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Lors d’une prise de contact avec Peter au sujet des planches T1, et après avoir posé quelques questions sur mon matériel, je me suis empressé de demander si une interview serait possible. Chose qu’il a accepté très vite, un grand merci à Monsieur Thommen donc. Et encore une fois merci à ceux qui ont participé en venant me proposer leurs questions bien à eux.

WINDBASE : Est-ce toujours toi qui développe les planches, et effectue la totalité de la R&D, et ou se font ces développements?

PETER : En effet, c’est toujours moi qui me colle à la tache. J’essaie tous les prototypes que je réalise. Cela me permets aussi de faciliter la communication avec les gars et les filles à qui je confie des tests et de mieux cerner dans quelle direction je dois faire évoluer mes designs. La plupart des essais se font à Maui ou je fabrique mes prototypes et ou on peut trouver quasiment toutes les conditions dont on a besoin.

WINDBASE : Comment se passe le développement d’un nouveau modèle, ou la modification d’un shape existant? Travailles tu à l’ancienne dans un atelier, ou plutôt en numérique?

PETER : Cela fait quelques années maintenant que j’utilise un programme de design pour paufiner mes shapes et nous avons investi dans une machine de shape très performante pour améliorer non seulement la précision mais aussi pour garantir une reproduction exacte de mes designs. Cela permet aussi de vraiment apporter d’infimes changements.

WINDBASE : Ou sont fabriquées les planches Thommen?

PETER : Les planches de série T1 sont produites chez Jinli Composites Ltd en Chine tandis que mes prototypes et mes planches custom sont fabriquées avec le concours de la Nelson Factory à Maui. Je collabore avec ces gars depuis plus que douze ans…

Thommen

WINDBASE : Peux tu nous faire une planche réplica de la Thommen 260, avec les matériaux actuels? Pour ces planches qui ont marqué les esprits, existe-t-il un équivalent dans ta gamme actuelle?

PETER : Toute est possible – je pense que je retrouverais encore les cotes principales de cette planche (ou d’autres d’ailleurs). La RS54 devrait être la planche la plus proche de la 260 dans la gamme actuelle…mais bon, ce n’est quand même pas la même chose.

WINDBASE : En France beaucoup de monde n’a pas du tout connu tes planches après la période Sputnik, quelles ont été les principales évolutions que tu as suivies au niveau des shapes depuis?

PETER : Il est vrai que depuis la période F2 mon travail n’a pas été aussi médiatise faute de moyens publicitaires, entre autre. Mais j’ai continue le développement de mes shapes en intégrant certains nouveaux composants tout en maintenant une certaine continuité concernant les caractéristiques: je suis toujours a la recherche d’une certaine sensation spécifique que doivent procurer mes planches; aussi bien les planches de vagues que les planches de slalom ou même les freeride.

WINDBASE : Peux-tu nous dire, d’un point de vue purement technique, quels sont les avantages mécaniques et de mise en oeuvre du bambou dans tes planches? Quelles sont les différences fondamentales avec le carbone, et la fibre de verre?

PETER : Bon, le bamboo a des propriétés techniques franchement intéressantes; aussi bien en traction qu’en compression. C’est une fibre naturelle qui pousse littéralement comme de la mauvaise herbe tandis que la fabrication de fibres de carbone demande énormément d’énergie; donc, il y a aussi une composante écologique qui nous a fait pencher vers l’utilisation du bamboo. Le plaquage en bamboo nous a permis d’améliorer toutes les qualités mécaniques de nos planches d’un coup d’un seul.

WINDBASE : Il n’y a pas de planches quad/twin/trifin dans ta gamme. A ton avis, ce retour à ce type d’ailerons est il simplement un coup marketing, ou une réelle révolution? Vas-tu sortir des modèles de ce type?

PETER : Ce n’est pas que du marketing et les planches ‘multifin’ vont faire partie du paysage de la planche a voile, d’autant plus que, contrairement aux premières planches, des modèles plus récentes ont fait de gros progrès vers une réelle polyvalence d’utilisation: bref, maintenant on peut même tirer un bord tout droit sans avoir peur d’un spin out incontrôlable a la rencontre du moindre petit clapot…D’un autre cote, un bon single fin reste plus adapte a l’usage d’un grand nombre de planchistes. Nous n’avons pas encore décidé si et quand nous allons proposer des modèles multifin dans notre gamme; c’est évidement aussi une question d’investissement.

WINDBASE : Depuis le temps que le windsurf existe, peut-on dire qu’il y ai des standards gagnants en terme de shape? On voit des planches radicalement différentes, avec du double concave, des cut out, sans cut out…

PETER : Oui, bien sur, il y a des designs ou des caractéristiques qui ‘marchent’. Personnellement, j’aime des solutions simples, des lignes pures et harmonieuses tant que possible. C’est quand on pousse la performance dans certains domaines que l’on a recours a des trucs plus spécifiques comme des cut-out etc., et cela pour de bonnes raisons; il faut simplement être conscient que cela ne favorisera qu’un aspect et peut-être contre-productif dans d’autre. Tout cela est une question de priorités.

WINDBASE : Les shapes de slalom ont-ils des types de voiles préférés? Par exemple, est-il possible de dire, en connaissant le shape de la planche, si elle marchera mieux avec une voile d’une marque ou d’une autre?

PETER : Il est vrai que les voiles ont souvent des caractéristiques un peu différentes concernant la façon dont elles ‘chargent’ le flotteur – mais en général il est possible de régler toutes voiles sur touts les flotteurs. Cela est d’autant vrai que le choix de l’aileron va grandement influencer ces réglages. C’est un tout : planche, voile et aileron.

WINDBASE : Est-il possible de réaliser un flotteur ultra compact ou en deux parties pour voyager léger?

PETER : Tout est possible si l’on met les moyens – intellectuels et financiers.

WINDBASE : Si je te dis que je fais plus de 100 kilos, que je fais du freestyle, peux tu me proposer une planche adaptée a mon gabarit? Les planches de 100 litres actuelles sont trop petites…

PETER : Le freestyle demande qu’une planche puisse déjauger et accélérer sous la moindre impulsion d’énergie. Donc, il faut un certain surplus de volume pour la maintenir a flot tout le temps. Le volume nécessaire se calcule plus ou moins ainsi: Le poids du gars + environ 10 kg pour le gréement et autres accessoires + 6 – 8 kg pour le poids du flotteur. Donc, pour un gars de 100 kg, un flotteur de freestyle devrait faire autour de 120 litres pour être efficace dans des vents moyens.

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WINDBASE : La société Head utilise en ski et en tennis une fibre intelligente auto adaptative, serait-il possible d’utiliser ce type de fibres en planche à voile pour améliorer nos flotteurs? (Un peu plus d’infos ici : http://www.head.com/ski/technology.php?region=fr&tag=ski&id=139 )

PETER : Il y a un grand nombre de nouvelles matières et/ou procédés qui pourraient être appliqués a la fabrication de planches à voile. Souvent, c’est le coût, soit des matières soit de l’outillage nécessaire pour leur mise en oeuvre, qui sont prohibitifs… Nous ne sommes pas dans une situation d’un marché ou l’on est prêt à payer facilement une prime pour une meilleure technologie…hélas.

WINDBASE : Les planches Thommen ont quasiment disparu en France, que s’est il passé? De même cela fait très longtemps qu’on a plus vu une planche Thommen dans un spécial test?

PETER : Nous avons connus quelques problèmes avec un premier producteur il y a de cela quelques années. Nous ne pouvions pas livrer comme prévu ce qui avait conduit notre distributeur à jeter l’éponge. Aujourd’hui, la situation à changé et nous poursuivons quelques contacts en vue d’une distribution de T1 en France. Affaire a suivre, donc. (NDW : Affaire qui sera suivie de très près faites moi confiance 😀 )
La présence d’un produit dans un test est dépendante de sa disponibilité, donc de sa distribution, et aussi des pages de publicité réservées dans les différents supports…

WINDBASE : Dans quel pays les Thommen se vendent le plus? Au total, combien de planches Thommen sont vendues par an?

PETER : Mon partenaire Mark Thoms et sa société WindGear BV sont basés en Hollande. Notre premier marché est donc naturellement le Benelux. Ensuite nous collaborons avec des distributeurs en Italie, Angleterre, Grèce et les pays Scandinaves. Moi, de mon coté, je m’occupe des ventes aux Etats-Unis et au Canada.
Le nombre de planches? Pas encore assez – même si nous n’avons pas l’ambition de devenir un poid-lourd de l’industrie. Mais, ceci dit, nous progressons…

WINDBASE : Qu’est devenu le partenariat avec Proof pour les planches de vagues?

PETER : Cela a prit fin avant même la séparation avec Bjorn. Pour des raison plutôt personnelles, d’ailleurs, puisque je m’y sentais pas a l’aise pour travailler, naviguer ou pour simplement y passer une bonne partie de mon temps (NDW : à Gran Canaria). Pour travailler, je suis très attaché aux conditions de Maui et aussi aux gens avec qui j’y collabore.

WINDBASE : En terme de délais, de qualité et de coût, ou penses tu que la production en série de planches de windsurf soit le plus intéressant? Existe-t-il d’autres alternatives à Cobra?

PETER : C’est un débat qui mériterait plus que quelques lignes… Mais, pour faire court: oui, il existe des alternatives a Cobra, T1 en livre déjà la preuve et je pense que nous proposons des produits d’une meilleure qualité de fabrication.

WINDBASE : Fabriques tu des customs à la demande? Si oui, quelle est la gamme de prix, et quelles sont les différences avec la gamme Thommen standard?

PETER : Oui, bien sur. J’aime même beaucoup cela. Le contact direct avec le client d’abord et le challenge de lui concocter la meilleure planche possible… et aussi ce flottement jusqu’aux premiers retours d’impressions une fois la planche livrée.
Les différences avec les planches de série peuvent se manifester partout, dans tous les domaines…c’est cela le sur-mesure. Souvent, mes planches de série servent de base de discussion pour déterminer un projet individuel.
Les prix peuvent varier pas mal suivant les choix de construction, d’accessoire ou d’esthétique. Pour donner une idée, le prix de base est de 2250 dollars pour un flotteur avec straps et pads expédié de Maui. Ensuite, le prix se calcule suivant le choix de fibres, de plaquage etc…

WINDBASE : Comment vois tu ton avenir? Te consacreras tu toujours à ta propre marque, ou as tu déjà eu des propositions pour faire de la R&D pour une marque de planche plus répandue et disposant de gros moyens?

PETER : J’aime faire ce que je fais et j’ai vraiment envie de poursuivre le développement de planches – pour moi, pour T1 et, pourquoi pas, pour une autre marque…je suis certainement ouvert a tout.
Il y a aussi d’autres domaines qui m’intéressent comme le design de meubles, par exemple.

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WINDBASE : A ton avis, pourquoi le prix du matériel de windsurf a autant augmenté ces dernières années? Le marché peut-il tenir à ce rythme sans s’écrouler?

PETER : Augmente? Par rapport a quoi? Cela n’a certainement pas augmenté beaucoup par rapport à l’augmentation des prix de nos matériaux de base, les coûts de transport et du coût du travail…faut pas oublier que même une planche de série demande beaucoup de main d’oeuvre: une planche n’est pas un produit pop’out.

WINDBASE : Penses tu qu’il est possible de frapper un grand coup pour faire bouger le marché du windsurf, en proposant par exemple des produits vraiment moins chers (comme les planches C2 produites en Europe de l’est), ou des options de shape radicalement différentes? Quel est ton avis sur les planches creuses (comme AirInside)

PETER : Frapper un grand coup demande d’abord de grand moyens pour le faire savoir…donc un gros budget de marketing. Ensuite, cela ne se calcule que si le nombre de produits vendus sera vraiment important. La solution miracle, je n’y crois pas. Le low-cost en planche n’est pas une évidence, non plus. La qualité a son prix – et l’absence de qualité aussi; chose que l’on a tendance à oublier un peu trop vite a mon goût.
Une révolution des design? Bien sur, encore faut-il qu’elle marche vraiment… Le public n’est pas dupe.
Les planches creuses: Une très bonne solution si l’on maîtrise la mise en oeuvre. Le point négatif, ce sont les coûts d’outillage, le prix des matières premières et du travail hautement qualifié. Tout cela ronge toute possibilité de viabilité économique d’un projet de ce type.

WINDBASE : Le marché du windsurf se réduit chaque année, beaucoup sont partis vers le kitesurf, quelle serait la voie à suivre pour retrouver les années fastes qu’on a connu à la grande époque de la PBA et de Peter Stuyvesant?

PETER : Contrairement a beaucoup d’autres, je n’accuse pas le kitesurf. Certes, il y a des gens qui ont migré dans cette direction mais je pense plutôt que le windsurf, c’est-à-dire l’industrie (y compris la presse spécialisée, évidemment) n’a pas su proposer ou promouvoir ni des produits ni un contexte vraiment adaptés à la demande d’un nouveau public. Malheureusement, je n’ai pas de recettes toute prêtes a proposer non plus. Mais il n’existe quasiment pas d’infrastructures qui favorisent la pratique du windsurf, il n’y a quasiment pas d’endroit ou peut louer du bon matériel et il n’y a quasiment pas de scène sociale autour de la planche comme il en existait un peu partout au début…
Ensuite, les années fastes des débuts ne reviendrons pas, c’est certain: le mode de vie a change; les attentes et le goût du public a changé, etc. etc.
Le windsurf est une occupation, un sport, qui demande beaucoup de persévérance: cela ne s’apprend pas pendant un après-midi et cela ne se pratique pas quand on le veut entre midi et deux ou après le boulot avant le dîner… Mais que c’est bon pour vider la tête et pour vivre de bonnes sensations!

WINDBASE : Que penses tu de la course à l’armement qu’on voit actuellement dans le windsurf? Le pratiquant moyen utilise le même matériel que les champions, penses tu que cela va dans la bonne direction? Serions nous plus heureux avec du bon matériel de freeride?

PETER : Le course a l’armement a toujours existé dans tous les disciplines sportives ou l’on se sert d’un équipement. Ensuite, il est vrai que dans la planche on semble croire en cette fantaisie que l’on doit absolument se servir de la même planche qu’un champion du monde…en oubliant qu’il a toute une palette de planches a disposition, navigue tous les jours ou presque… Je pense que la plupart des planchistes seraient mieux servis en utilisant des planches qui leur facilitent la navigation et offrent des plages d’utilisation le plus vaste possible. Evidement le choix de son support dépend des conditions que l’on rencontre le plus souvent, son niveau de navigation etc. etc.
Mais bon, rare sont les gens qui vont chercher le pain en Formule 1…

WINDBASE : Quels sont tes rapports avec Bjorn à ce jour? Certains disent que tu as tout perdu lors de cette séparation, qu’en penses tu? combien de fois t’a-t-on posé cette question depuis cette rupture…?

PETER : On ne peut perdre quelque chose que si l’on a quelque chose a perdre. Les dernières années de notre collaboration étaient plutôt marquées par son absence que par son existence.
Cette question ne m’a pas souvent été posée – et je n’avais aucune raison de communiquer d’avantage a ce sujet. Nous avons arrêté de collaborer; c’était mon choix et je ne le regrette pas même si j’aurai préféré une autre évolution.

WINDBASE : As-tu d’autres activités autour des planches Thommen?

PETER : Je collabore avec mon partenaire Mark Thoms dans tout ce qui concerne la marque; du breefing de marketing jusqu’a la rédaction de textes…

WINDBASE : Quels sont parmis tous ceux que tu as réalisés, tes shapes préférés, et pourquoi?

PETER : Il m’est arrive de réaliser des shapes qui étaient très spéciaux en leurs temps et heures. Mais, généralement, je n’entretiens pas de nostalgie pour ce que j’ai fait; ce qui m’intéresse, c’est avancer et proposer de meilleures planches.

WINDBASE : Quel est pour toi le meilleur spot que tu aies pratiqué?

PETER : Sur la cote nord de Maui il y un récif extérieur, connu sous le nom de Spartan Reef… Cela ne fonctionne que par un gros swell; a partir d’un bon 8 pieds (hawaïen), donc hauteur de mat. Même s’il faut remonter au vent pour rejoindre le line-up, cela reste accessible directement en planche et on n’a donc pas besoin d’assistance de bateaux ou autres jet skis. Le spot n’est que rarement couru par les pros et les medias, donc, il n’y a pas beaucoup de monde. J’adore cet endroit: on est a peu près a un kilomètre de la plage avec une vue extraordinaire sur la cote et sur Haleakala qui domine l’île du haut de ses 3023 mètres… splendide.

WINDBASE : On fait un apéro entre planchistes, tu viens?

PETER : Volontiers – si je me trouve dans les parages et qu’il y a autre chose que de la bière a boire… ce qui devrait être le cas dans une région réputée pour son vin, j’espère…