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C’est Philippe Caneri, le boss de la marque Horue, qui s’y colle pour tout nous expliquer sur la marque Horue, et ses foils.

Windbase : Comment l’aventure Horue a commencé? Et, quels sont vos objectifs pour le futur?

Philippe Caneri : En 2007 alors que j’avais 17 ans, mon frère Valère Caneri de 3 ans mon ainé me montre une video de Laird surfer une vague énorme en foil. Très bricoleur et fondu de planche à voile depuis 2000, nous décidons de fabriquer un foil en acier pour se tracter en wake. Le premier foil est né. Plusieurs proto et quelques années après, nous nous mettons au kite et enchainons les proto bricolés pour coller au mieux à la discipline, toujours en acier mais très légers et performants.

A la fin de mon cursus d’ingénieur en 2013 et voyant que le marché foil (kite initialement) prend de l’ampleur, je décide de créer mon entreprise sous la marque Horue pour lancer le H13 en série et full carbone, au même moment je rencontre un bricoleur qui avait adapté les foil sur les planches windsurf de série : un nom de marque, 1 modèle windsurf/kite à améliorer radicalement et 1 modèle kite à concevoir en carbone, Horue était né !

Il restait à démocratiser la pratique windfoil qui il y a un an et demi n’avait pas pris du tout sous l’impulsion de notre concurrent, et à lancer une nouvelle discipline qu’est le kitefoil freestyle, c’est aujourd’hui chose faite !

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Windbase : Pourquoi « Horue  » avec un logo Oméga Ω ?

Philippe Caneri : Le terme « Horue » signifie surfer en tahitien. Pour mieux coller avec l’aspect R&D très poussé de l’entreprise, nous avons fais le choix d’intégrer une lettre souvent utilisée en mathématique dans notre nom de marque.

Windbase : Les foils Horue sont fabriqués où exactement, et comment? (NDW : J’ai bien essayé de poser la question plusieurs fois pour le lieu exact, je n’ai pas eu l’info, c’est secret….)

Philippe Caneri : Les foils sont fabriqués en France près de Marseille, à Sausset exactement. La pocket board est fabriquée en Europe. Bien que nous voulions fabriquer 100% de nos produits en France, il nous était impossible de conserver la fabrication de la planche en Bretagne car les prix de vente auraient explosé, sans que le ressenti qualité du client soit augmenté.

Les ailes, mâts, planches etc sont fabriqués en moules usinés issu de dessins CAO. Tous les tissus utilisés sont des fibres de carbone haute résistance, la résine epoxy est anti UV . Chaque tissu de carbone inséré dans le moule est en adéquation avec un besoin mécanique intrinsèque à la pièce finale, c’est par exemple pour cela que le tissu carbone apparent sur les foil est un tissu biaxial et non sergé comme chez nos concurrents.

Nous avons été la première marque à intégrer nos déco entièrement dans la matière, c’est-à-dire qu’il n’y a aucune aspérité, trou ou bosse, au toucher au niveau du marquage de la marque etc… Nos foils ne sont pas vernis après la sortie du moule pour éviter d’augmenter l’épaisseur des profils inutilement. Tout se passe donc dans le moule.

Aussi, notre process permet d’obtenir des pièces finales flottantes. Que ce soit le mat seul, l’aile avant ou l’aile arrière, tout flotte. Cela permet d’augmenter la flottabilité de l’arrière de la board en non planning.

Windbase : Avez-vous prévu de vous associer avec une marque de planche pour fournir une solution complète? Ou préfèrez-vous garder l’idée de caler votre foil sur des planches de série?

Philippe Caneri : L’objectif à long terme est de conserver cette idée de se caler sur les planches de série. On sait tous que tout ce matos prend une place folle, sans compter l’aspect financier associé à l’achat d’une planche dédiée foil. Nos foils windsurf sont donc taillés pour fonctionner dans les boitiers reculés des planches de série.

Pour autant, nous travaillons actuellement sur 2 modèles de planche windfoil, avec boiter à l’emplacement standard des planches de série, c’est-à-dire reculé. Nous ne voulons pas pousser à la consommation, c’est pour cela que les foils pourront toujours aller dans les planches de série. Mais certain riders préféreraient avoir une planche dédiée windfoil. C’est pour ces riders la que nous développons ces planches. Elles seront full carbone, fabriquées en Europe et avec des shapes assez atypiques.

Il n’y a en revanche aucun intérêt à avancer le boitier.

Windbase : Comment se passe la R&D? Empirique, soufflerie…?

Philippe Caneri : Aujourd’hui, la R&D se fait à 80% en théorique.

Nous sommes 3 ingénieurs à travailler sur la R&D de nos produits : Florent Roque, Valère Caneri et moi-même.

Florent est ingénieur mécanique et intervient sur la partie hydrodynamique et process de fabrication. Valère est ingénieur aéronautique, bien que ses interventions soient la plupart du temps consacrées à la réalisation de vidéos, il participe toujours à la partie hydrodynamique. Pour ma part, ingénieur matériaux, j’interviens partout, conception, moulage, amélioration process, dessin industriel etc…

Pour développer un nouveau produit, nous partons toujours d’un besoin. Prenons pour exemple l’aile de speed lancée durant l’été dernier. Le but de l’aile était de maximiser la Vmax en windfoil. Il a donc fallu intervenir sur la trainée, mais aussi sur la stabilité aux hauts reynolds. Les banques de profil hydro ou non sont très riches, il n’est en général pas nécessaire de modifier un profil existant, car c’est un travail très long qui nécessite beaucoup de simulations et on est jamais certain de ce qu’il donnera en réalité. Avec les différentes polaires des profils, il faut choisir le couple profil/géométrie de l’aile qui permet de mettre certains indicateurs (que l’on garde secrets) dans le vert. Une fois l’aile dessinée, on utilise bien souvent une soufflerie numérique qui permet de réaliser les derniers ajustements avant le lancement à l’usinage. Certaines ailes peuvent avoir un profil évolutif, comme par exemple la Xtrem Lightwind, c’est-à-dire que le profil à l’emplanture (proche du fuselage) est différent de celui au saumon (bout d’aile) pour remédier à certains problèmes dus aux basses vitesses. Une fois le moule test usiné, on met en place un process de fabrication avec notamment le plan de drappage pour obtenir la pièce la plus légère qui soit tout en étant suffisamment raide dans les conditions normales d’utilisation. Notre logiciel de calcul éléments finis est souvent utile à cette étape pour modéliser les efforts que la pièce va subir.

L’ensemble des pièces sorties après mai 2014 (foil, ailes, planche) est entièrement modélisé sur ordinateur (CAO), puis usiné en commande numérique 3 ou 5 axes selon les produits. Pour nous, il est inconcevable de ne pas travailler de cette manière, car il est impossible pour un shaper de respecter des tolérances au 100ième sur des pièces de ce type.

 

Windbase : La R&D est-elle commune pour les foil windsurf et les foils dédiés aux sachets de thé? (NDW : pardon c’est plus fort que moi! 😀 )

Philippe Caneri : Il y a bien sur une partie commune, mais ensuite le windfoil est un peu plus pointu en terme de développement que le kitefoil.

Windbase : Sans dévoiler de secrets propres à la marque, vers quoi le foil peut-il évoluer? (Positionnement plus centrée du foil, matériaux, formes…?)

Philippe Caneri : Nous travaillons énormément sur le poids de nos produits. Beaucoup de gens associent carbone et légèreté, en réalité le carbone n’est pas un matériau léger en soi, mais il permet de part sa rigidité spécifique (rigidité rapportée à la densité du matériau) de réaliser des pièces composites légères ET rigides. Nous sommes fier de fabriquer les foils les plus légers du marché avec 1.4kg pour notre kitefoil et 2.5kg pour notre windfoil ; nous testons en ce moment nos premiers protos de pagaie de SUP (340g ready to surf).

Pour les matériaux, on verra surement arriver prochainement des foil alu mais je ne pense pas que le marché soit là. Le windfoil reste une pratique d’exception qui mérite les matériaux les plus nobles qui soient.

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Windbase : Allez-vous proposer des foils moins chers en G10 par exemple?

Philippe Caneri : Pas pour le moment. Nous fabriquons déjà les foil les moins chers du marché et les plus performants et évolutifs, le tout fait en France et 100% carbone.

Fabriquer des foil en G10 reviendrait à diminuer les performances de nos produits, faire plus lourd et ne pas gérer les contraintes subies de manière ciblée.

Windbase : Combien de boîtiers d’ailerons explosés pendant les tests? Et quelle est la marque de planche qui résiste le plus longtemps?

Philippe Caneri : Zéro. Seul Raphael FILIPPI a cassé sa Fanatic, mais il s’agissait d’un proto sans aucun tissu au niveau boitier, donc forcément la mousse ne fait pas long feu… La planche est maintenant réparée et navigue toujours ! Le foil flotte parfaitement donc il l’avait simplement récupéré dans l’eau. Il semblerait que les Starboard soient relativement fragiles, mais pas de casse pour autant. Dans tous les cas, un renforcement du boitier ne fait pas de mal, surtout pour les gros gabarits, et permet d’assurer le coup à 100%. Cela permet de conserver sa planche préférée (+300g) et de ne pas s’encombrer d’une planche qui ne servirait qu’à ca.

Un rider limougeaud a déjà monté une 11m² FW sur son foil et sa board d’origine non renforcée, et rien ne bouge.

Windbase : A quand la planche de foil gonflable ?

Philippe Caneri : Prochainement peut être ? J’avoue ne pas bien saisir le but du gonflable en windsurf car le mat plié fait toujours 2.15m de toute manière J

Windbase : On parle beaucoup du light wind en foil, concrètement, on gagne combien de noeuds pour le départ au planning avec un foil? Pour le même gabarit, on planne plus tôt, mais aussi avec moins de toile? On peut en déduire une sorte de règle?

Philippe Caneri : Concrètement, dans une même plage de vent tu mets environ 1.5m² à 2m² de moins que les autres. Si tout le monde est en 7.5, tu mets 6 ou 5.5 et tu passes mieux les molles. Si tout le monde est en 5.5, tu mets 4m. Et si tout le monde est en 3.5…. tu mets 3.5 parce que tu n’as pas en dessous et tu serres les fesses 😉

Si personne plane, tu mets 7.5, tu pompes pour partir et une fois en l’air tu crée ton vent apparent et tu as finalement un bon jus dans la voile. Il m’est arrivé d’être en 4.7 dans 11kts et de planer….

Windbase : A l’opposé, le foil dans le baston, ça donne quoi? On t’a bien vu au Défi 2015 qui était dantesque!

Philippe Caneri : C’est pas mal mais faut s’accrocher ! Plus que le baston, ce sont les rafales qui sont dures à encaisser car elles ont tendances à faire piquer le nez de la board. Au défi 1 seule manche a été courue en aileron classique, pour le reste ce fut en windfoil Horue GP cruising et planche JP 112L et PC2. J’ai fais un très bon score cette année ! Lors de la manche où le vent avait un peu tourné, tous ont du tirer un bord pour aller chercher la bouée. Pour ma part, je n’avais même pas remarqué que l’angle du vent avait radicalement changé je n’ai pas eu à tirer de bord.

Windbase : Il faut compter combien d’heures pour un planchiste moyen qui se met au foil, pour planner tranquillement? Pour jiber comme sur une planche « classique »?

Philippe Caneri : Pour planner en l’air ca arrive très vite, si le vent est la ca arrive dans les 30s 🙂 reste ensuite à stabiliser le système. Dans un 15kts régulier ca peut prendre 45min à …. selon le temps d’adaptation des riders. Quand je vois des débutants, ils s’amusent tout de suite, même en faisant le yoyo c’est la régalade de ne plus entendre un bruit, sentir la voile toute légère (c’est d’ailleurs pour ca que bien souvent les débutants ne mettent pas le harnais, ca tire tellement peu que le besoin ne se fait pas sentir). En une session si tout va bien on fait ses premiers 100m en l’air et au harnais. Certains y arriveront dans les 10min, d’autres dans la semaine.

Pour les jibe ca se complique. Les premières étapes du windfoil sont très simple (ligne droite, remontée au vent, virement de bord), pour la suite ca se complique et il faut plus de temps et de pratique.

Jibe Foil Horue

Windbase : Le foil en vagues? A quand le premier front en foil au planning?

Philippe Caneri : Justement ! Sortie à Carro aujourd’hui en windfoil, du vent irréguliers off – side off avec de la grosse molle m’a fait ranger mon paddle pour aller taquiner les vagues en 4.7, PC2 en tuttle et Horue GP lightwind, c’était vraiment top ! Bottom taquet, off the lip etc…. Les sensations sont énormes, les riders sur place et dans l’eau étaient scotchés. Le windfoil en ligne droite est bel et bien révolu, prochainement une vidéo déchirante dans les vagues !

Les airs jibe commencent à rentrer eux aussi, pour les backloop il faudrait déjà que ca passe en aileron avant que ca passe en windfoil je pense 😉

Windbase : Planchez-vous sur un format de compétition « spécial foil », en complément du tour slalom pour le très light wind par exemple?

Philippe Caneri : Pour le moment pas le temps, pourquoi pas dans le futur ? Des rencontres foil (windfoil, kitefoil, moth etc…) sont déjà organisées régulièrement, comme « La semaine affoilante » à quiberon par exemple qui a permis de prendre des chronos sur 500m dans du lightwind.

Windbase : Qui sont les miss Horue, font-elles de la planche, tu as leurs numéros de téléphone? (NDW : désolé, mais il fallait la poser celle la! 😀 )

Philippe Caneri : Le meilleur pour la fin ? Il y en a plusieurs, une seule fait de la planche mais vous la voyez rarement (car c’est ma compagne 😉 ). Celle du défi wind est la compagne de mon frère, le caméraman. Pour les autres, un foil acheté un numéro de tel offert ?!

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