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For English version click here Miriam Rasmussen

WINDBASE : Miriam, est-ce que tu peux nous dire qui tu es?

MIRIAM : Je suis une Norvégienne qui a complètement changé de vie il y a quatre ans. D’une vie sans sports, je suis passé à une pratique intensive du windsurf et du ski, et j’en ai fait mon style de vie. J’ai décidé dès le début de faire des reports de mes activités et de les partager avec tout le monde à travers les réseaux sociaux.

WINDBASE : Tu es jeune, tu aimes les sports extrêmes, alors… pourquoi tu n’as pas choisi le kitesurf, comme tant de monde aujourd’hui ? (Note de Windbase : Je ne suis pas du tout d’accord avec eux !). Qu’est-ce qui t’a menée au windsurf ?

MIRIAM : Ahem, je ne connais pas la definition du mot “jeune” en France, mais je suis assez sûre que ce mot ne s’applique plus à moi! 😉
J’ai choisi le windsurf parce que la ville où j’habite possède une communauté de windsurfers active.
Je pense qu’il est temps pour nous de nous demander pourquoi, quand une personne choisit un sport nautique, elle choisit le kite. Je ne peux parler que pour moi bien sûr, mais je pense que les filles sont rebutées par l’accueil qu’elles reçoivent quand elles rejoignent la communauté. Comprends-moi comme il faut – j’aime le windsurf, et la plupart des gens que j’y croise sont très sympathiques.
J’ai commencé le windsurf il y a trois ans. Quand je suis devenue une personne « publique » sur les réseaux sociaux, et quand j’ai commencé à trouver des sponsors, des gens m’ont critiquée en disant que je n’étais pas assez bonne dans ce que je faisais, et que d’autres méritaient plus que moi d’être sponsorisés. Pour moi, cela me semblait étrange que je ne puisse pas avoir le temps d’apprendre le windsurf, c’est comme si les gens attendaient de moi d’être championne du monde l’année où j’ai commencé !

Je suis comparée à des athlètes qui font du windsurf depuis qu’ils (ou elles) sont jeunes, qui sont des professionnels, et qui dans la plupart des cas n’ont pas d’enfants. J’ai 35 ans et j’ai deux enfants de 8 et 12 ans, je travaille à plein temps. J’ai quitté mon ex, déménagé, changé de travail, commencé à apprendre le windsurf, le ski, et ajoute à ça un gros travail sur les réseaux sociaux. Je pense que je mérite chaque sponsor qui me soutient ! Régulièrement, on se moque de moi et on me ridiculise sur la plage, ainsi que sur les réseaux sociaux. Mon point de vue, c’est que je ne peux pas comprendre pourquoi certains windsurfers expérimentés passent leur temps à cracher sur les gens qui ont une vraie envie d’apprendre le windsurf.
Peut-être que ce qui m’arrive est unique et ne reflète pas la réalité de ce qui se passe dans le windsurf, mais je dois admettre que je me demande ce qui ne va pas quand je vois que la grosse part des nouveaux venus sur nos sports de glisse se porte sur le kitesurf et pas sur le meilleur sport du monde, le windsurf !

Y-a-t-il une chance que ce que j’ai découvert par moi même soit le cas pour d’autres? Si oui, je pense que la communauté du windsurf devrait réagier, et décourager ceux qui ont ce point de vue vis à vis des autres windsurfers. Il y a des règles simples sur la plage, dire bonjour, sourire, offrir de l’aide si besoin, en d’autres termes : BE NICE, surtout avec les débutants!

Miriam Rasmussen

WINDBASE : La façon dont tu profites du windsurf, les sessions que tu partages sur internet, cela ressemble à l’esprit fun du windsurf des années 90. Peux-tu nous expliquer ta « windsurf way of life » ?

MIRIAM : C’est une bonne observation. Dans les années 80 et 90 (quand j’étais jeune!), le windsurf avait plus de poids et une meilleure audience. Deux de mes idoles sont Jenna et Robby, des athlètes charismatiques qui offraient bien plus que la seule performance au public.
La plupart des gens voient le sport comme quelque chose qu’ils peuvent faire pour le fun. De nos jours tout le monde se focalise sur les actions extrèmes dans tous les sports, j’ai peur que cela fasse fuir les gens qui pourraient choisir le windsurf comme un passe temps. J’ai décidé d’essayer de montrer que le windsurf est une excellente activité, peu importe ton niveau, en retraçant mon propre apprentissage depuis le départ.

WINDBASE : Quels sont tes buts en windsurf? Tes projets ?

MIRIAM : Je veux être vraiment bonne dans ce que je fais, je veux vivre la vie d’un windsurfer. Pour me mettre la pression et pour apprendre plus vite, je vais commencer la compétition cette année. J’espère me qualifier pour une finale de PWA, et finir dans le top dix en 2016.
J’ai beaucoup de projets dans le futur, mais je vais attendre qu’ils prennent forme avant de les partager. Tu sais comment c’est, les idées ne se concrétisent pas toujours !

WINDBASE : Combien de sponsors as-tu actuellement? Peux-tu les nommer en dix secondes, ou la liste est trop longue?

MIRIAM : C’est facile! Challenger Sails,Novenove,Powerex, AL360, PFTfins, Unifiber, CLIPHarnesslines, RedGullEurope et Surferskin! 9 sponsors en 10 secondes, no problem!

WINDBASE : Est ce que tes sponsors te permettent de skier et de faire du windsurf tous les jours, ou as-tu un métier à côté ? Lequel ?

MIRIAM : Je suis coach dans ma propre salle de gym. Je peux décider de mes horaires, je peux donc adapter mon entrainement à ma semaine de travail.

WINDBASE : Est-ce que c’est dur de trouver des sponsors? Que te demandent-ils? Gagner des compétitions, une grosse visibilité dans les réseaux sociaux….?

MIRIAM : Quand j’ai démarré ce projet il y a quatre ans, j’espérais avoir des sponsors un jour. Mais j’étais persuadée que je devrais démarrer la compétition avant tout. Pendant que je progressais en windsurf, j’ai travaillé dur sur mes connaissances des réseaux sociaux. Cet effort a payé plus tôt que je ne l’espérais, et j’ai commencé à recevoir des offres de la part des industriels assez tôt. J’ai été claire sur mes limites quand il s’agit de mon niveau en windsurf, mes contrats de sponsoring sont tous ciblés sur ma présence sur les réseaux sociaux. Plus tard, j’espère que je pourrais offrir plus à mes sponsors bien sûr.

WINDBASE : Est-ce que tu te considères comme une windsurfer pro, ou veux-tu l’être un jour?

MIRIAM : Par définition je ne suis pas professionnelle actuellement, mais je rêve de l’être dans le futur. Je suis persuadée que si je continue à travailler aussi dur que je l’ai fait depuis trois ans, cela se fera !

WINDBASE : Est-ce que tu penses que tu aurais autant de sponsors si tu n’avais pas un physique avantageux?

MIRIAM : Je sais pertinemment que l’apparence physique ne joue pas quand on doit choisir qui doit être sponsorisé ou pas. Cela se résume simplement : qui représente le sport de la meilleure manière. Je suis persuadée que si un windsurfer avait fait autant d’efforts, et s’était investi de la même manière que ce que je l’ai fait depuis quatre ans, il aurait obtenu le même résultat que moi.
Mes sponsors savent quelle masse de travail est nécessaire pour fournir du contenu utile à la promotion, chaque jour, chaque semaine au cours de l’année. Je peux t’assurer, ils comptent sur moi parce que je donne plus de retour, et pas à cause de mon physique.
De plus, j’essaie de bien me comporter et d’être bonne joueuse. Tu vois, je crois au Karma. Tu recevras ce que tu mérites dans la vie.

WINDBASE : Que préfères-tu dans le windsurf? Une session de slalom au taquet, une session de vagues, ou du freeride / bump&jump sans prise de tête ?

MIRIAM : Facile, une session de slalom au taquet! Pourquoi? C’est à peu près tout ce que je sais faire pour le moment!

WINDBASE : Quand essayeras-tu de rider de grosses vagues?

MIRIAM : Je vais essayer de rider de petites vagues cette année, je n’ai aucune expérience dans le domaine, mais ca me semble vraiment fun, et je voudrais vraiment essayer si je trouve un spot “facile”

Miriam Rasmussen

WINDBASE : Peux-tu me dire ce que tu ressens quand tu es sur ta planche au planning ?

MIRIAM : Ohhh, c’est le pied! Je vois tout comme dans un tunnel, les contours sont flous, tout semble passer au ralenti et les sons s’éloignent. Tu glisses sous le soleil et ça dure une éternité! Chaque problème disparait, tu oublies tout à part le moment présent. C’est une des meilleurs sensations que tu peux éprouver comparé aux risques de blessures inexistants !

WINDBASE : Penses-tu que ta motivation, et la joie que tu ressens grâce au windsurf, peuvent attirer plus de femmes dans notre sport ?

MIRIAM : J’espère! J’essaie de partager à quel point ce spot a changé ma vie pour motiver d’autres personnes à choisir ce qui est bon pour eux. Pas forcément le windsurf, mais parfois, prendre le risque de changer peut tout changer !

WINDBASE : Il semble que tu t’entraines beaucoup, sur l’eau, et hors de l’eau. Peux-tu nous décrire une semaine d’entrainement normale pour toi ?

MIRIAM : Pendant l’hiver je pratique le Cross-fit et je soulève de la fonte dans mon club. Habituellement je skie deux ou trois fois, et si les conditions sont là, je fais du windsurf.
En général, je m’entraine en basse et moyenne intensité 6 à 8 heures par semaine, et en moyenne et haute intensité, de 4 à 6 heures par semaine (Note de Windbase : Alors là, ça pique, bordel !)

WINDBASE : Désolé pour la question, mais c’est important dans notre sport…. Combien mesures-tu, et combien pèses-tu ?

MIRIAM : Je fait 1m75, et je pèse entre 63 et 65 kilos l’hiver. Il y a cinq ans, je pesais 58 kilos. Ca a été dur pour moi d’accepter de prendre du poids. Cependant, j’ai constaté des progrès fulgurants en windsurf à mesure que je prenais du poids en prenant du muscle. Je pense que « Strong is the new skinny» est devenu ma nouvelle devise.

WINDBASE : Peux-tu nous en dire plus sur ton quiver? Combien de voiles, de planches, quelles tailles, quells ailerons… On veut tout savoir!

MIRIAM : J’adore parler de mon matériel!

J’ai trois voiles de vagues Three-G en 3.5, 4.2 et 4.7. Au dessus, j’ai six voiles full camber Aero+ de 5.4 à 9.2. Tout en haut, j’ai une voile de formula de 11m², toutes sont des Challenger Sails.

J’ai aussi une Fluido Softwing 6.0 en test. Cette voile est une très bonne surprise, à la fois facile et efficace, un très bon profil sans cambers. Peut-être que je testerai la version freerace l’an prochain à la place des Aero.

Mes boards sont des Novenove WC slalom, 89/109/129. J’espère avoir les 2015 bientôt (96/115/125).

J’ai une board de vagues de 86 litres, et SUP gonflable, le tout de chez Novenove.

Powerex me fournit mes mâts, 3 mâts de vagues RDM carbone, et 6 mâts race SDM carbone. Ils sont très bien construits et réagissent super bien.

AL360 me fournit mes wishbones, trois wish slalom E3 carbone, et un slim carbone pour les vagues. Super prise en main, et très bien fabriqués.

J’ai des bouts de harnais Clip harnesslines (moulés), J’en ai de plusieurs couleurs, ils sont facilement réglables, ça fonctionne bien.

J’ai double boardbag à roulettes Unifiber pour transporter facilement mon matériel en voyage.

Récemment, j’ai reçu de nouveaux ailerons de Plan Fins technology (PFT, d’Italie), en carbone, ils sont affutés, rapides et faciles à contrôler. Ils m’ont envoyé 30 et 32 en G10, et 34/36/38/40/46 en carbone.

Miriam Rasmussen

WINDBASE : Quel est ton combo préféré? Pour quelles conditions?

MIRIAM : J’adore glisser dans 16-20 noeuds, avec ma 109 wc slalom, en 7.1 ou 7.8 Aero +.

WINDBASE : Est-ce que tu peux nous en dire plus à propos du windsurf en Norvège? Il y a beaucoup de pratiquants ?

MIRIAM : Je ne sais pas trop… En me basant sur les différentes communautés Facebook, j’estimerais le nombre de windsurfers Norvégiens aux alentours de 500, à plus ou moins 100 près.

WINDBASE : Est-ce que vous pouvez naviguer toute l’année en Norvège, ou faut-il arrêter après l’été, quand la glace recouvre la mer, et les orques avides de sang viennent chasser ? (Note de Windbase : Non, j’ai pas bu… Promis)

MIRIAM : J’estime que 20-50 pratiquants en font toute l’année. La saison “normale” dure de mai à octobre. Nous mettons des combis intégrales et des chaussons tout l’été, l’eau dépasse rarement les 21 degrés.

WINDBASE : As-tu déjà essayé l’ice windsurfing?

MIRIAM : La Norvège n’a pas beaucoup de spots qui s’y prètent. Par contre, on peut faire du windsnow, et j’ai un kitewing pour utiliser avec mes skis quand il y a du vent.

WINDBASE : Est-ce que tu penses que le ski t’aide pour le windsurf, et inversement?

MIRIAM : Je pense qu’il n’y a pas de lien direct d’un point de vue physique, mais la partie la plus importante est la même : reste concentré !
Oublie tes peurs, oublie que tu as froid, et oublie la douleur. Concentre toi sur ta technique et sur le bon temps que tu passes !

Miriam Rasmussen

WINDBASE : Vas-tu au Défi Wind cette année? Quel y serait ton but? Est-ce que tu adaptes ton entrainement pour cet évènement?

MIRIAM : J’y serai, mais ma place n’est pas encore confirmée, il y a eu un problème d’inscription. Donc, j’irai, et j’espère qu’il y aura une place ouverte pour moi. J’irai plusieurs jours avant pour tester le spot et m’habituer aux conditions. Mon but est de finir toutes les courses. Je pense que je peux le faire si le vent n’est pas complètement fou !

WINDBASE : As tu déjà participé à une LD?

MIRIAM : Pas encore? Parfois, je fais des sessions d’une heures orientées LD pendant mes entrainements.

WINDBASE : Tu fais partie du Slalom Team Norway, peux-tu nous en dire plus?

MIRIAM : J’ai formé le STN il y a quelques mois pour différentes raisons. L’une d’elles est la promotion du slalom en Norvège, et la seconde raison est la promotion des meilleurs slalomeurs de Norvège, en participant à des compétitions internationales au niveau relevé. Enfin, j’espère créer un engouement positif envers le windsurf en général en montrant la joie et l’enthousiasme portés par ce sport.
J’ai avec moi les clubs et les planchistes les plus passionnés et volontaires du pays sur ce projet, seul le temps dira si nous réussirons. Nous basons nos stratégies sur l’intégration, pas sur l’exclusion, nous allons organiser des clinics avec le STN partout où les gens peuvent nous rejoindre, pour apprendre dans les meilleures conditions.

WINDBASE : As-tu prévu de participer au tour PWA? Peux-tu nous dire si tu t’entraines aussi dur afin de finir dans le top 5 PWA en 2016, et dire « surprise !!!! » à tout le monde ?

MIRIAM : Je prévois de participer au tour PWA cette année si je peux me le permettre. Je ne pense pas que j’ai besoin de finir dans le top 5 pour surprendre tout le monde, cela sera surement suffisant si je participe à n’importe quelle étape de la PWA.
Je serai plus qu’heureuse avec un top 10 dans le classement des PWA femmes en slalom. Le top 5/6 joue dans une ligue différente, c’est difficile de se rendre compte si je pourrais un jour me mesurer aux filles les plus rapides.

WINDBASE : As tu des trips windsurf prévus en 2015 2016? Quels pays aimerais-tu visiter dans une optique windsurf?

MIRIAM : Et bien, je vais être prise par les étapes et events (Corée du Sud, France, Alacati, New Caledonia, et Afrique du Sud l’hiver prochain). Je compte participer à un maximum de compétitions nationales et internationales en plus de ça. Peut-être un trip en Italie aussi

WINDBASE : Es-tu proche de Svein Rasmussen? Si oui, t’a-t-il poussée vers le windsurf?

MIRIAM : Mon père s’appelle Svein Rasmussen, cependant il n’est pas le Svein de Starboard. Le même nom, mais pas le même homme.

Miriam Rasmussen

WINDBASE : Est-ce que tu penses que le windsurf est macho? Est-ce que ça a été difficile pour toi de découvrir le windsurf à cause de ça ?

MIRIAM : Je ne dirais pas macho, mais complètement dominé par les hommes. Cependant, cela a beaucoup changé ces dernières années, il y a plus de filles qui naviguent en Norvège que jamais.
Mais, comment ne pas apprécier tous ces grands gaillards dans leurs combinaisons en néoprene? Les filles qui ne font pas de windsurf ne savent pas ce qu’elles manquent ! 😉

WINDBASE : Pour finir, je devais te le demander, car beaucoup de monde se demande, as-tu un boyfriend?

MIRIAM : Comme je l’ai dit, j’ai 35 ans, et j’ai deux enfants de huit et douze ans, je n’ai plus de boyfriend, j’ai un mari!
La raison pour laquelle il est « invisible » dans la vie sur les réseaux sociaux, c’est qu’il est aussi mon photographe, il est toujours de l’autre côté de la caméra. Il est bien sur un skieur et un windsurfeur confirmé, et il me soutient dans tout ce que je fais.

WINDBASE : Merci Miriam. Et pour ceux qui veulent te suivre, c’est par la :

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