermée avec un tissus très fin en tête et est gréée sur un mat RDM (genre loft). Je teste différents types de courbe de guindant, matériaux et j’en tire des conclusions. Pour l’instant je ne suis pas fixé sur un type de comportement de voile en particulier.

WINDBASE : Quel type de mat préfères-tu utiliser? (Flex top, Constant, hard top?)

TEIVA : Jusqu’à présent je n’ai utilisé que des constant curve : Amex, et maintenant Reptile qui est mon partenaire.

WINDBASE : As-tu fait des tests sur le nombre de lattes? On voit les voileries « historiques » aller de neuf lattes sur les voiles de slalom à deux ou trois lattes en vagues…. Ton avis là-dessus?

TEIVA : Non pas vraiment… je pense que le top c’est 8 lattes pour les voiles de slalom et 4 voire 5 pour celles de vagues.
En slalom, 9 lattes n’apportent pas plus de stabilité de profil mais rendent les voiles plus lourdes… et moins de 8, on ressent la différence, j’ai une 7.8 en 7 lattes et elle à tendance a être un peu molle… après c’est toujours une histoire de compromis.
En vagues, je n’ai jamais eu l’occaz de tester des 3 lattes, mais ça a quand même l’air un peu mou !

WINDBASE : Tu as fait récemment un séjour chez Gasoil, peux-tu nous raconter comment cela s’est passé, et ce que cela t’a apporté? Question bonus : Ils ne t’ont pas trop traumatisé? 😉

TEIVA : Oui j’ai fait un stage chez Gasoil l’été dernier pendant 2 semaines, c’était vraiment génial ! On a fabriqué deux voiles pour Philippe, un 4.7 et une 5.2. C’était des voiles de freeride/slalom sans cambers. J’ai ainsi pu voir quelle procédure il faut suivre,apprendre de nouvelles méthodes, techniques… Cela m’a permis d’enrichir mes connaissances. Sinon ça va je n’ai trop été traumatisé, Philippe et Michel sont des passionnés, c’était vraiment une super expérience et j’espère retourner faire un tour chez eux un de ces quatre !

Teiva Sails

WINDBASE : Est-il possible de retoucher une voile facilement lorsque tu la fabriques ou après test? Changer une pince, un panneau, une couture….

TEIVA : Oui tout est possible sur une voile, il faut juste avoir le temps et la motivation car pour modifier un pince par exemple sur une voile terminée demande de défaire une grosse partie de la voile…
C’est laborieux mais c’est pourtant comme cela qu’on avance !
Passer une semaine non stop à faire une voile qui au final a un défaut et ne pas la modifier parcequ’on a la flemme… c’est dommage.
Toutes mes voiles ont subi des modifs après tests car il y a toujours un petit truc qui ne va pas comme on l’aurai souhaité en la dessinant.

WINDBASE : Fais-tu de la réparation de voiles?

TEIVA : Des fois oui pour rendre service à des amis, cela me permet de me payer du matériel pour mes conceptions et puis en démontant les voiles je peux voir comment font les grandes marques !

WINDBASE : A l’avenir, penses tu pouvoir vivre de ta fabrication de voiles? Faire une marque à part entière, ou travailler chez un voilier par exemple?

TEIVA : J’espere devenir designer de voile de windsurf, après je ne sais pas si je créerai ma propre marque ou si je travaillerai chez une autre…
A partir du moment où je fais ce que j’aime … ça me va trèèès bien !

WINDBASE : Peut-on te commander une voile en direct?

TEIVA : Pour le moment, les voiles que je fabrique sont uniquement pour moi (s’il y en a une qui traîne et que je n’utilise plus , je la vends), le but étant de développer un maximum afin d’arriver à obtenir des voiles aussi performantes (ou plus ! qui sait ?) que celles du marché.
Mes voiles ne sont pas vraiment faites pour durer, ce n’est pas le but, en plus, comme je le disais précédemment, elles sont beaucoup modifiées et cela les fragilise, je ne peux donc pas trop les vendre…

WINDBASE : Tu as fait le championnat de France espoir, raconte-nous, la compétition, le regard des autres coureurs sur tes voiles, ton objectif sur ces compétitions?

TEIVA : En arrivant au France, j’avais un peu peur que le jaugeur n’accepte pas mes voiles car ce ne sont pas des voiles de série, de plus j’entendais beaucoup de monde autour de moi dire que je n’aurai pas le droit etc…
Finalement c’est passé sans souci !
Pendant l’épreuve, je n’ai malheureusement pas eu les conditions espérées, c’était une tram pourrie à 12 ou 15 nds très irrégulière.
J’ai navigué en 7.8 toute la semaine, j’ai pu réellement comparer cette voile avec les autres.
Au final, je termine 22, assez loin de mon objectif de top 10, c’est comme ça ! Cela m’a montré que j’avais encore beaucoup a progresser.

WINDBASE : Si tu ne devais garder qu’une voile, pour naviguer toute l’année, tu prendrais quoi?

TEIVA : Actuellement ce serai la 6.8 je pense que c’est la plus aboutie.
Mais les dernières, 5.2 et 6.8 deuxième génération ont aussi l’air de bien marcher … J’ai pas trop eu le temps de les tester à cause de l’école mais ça ne saurait tarder !

Quelques images de la part de Teiva pour finir