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Encore une interview sous traitée 🙂 Cette fois, c’est un certain Tortue qui s’y colle (merci!), et qui passe Monty Spindler sur le grill, directement dans son loft!

WINDBASE / TORTUE : Es-tu d’accord pour dire que le windsurf c’était mieux avant ?

MONTY SPINDLER : Cela dépend de quel point de vue on se place, les années 80 et 90 ont étés marquées par l’enthousiasme de la découverte et du développement. Une émulation très excitante à vivre et qui a finalement favorablement influencé l’évolution du matériel. Aujourd’hui le windsurf est très largement meilleur, plus confortable et source d’un plaisir accru.

Techniquement quel est l’avantage de travailler à partir de Tarifa plutôt que depuis un autre « hot spot » comme les Canaries par exemple ?

Les statistiques de vent sont ici parmi les meilleures mais ce qui pour nous fait la force de Tarifa c’est la variété des conditions, beaucoup de vent fort mais pas uniquement. Entre ici et Cadiz nous pouvons tester chacune de nos voiles, chaque taille de chaque modèle, les autres sites n’offrent pas souvent une telle diversité.

Peux-tu décrire l’évolution de ton métier, ainsi que ce qui aujourd’hui favoriserait l’innovation dans ce secteur ?

Le voilier est à la recherche des courbes les plus efficaces pour animer le gréement et cela ne change pas. Nous avons maintenant des outils informatiques qui automatisent la démarche mais le véritable travail est fait manuellement, par le dessin et les calculs. Un résultat obtenu par ordinateur ne peut surpasser la qualité des données que l’on y a introduit! Des techniques comme l’essai en soufflerie peuvent nous aider mais il ne faut pas oublier que la pratique du windsurf est très spécifique, dans laquelle tous les facteurs sont dynamiques. L’intuition et l’expérience du voilier ainsi que des essais en conditions variées sont encore la meilleure voie d’optimisation du gréement.

Quelle est la voile dont tu es le plus fier aujourd’hui ?

La Racing Blade 2013 tout d’abord, puis vient la dernière Pure Lip car je sens que ce modèle poursuit une amélioration constante sur une longue période.

Participes-tu personnellement à la mise au point de tous les modèles ou te focalises-tu sur certaines gammes uniquement ?

Je participe évidemment activement au développement de chaque modèle, cependant mes capacités physiques et mon niveau de pratique ne me permettent pas de tout faire. Ce que j’adore c’est de sentir les changements apportés par une modification, que ce soit par le réglage ou par la coupe. De plus je suis entouré d’une équipe d’excellents coureurs qui m’aide beaucoup à pousser les voiles à leurs limites.

Qui sont les « riders » avec lesquels tu travailles réellement à la mise au point des nouveaux modèles ?

Principalement Erik Beale pour nos Speed Blades ainsi que Ramon Pastor (ESP-72) et Fernando Martinez (ESP-71) comme « hot locals » pour les gammes vague, slalom et formula.

Que représente pour toi le marché français ?

J’ai beaucoup travaillé avec de très brillants coureurs français, et ce depuis l’époque Neil Pryde ou A.R.T. Ces hommes, ces femmes et cette histoire de longue date font que je suis affectivement attaché à ce territoire.

Que penses-tu des initiatives visant à relocaliser la production du windsurf en Europe ? Envisages tu des actions en ce sens ?

J’aime à voir que de nombreuses personnes travaillent et proposent une production singulière car cela est bon en soit. Aujourd’hui si nous voulions rapatrier la production de The Loft Sails en Europe il faut s’attendre à une très forte hausse des prix car les voiles demandent beaucoup de main d’œuvre. Une bonne chose avec notre fournisseur Global Creation est qu’il est lui-même entouré de ses propres fournisseurs, donc chaque pièce de notre production est fabriquée dans la région de Shenzhen. J’ai longtemps fabriqué chez moi dans mon grenier tous les prototypes, cela représentait cinquante ou soixante voiles par an. Même si je construis encore un nouveau modèle de temps en temps, aujourd’hui les prototypes sont également fabriqués chez Global Creation car je suis très satisfaisait du degrés de qualité atteint chez eux.

Quelle est la géographie des lieux de production, de test et des marchés de The Loft Sails ?

La région de Shenzhen pour la production. Principalement Tarifa pour les tests bien que les membres de notre équipe naviguent partout dans le monde. L’Europe et le Japon sont nos marchés les plus importants.

Que penses-tu de la marque SAILOFT dont le nom, et parfois le design, ressemble énormément à celui de The Loft Sails ?

Je n’en connais pas personnellement les responsables, j’aime la diversité, et ils en font partie. Pourquoi s’offusquer ou bien s’imaginer copié, et si tel est vraiment le cas alors c’est que l’on est apprécié.

L’adéquation entre flotteurs et gréements est-il un axe fort de développement de la production de The Loft Sails ? Travailles-tu de concert avec un shaper et ne ressens-tu pas le besoin de développer des supports spécifiques pour tes produits ?

J’utilise personnellement les planches de chez Starboard et je me régale avec ce matériel. Chacun de mes coéquipiers possède son propre sponsor pour les flotteurs et, bien que nos testions de très nombreuses combinaisons, il ne semble pas que nos voiles soient meilleures sur un support plutôt qu’un autre.

Es-tu satisfait du mode actuel de réglage des voiles ?

Le mode de réglage actuel des voiles permet une grande variété de possibilités qui méritent d’être explorées par tout un chacun. Il faut jouer avec ces possibilités afin de les apprivoiser, car ils sont une source de sensations et de plaisir immense. Je vois encore beaucoup de gens qui ne paraissent pas concerné mais, connaître sa voile et chercher chaque fois le meilleur réglage cela signifie également développer la plage d’utilisation, ce qui au final permet de réduire le nombre de voiles.

Est ce que tu as essayé le Wind-Foil et est-ce que tu comptes développer une voile spécifique pour le foil ?

Je possède un foil et nous cherchons depuis quelques année à définir un cahier des charge optimal pour ces voiles. Notre démarche à de bonnes chances d’aboutir dès l’an prochain sous la forme d’un modèle dédié à cette nouvelle pratique.

Verra-t-on un gréement gonflable signé The Loft Sails ?

J’aime profondément l’idée de faciliter l’accès au windsurf et le gréement gonflable me semble évidemment une bonne chose. The Loft Sails développe sa gamme de produits, voyons ce qui arrive dans le futur.

Quels sont les pays les plus gros clients de The Loft Sails ?

En premier la France, avec une position assez marquée, vient ensuite la Japon et d’autre pays européens dont certains commencent à s’intéresser à nous, comme le Royaume-Uni, l’Allemagne ou la Pologne. Depuis peu notre volume de vente croit de nouveau ce qui est un soulagement autant qu’une forte motivation.

Quel est l’influence de la clientèle dans le développement de la production The Loft Sails ?

Je suis attentif aux retours que je peux obtenir de nos clients. Tous les commentaires pertinents qui nous parviennent à travers le site web me sont transmis.

De nombreuses personnes regrettent le forum The Loft Sails, c’était un moyen de communication extraordinaire qui rendait bien des services, quelle est la raison de sa disparition et que proposer aux personnes qui ne souhaitent pas utiliser Facebook ?

J’étais un fan du forum car je trouvais pertinente cette forme d’échange et de communication. Un point de vue qui n’a pas toujours été partagé, c’est pourquoi le forum a disparu. Je suis pour son retour même si le site reste un bon vecteur et que la page Facebook l’est également, d’autant plus qu’elle est animée par un passionné de la première heure que nous venons d’intégrer officiellement.

Quelle est la stratégie de The Loft Sails en terme d’équipe de compétiteurs et de visibilité sur les épreuves, notamment dans le circuit PWA ?

Une excellente nouvelle est l’intégration toute fraîche de Pascal Toselli (FR-916) dont le travail et la présence parmi nous sont une grande source de motivation supplémentaire. Nous allons poursuivre ainsi nos efforts afin poursuivre le renforcement de notre équipe.

Pourquoi sponsoriser Miriam Rasmussen? Qu’apporte-t-elle à la marque ?

Miriam est une passionnée qui n’hésite pas à se mettre à l’eau dans des endroits insolites. Parce qu’elle communique richement au sujet de sa pratique, son aide nous offre une meilleure visibilité.

Est-il possible d’avoir une idée de la répartition par gamme des ventes de The Loft Sails ?

Ce sont les Pure Lip qui se vendent le plus, viennent ensuite les modèles slalom et speed.

Pourquoi ne pas modifier les voiles une seule fois tous les deux ans par exemple plutôt que de le faire chaque année comme les autres marques le font ?

Je ne suis pas pour le fait de tout modifier constamment, par exemple les caractéristiques de flexibilité de nos mâts ne changent pas bien que nous en améliorons la construction, cela rend pour chacun les choses plus simples. Quand je sens qu’un détail est abouti je ne vois aucune raison de ne pas le garder, cela est souvent le cas, parfois jusqu’à trois années consécutives. Mais ce qui est valable pour la coupe des voiles ne l’est pas automatiquement pour les coloris. Changer chaque année les couleurs est plus attractif et plus rentable, bien que là encore nous cherchions à ne pas pénaliser le niveau logistique. Nous proposons dorénavant certains modèles en deux coloris qui sont associés à des spécificité technique distinctes, ainsi, pour une même coupe, deux version et deux couleurs.

Il semble que tes voiles soient devenues plus fragiles depuis quelques années, pourquoi ?

Je ne dirais pas que les voiles soient devenues franchement plus fragiles. Le fait est que la production en général à choisit de migrer vers des matériaux plus légers, par exemple en réduisant les épaisseurs des films de 5 à 2 Mil. Nous avons suivi mais cette solution ne me satisfaisait pas pleinement. C’est pourquoi nous avons développé notre propre monofilm, en 3,5 Mil. Il faut également savoir que le monofilm coloré est plus résistant aux U.V que le transparent. Parce qu’il est composé de deux feuilles assemblées par une colle pigmentée, les U.V traversent moins de matière et sont plus rapidement diffusés.

Il semble que les Racing Blade aient fait preuve d’une grande longévité grâce au x-ply, pourquoi l’abandon du x-ply sur les Racing Blade ?

Pour des raisons d’efficacité, les voiles en monofilm sont plus rapides car les ondulations à la surface du X-Ply perturbent l’écoulement de l’air. D’autre part un monofilm 4 Mil se déforme moins sous la contrainte qu’un X-Ply en 2 Mil, cela se vérifie en plage haute et c’est pourquoi les voiles de speed donnent de meilleures performances si elles sont construites en monofilm.

Pourquoi les Racing Blade et Switch Blade acceptent maintenant le SDM et le RDM alors qu’elles étaient uniquement RDM il y a quelques années ?

Je crois que nous avons été les premiers à équiper nos voiles de slalom de mâts RDM qui sont super résistants tout en étant à la fois très flexibles et très réactifs, de plus les cambers pivotent plus rapidement. Ceci est une solution qui fonctionne bien pour la plupart des utilisateurs mais nous avons trouvé que le comportement du SDM peut être sensiblement plus performant pour les gabarits lourds. Autoriser les deux montages permet à ces voiles d’être plus accessibles et plus adaptables.

Les Racing Blade 2017 annoncent un prix en légère baisse, est-ce un repositionnement pour le long terme ?

C’est le fruit d’un lourd travail et qui devrait durer.

En 2016 les Racing Blades étaient disponibles en version slalom et speed, quelles sont les différence entre les 2 ?

Les Racing Blades et Speed Blades sont deux coupes distinctes car l’utilisation finale n’est pas identique, le speed se jouant seulement au largue. La principale différence entre ces deux voiles est une ouverture de chute supérieure de quelques degrés en faveur de la Speed Blade.

Même si les nouvelles têtes de voiles sont aussi performantes, le sensitip avait le mérite supplémentaire de donner un look spécifique au voiles The Loft Sails, pourquoi avoir abandonné le Sensitip? Un retour du SensiTip est-il envisageable ?

Je reste un grand fan du SensiTip car c’est une excellente façon de donner de la souplesse en tête de voile. Mais la courbure de cette latte supporte mal le stockage roulé, alors la tête entière se déforme et gardera le souvenir de sa position roulée au moment de gréer. Ces déformations sont la raison de la disparition du SensiTip dont je suis pour un retour, dès que nous aurons trouvé le moyen de minimiser les effets du roulage sur la tête de voile.

Pourquoi ne pas faire une Oxygen en 10.8 m² comme l’O2 qui est particulièrement légère dans cette taille et qui permet de naviguer au planning dans la pétole sans devoir être un athlète.

Cette idée ne semble pas se justifier à présent mais nous n’hésiterons pas si elle devient pertinente commercialement.

Tes voiles ont obtenues par le passé plusieurs records de vitesse, que leur manque-t-il pour être encore plus rapide ?

Des gros bras encore plus rapides !

Les flotteurs semblent toujours se raccourcir, quelle est l’influence de cette tendance sur le design du gréement ?

Cette question demande une étude avant de pouvoir y répondre sérieusement, néanmoins le flotteur et le gréement sont très liés par leur capacités respectives qui doivent s’harmoniser.

Il semble que nous tendions vers des voiles plus souples munies de chute plus tendue, quelles en sont les raisons ? Que penses-tu de cette évolution ?

La souplesse apporte du confort ce qui permet d’être plus efficient, c’est à dire d’être mieux plus longtemps, c’est ce vers quoi tend l’évolution.

Chaque année les voiles sont dites meilleures, plus facile, plus rapide ou plus légère mais la différence peut être insensible pour le planchiste lambda, pourquoi ?

De petites différences n’ont souvent que de que petits effets, il faut se garder de l’exagération tout en aiguisant sa sensibilité par la pratique.

Les fourreaux de voile intègrent une protection à leur pied, pourquoi celle-ci ne s’étend-elle pas jusqu’au bas de la fenêtre de mât afin de protéger le nez des planches courtes ?

Cela serait peut-être opportun sur certain modèles comme pour le freestyle ou le freeride.

Que penses-tu des voiles double profil comme les Heru ?

C’est un travail intéressant mais qui est encore pénalisé par son poids trop important.

Selon toi le windfoil peut-il aller vite et battre le record de vitesse en planche ?

Je possède un hydrofoil ainsi qu’une petite expérience sur ce support et je constate que le foil aujourd’hui permet des performances comparables au matériel de slalom. Cependant le foil n’est pas encore aboutit et grâce à ce potentiel de développement il est probable qu’il devienne plus compétitif que le matériel de slalom. Il est même possible que l’hydrofoil soit déjà devant pour les allures de près serré, de plein largue et pour le petit temps. Cela devrait suivre prochainement pour le travers et le speed.

A ton avis quelle sera la prochaine révolution pour les voiles et les flotteurs ?

L’hydrofoil est incontestablement une grande évolution, pour ce qui est à venir je vous le dirais quand je le saurais !

Une dernière pour le dessert : qui peut-on voir sur le transat dans la vidéo 2017 ?

C’est Miriam bien sûr !