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Avant tout, merci aux membres de Windsurfing33 qui ont bien voulu prendre un peu de temps pour m’aider à mettre sur pied une liste de questions valable, et surtout, merci à Philippe et Michel de Gasoil de m’avoir acceuilli dans leur atelier pendant presque trois heures alors que le vent soufflait dehors 😉

Egalement a venir quelques photos que je n’ai pour le moment pas mises en ligne (j’en attend des nouvelles), mais comme l’article est disponible…

WINDBASE : Pour commencer, une question qui revient souvent, pourquoi on ne peut pas directement commander sur le site, un coup de carte bleue et je reçois mon SLR 34 tuttle à la maison sans passer par vous en direct ?

PHILIPPE : Je n’insiste pas sur le payement en ligne, il faudrait une super idée de formulaire, mais même si demain le mec il paye en carte bleue il n’aura pas son aileron comme ça, c’est-à-dire que l’aileron on le fait sur mesure, il faut sa taille son poids, sa planche, ce qu’il veut faire, pour qu’on puisse lui conseiller un produit. Le paiement ne pourra se faire qu’après cette formalité.

Sans procédure, le mec peut commander n’importe quoi n’importe comment. Un fois l’aval de Michel donné, le mec la il peut payer et commander.

La clef de notre réussite elle est la, il n’y a pas d’aileron qui se ballade dans la nature, chaque mec qui a commandé son aileron, Michel il l‘a attrapé au passage, il lui a dit c’est ça qu’il te faut, après, le gars il est libre, et s’il fait sa connerie il la signe.

MICHEL : En général le client ne décide pas, il ne décide pas de sa taille d’aileron, de son modèle d’aileron, après nous on lui dit ça serait mieux pour toi de prendre ce modèle la.

Avec les éléments récoltés auprès du client, je peux faire, si je n’ai pas les quatre éléments poids, taille, flotteur, surface de voile, il n’y a pas d’aileron, c’est peut être un peu dur, mais c’est comme ça.

PHILIPPE : On pourrait faire comme Select et mettre une espèce d’abaque qui donne une idée généraliste, c’est pas mal remarque. Mais la risque d’être trop générique, on peut ne plus pouvoir faire d’optimisation.

Michel va définir un programme et conseiller, pour un mec de 65 kilos, un flex-top, c’est le genre de choses qu’on arrive a doser grâce a nos retours d’information, on sait ce qui marche pour les différents cas. D’autres marques font des ailerons pour les vendre en shops, c’est tous les mêmes ou à peu près les mêmes.

MICHEL : On fait du custom du vrai. Si tu prends un aileron de 30, un Elliptique par exemple, on ne peut pas donner le même aileron pour une fille qui pèse 50 kilos et un mec qui fait 100 kilos. Ca ne peut pas être le même aileron.

Si tu commandes un aileron chez Select, Tectonics et d’autres marques encore, enfin peu importe les marques, ça n’est pas une critique du tout, tu vas avoir un « 30 », c’est de la série.

Ici il n’y a pas d’ailerons en stock. Tu veux un aileron demain, je n’en ai pas. Il y a les protos, et basta. En terme de délais, on est à 15 jours, un mois, ça dépend, chaque commande se met à la suite sur la liste.

Les seuls ailerons qui passent devant sont les garanties. Un aileron qui casse, un talon qui se décolle, ça arrive chez tous les fabricants, chez nous y compris, on est pas Dieu, et les garanties passent avant l’argent. C’est peut être un peu con, mais on fait des ailerons on fait pas du business.

Des mecs qui ont cassé, ça existe, par exemple le mec qui fait 70 kilos il a un aileron qu’on a fait pour lui, il le prête a un mec qui fait 110 kilos, il risque de le plier, dans ce cas c’est garanti. On ne garanti pas le rocher par contre. Si demain il y a n problème avec ton aileron, on ne discute même pas, on ne cherche pas, c’est garanti.

WINDBASE : Et si je ne t’ai pas écouté à la commande, et que je ne suis pas content de mon aileron ? Comment se passe le SAV ?

MICHEL : C’est toi qui a décidé, si moi je te dis il te faut un 35 tu prends un 40, tu l’as dans le cul, mais on s’arrange quand même.

J’ai des fois des mecs qui commandent un aileron ils le prennent pas pour eux ils le refilent a un pote, des fois il marche pas, c’est pas optimisé, tu me renvoies l’aileron je t’en renvoie un comme il faut, optimisé. Mais tu me diras comment et pourquoi tu n’es pas content, on en discute, et on voit.

T’achètes un aileron, tu le casses pour une raison X ou Y, sauf un rocher bien sur, c’est garanti. Ca existe et c’est sacré pour nous.

PHILIPPE : Ce dont on est sur dans plus de 90% des cas c’est fiable. Ca fait des années qu’on en fait, on s’aperçoit qu’a partir d’une fabrication de base, avec des points qui varient très peu (ndw : en terme de processus de fabrication et de matériaux), on s’aperçoit que malgré tout yen a un ou deux qui reviennent. Nous avons eu dernièrement un problème de résine, on a tout remplacé, mais la c’était notre faute, on a pas pu contrôler la résine, on assume.

WINDBASE : Pour les produits existants, les prix vont-ils baisser ?

PHILIPPE : Plutôt une augmentation, tous mes fournisseur augmentent chaque année, il mettent au moins 3% tous les ans, on a pas vraiment augmenté notre tarif depuis 3 ou 4 ans, au bout d’un moment tu est obligé d’augmenter les prix. Ils sont actualisés et sont en ligne.

Nous travaillons sur la mise au point d’un nouveau système de fabrication, dans le but d’améliorer la qualité, pas d’industrialiser. Ce process a été testé sur les ailerons asymétriques, il seront commercialisés avec une identité haut de gamme et seront plus chers, et un cran au dessus des produits actuels. Finition encore plus soignée, les produits qui rentrent dans l’aileron sont « plus nobles », le processus de fabrication est différent, on obtient des composites de meilleure qualité, à tous les étages il y a des petits détails qu’on va tester, c’est a destination d’une clientèle élitiste.

On va se servir de cette gamme pour faire du développement et envoyer des idées, puis les transposer ensuite dans l’autre gamme. Ca nous permettra d’avoir des retours et de voir comment sont perçues ces options.

Le détail qui peut servir d’exemple, une housse, ça fait des années qu’on doit en faire mais on n’a pas le temps, on va essayer de le généraliser sur cette nouvelle gamme, ça protège au niveau du transport.

Donc la cette gamme arrive, il va y avoir une gamme Elliptique qui va être déclinée en trois largeurs et des tailles sur mesure, il va y avoir un aileron courbe pour le slalom baston, et trois asymétriques pour la vitesse. En fait ces nouveaux ailerons vont être plus orientés vers un programme speed en particulier, avec des shapes sans trop de compromis.

WINDBASE : Comment se passe la mise au point des nouveaux ailerons ?

PHILIPPE : Quand on décide de sortir un aileron, il a déjà au moins un an de vie sur le terrain en tant que proto, au bout d’environ un an il est plus ou moins commercialisé mais de façon assez discrète, donc sous la forme haut de gamme, et si tout va bien, il peut rentrer dans la gamme, s’il correspond au programme et s’il y a la faisabilité.

MICHEL : Ce que l’on fait aujourd’hui, c’est un produit abouti, mais ça n’est pas fini. Tous les jours on cherche ce qui pourrait améliorer encore les produits, améliorer la performance, la tenue, la fiabilité, un tas de choses

PHILIPPE : Il y a les options de programmes, le produit il a sa définition depuis longtemps, pour te donner une idée notre produit clef c’est la gamme Elliptique, c’est un produit qui a été dessiné en 1990, et si tu regardes tous les constructeurs tournent autour du pot, en gros on a deux grandes familles, les ailerons droits et les ailerons courbes, et entre ces deux « extrêmes » on a une infinité de variantes, qui vont nous amener de produits ultra performants en théorie, ou a quelque chose de plus humain. Après on va passer par un inversé, ou des formes comme ça, mais ça, tout le monde le sait, après c’est des variantes.

On est en train de travailler sur des Elliptiques en ce moment, la pointe est tronquée, on teste un placement de surface différent, on change les angulations, des lames plus étroites, ou plus inclinées, par conséquences plus larges…

On reste dans la définition du produit mais on cherche à optimiser tel ou tel point précis.

MICHEL : Si tu es déjà client et que tu recommandes le même aileron aujourd’hui, il y aura eu de petits changements, qui se font petit à petit.

WINDBASE : Le développement est donc plutôt empirique, ou vous utilisez du développement avec des outils informatiques ou autres ?

MICHEL : Philippe dessine les ailerons sur ordinateur, ensuite on s’occupe de la fabrication et du prototypage des ailerons, on ne travaille qu’à deux ici.

Ensuite l’aileron est taillé dans une masse, un empilage de tissus.

PHILIPPE : Pour le prototype, on fait comme les marques qui travaillent en G10 au départ, si tu veux dans les années 80 on faisait tous comme ça, un empilage de fibres dans lequel on sculpte, on obtient un aileron. Ca nous permet d’avoir un prototype rapidement.

A un moment donné, et c’est De Turckheim qui commencé et guidé tout le monde dans cette voie, il est le précurseur dans cette histoire, il a commencé à faire des outlines avec des rapports d’épaisseur un peu sérieux et cela ne pouvait être réalisé qu’avec du moulé.

C’est facile à comprendre, tu as un volume, tu exerces une pression avec par exemple un appui au milieu, donc il va se déformer, avec une zone de traction et une zone de compression. Quand tu shapes l’aileron dans la fibre de verre, comme c’est un empilage de fibres, tu découpes des couches, et tu obtient des couches tronquées en surface. Ce sont des couches tronquées qui vont subir les plus fortes déformations.

L’intérêt du moulé, et c’est le principal intérêt, on met les couches entières en surface, et on réduit plus on se rapproche du cœur de l’aileron. Ca nous permet d’obtenir une mécanique contrôlée, et optimisée. Les couches qui vont subir la plus grosse déformation vont se trouver en surface, la ou les contraintes sont plus importantes.

C’est pour ça que pour moi le G10 c’est de la préhistoire. C’est comme si tu étais venu nous voir à l’atelier avec une traction, c’était une super voiture à l’époque, rien à dire, mais par rapport a une C8, une C3 ou autre, c’est un saucisson.

Donc, on en est la, certains l’ont bien compris, Deboichet dans le haut de gamme, et même Select, qui fait un beau produit de belle qualité, ils ont choisi du moulé.

Le G10 aujourd’hui c’est plutôt un produit a vocation industrielle pour de la production de masse, avec beaucoup de main d’oeuvre et de machines.

Le dernier client que j’ai équipé, qui venait d’un G10, sa remarque c’était « il marche bien, il a la bonne forme, mais a un moment donné quand tu es a pleine vitesse, tu sais pas pourquoi des fois, ça décroche. ». Pourquoi, tout simplement l’aileron se tord n’importe comment.

MICHEL : Et c’est beaucoup plus sensible dans les grandes tailles. Tant que tu restes dans du 26, 27, 28 jusqu’à 30 ça va, mais dès que tu montes a plus de 35, tu es obligé, pour éviter que l’aileron se torde dans tous les sens, de les épaissir, plus tu épaissis, plus ça freine.

PHILIPPE : J’en ai fait en G10, et donc je continue a faire mes modèles (ndw : prototypes) de cette façon. Ils sont rangés dans une boite, et ils n’ont jamais touché l’eau. Puis ont fait de suite un moule, on fait une pièce moulée, et la celle la elle va aller dans l’eau.

WINDBASE : Comment se passe la collaboration de Gasoil avec Décathlon au niveau des voiles ?

PHILIPPE : Pour Décathlon c’est du freelance, a un moment donné ils ont besoin d’un designer voile pour leur gamme, ils achètent un jeu de voiles tous les deux ans, voire quatre ans, ça dépend du marché, ça dépend de leurs objectifs, souvent ils en font des packs prêts a naviguer, et vendent aussi des Neilpryde ou des North (ainsi que les Tribord en voiles seules.

Pour Décathlon, il y a un marché, chaque fois les pour les managers produits c’est la bagarre pour trouver les budgets développement, mais ils continuent la planche à voile, et ils veulent une gamme originale, il n’y a jamais de pompe, ils font leurs voiles à eux, et tu as dans les contrats des clauses a ce sujet.

Alors évidemment on regarde ce qui se fait, on se positionne sur le marché, mais jamais on ne copie.

On dessine, on crée un design, a partir de la ils le colorent en fonction de leur identité graphique, et on fait une voile à partir de ça. Evidemment il y a un caiier des charges, performance, accessibilité, le rapport qualité prix, la fiabilité…

La gamme est dessinée, toutes les surfaces sont prototypées, pour avoir une vision d’ensemble, on crée un premier modèle, on l’essaie, on le valide, et on reporte les corrections sur les autres surfaces. De cette manière, quand le produit arrive sur le marché il n’y a pas de surprises.

WINDBASE : En fait Gasoil sur l’activité voilerie, on ne vous connaît pas trop, donc tu fais des voiles uniquement pour Décathlon ?

PHILIPPE : En ce moment on travaille sur des voiles, et il y a Anders dans le coup (ndw : pour ceux qui ne suivent pas au fond de la classe, Bringdal), c’est une gamme qui est vraiment orientée course, et haut de gamme.

WINDBASE : Si Anders est dans le coup cela veut dire que c’est du futur Challenger Sails ?

PHILIPPE : Anders est la pour la consultation, les idées, les tests, l’air de rien c’est un technicien de haut niveau, il a une expérience, un savoir faire…

MICHEL : Comme c’est un coureur de haut niveau, il connaît, il sait comment développer une voile.

PHILIPPE : Il a bossé avec De Turckheim, avec pas mal de gens, il a son expérience sur le terrain, sa définition du produit.

Pour Challenger Sails, leur designer est quasiment l’un des meilleurs de la planète, dommage que ce soit un italien (ndw : boutade ?), le bonhomme il est très très fort.

Avec Anders, on a mis des clauses sur le projet, le but n’est pas de faire des voiles pour faire du business, mais de faire des voiles pour nous, pour les planchistes. Si on obtient un résultat, on verra ce que deviendront ces voiles.

Le but est de valider un lot de protos et de valider une performance largement au dessus de la moyenne. On va tout remettre en question. Dans la voilerie il y a un gros problème de mécanique, c’est très compliqué, il faut réussir a valider des fonctionnement, puis réussir a les rendre utilisables par monsieur tout le monde. Ce n’est pas la peine de faire une F1 si tu ne peux pas la conduire.

Anders lui il est capable de la piloter la F1, mais on fera aussi valider par d’autres, des gens qui nous aident à bosser et qui ont quand même un niveau suffisant, et après, voir ce qu’on peut faire avec ces protos.

Le problème c’est que la voile que je suis en train de dessiner, si je donne cette voile à North, ou Gaastra, ou un autre voilier, ils vont hurler au scandale. Je remets tous les concepts industriels en question. Les matières, les lattes, les accessoires que je fabrique moi (ndw : Gasoil fabrique en interne tous les composants qui servent a la production), pour faire ca il faut un atelier de composites en plus de la voilerie.

Les cambers, les lattes, c’est à peu près tous les mêmes, il n’y a que Neilpryde qui est un peu sorti du lot, ils se sont un peu cassé la tête pour faire des assemblages de lattes malins, des étarqueurs de lattes bien foutus et des cams bien persos.

Dans l’absolu tu regardes les cambers etl es lattes des différentes marques, c’est quasiment les mêmes. Comme les modes de production sont les mêmes, donc ils arrivent a des fonctionnement qui sont assez similaires.

On veut sortir de ça, c’est un ghetto, aujourd’hui la problématique, c’est que tu prends la latte qui se trouve dans la voile à 300 euros et la latte qui se trouve dans la voile à 1000 euros ou plus, c’est le même produit, du pultrudé verre polyester coloré ou gainé en noir. Ca pèse un âne mort et en méca c’est très discutable.

WINDBASE : Tu disais donc que si tu fais ce genre de développement c’est a terme pour commercialiser, il faudra compter sur quel genre de prix ?

PHILIPPE : On ne sait pas encore vraiment. Car tu auras la voile, mais il te faut le mât et le wish qui vont avec, la on remet tout en question. Par exemple la 6.2 il lui faut un 4 mètres, avec 16 ou 18 (ndw : IMCS), et ça tu n’en as pas de disponibles actuellement. Et ce n’est pas exclu qu’on construise le mât et le wishbone.

WINDBASE : Tu pourrais construire un mât ici ?

MICHEL : On peut tout construire. On peut tout faire.

PHILIPPE : On fait comme eux (ndw : les industriels), tu as l’état de prototypage, de création de prototype et de l’outillage, ensuite la production. Tant qu’on reste dans des quantités raisonnables ça reste humain, au delà c’est de l’industrie. Alors faire des mâts, ok, faire mille mâts, non.

Et on est dans ce créneau dans la planche à voile au niveau des ailerons, aujourd’hui on est capables de faire des ailerons qui sont dans la catégorie haut de gamme, mais on est pas outillés pour en faire 10 000. Et on ne veut pas, je n’ai pas envie d’en faire 10 000.

Je ne veux pas avoir un directeur des ressources humaines, avec des employés au SMIC qui posent chacun leur couche de matière, ces mecs la je vais leur botter le cul dans les dix minutes, parce que, Michel, il sait fabriquer un moule pour fabriquer un moule, il sait « réparer le compresseur », il sait fabriquer la pièce et tout ce qu’il sait faire je sais le faire aussi. Demain je vais à la planche il est la il n’y a pas de problèmes ça continue à tourner.

WINDBASE : En parlant de ça, est-ce que tu embauches ?

PHILIPPE : Non. On est plutôt en train d’imaginer une relève. Mais ici, il n’y a pas d’ouvriers et je n’en veux pas. Et pourtant je suis le plus socialiste des patrons. Michel est au même rang que moi je ne fais pas de différence.

Sauf que le mec qui rentre ici il doit être aussi bon que moi, et il a tout a fait le droit d’être meilleur, il n’à qu’a le prouver, et on fera tout pour l’aider dans ce sens.

WINDBASE : C’est surtout pour conserver les standards de qualité ?

PHILIPPE : Non, c’est pas pour la qualité, c’est qu’aujourd’hui on vit dans une société ou on a décortiqué les choses, et on a fait des spécialistes, et le problème, c’est qu’on se retrouve avec des gens qui ont a mon avis un bon potentiel, mais on les a bridés, et on les a tellement forcés a rentrer dans l’entonnoir qu’on en fait des cloches.

Tu sors le mec de son truc il ne sait plus rien faire et les mecs comme ça, on en veut pas. Le mec il est ingénieur, il passe aussi le balai, il met tout ça dans la poubelle, et il vide la poubelle.

La relève, ça sera donc quelqu’un qui veut créer un objet, pour une raison qu’il a projetée, dans un ensemble qu’il a observé, puis qu’il soit capable de fabriquer un outillage, de matérialiser et produire la pièce.

Tu commences par une idée, un truc qui ne marche pas comme tu voudrais, et tu aimerais qu’il soit « comme ça ». Et le produit quand on te le donne, il est aussi bon que Deboichet, Mercedes, et quand je te le donne, il est prêt à l’emploi.

Et des gens qui savent faire ça aujourd’hui, il y en a peu. Demain si on devait m’embaucher dans le cadre de mes fonctions, ça serait très cher. Mais résolument parfois je préfère travailler au tarif femme de ménage, parce qu’il y a des jobs qui me plaisent, ou des gens qui ont de bonnes idées, un bon mental, avec qui j’ai décidé de collaborer.

Mais c’est pas le business qui m’intéresse, au départ j’étais moniteur de voile, j’ai vu une planche à voile, j’en ai acheté un le lendemain et c’est parti. J’ai commencé a jouer, j’ai arrêté mon travail, je n’avais pas de sous pour m’équiper, j’ai fait mes planches, les ailerons et ensuite mes voiles.

A l’époque le matos était encore plus cher et le pire, pas grand chose ne marchait vraiment.

MICHEL : On est un peu particuliers, tous les mecs qui travaillent dans ce domaine sont un à la base des planchistes.

PHILIPPE : Ponpon c’est un planchiste, De Turckheim c’est un planchiste, Bringdal c’est un planchiste, tous ces gens la… En plus on a la chance d’être nés sur la Mecque du slalom, on a tout, une population de gens passionnés qui sont prêts a donner à fond.

Demain je sors un nouvel aileron, j’ai un coup de téléphone à donner j’ai quatre mecs qui arrivent, qui sont prêts à passer du temps, à essayer, à remonter des informations. Et ça, dans un contexte normal ou il y a de l’argent, comme un pilote d’essai dans l’aéronautique, il va être payé pour ça.

MICHEL : Nous on ne paye pas, aucun coureur n’est payé, ils ont des ailerons gratuits, mais il n’y en a pas beaucoup.

WINDBASE : Combien d’ailerons vous sortez par an ? Et on en vit bien ?

MICHEL : Ici nous n’avons pas de but de rentabilité. Je peux pas te dire combien on gagne avec les ailerons, mais c’est peu. Evidemment il faut faire vivre la boutique. Les ailerons sont relativement chers, mais il faut savoir que pour un aileron tu passes entre quatre heures et six heures selon l’aileron.

Si tu veux un 55, c’est cinq heures et demie de travail. Et la future gamme d’ailerons c’est pire, c’est huit heures de travail.

Et le type qui est pressé, j’en ai tous les jours, le mec qui m’envoie un mail et qui veut son aileron pour demain, non, je n’en ai pas. Ca m’est arrivé de monter à quatre mois de délai. Parce que je ne veut pas faire de la merde, il y a un respect du client, mon propre respect également, de ce que je produits, je ne peux pas envoyer un truc de merde.

Cela m’arrive de dire a des clients trop pressés tu vas prendre ton aileron dans un magasin.

PHILIPPE : Tant que le produit n’a pas un certain niveau il ne sort pas. Si ça prend une semaine en plus, ça prend une semaine en plus.

C’est de l’artisanat, je suis pour ces valeurs, on est censé avoir un savoir faire, on s’engage à le mettre à disposition. Un gars qui nous commande un produit et ça ne marche pas, on va travailler avec lui pour lui fournir un produit qui marche, peut-être qu’on s’est mal compris, le but c’est que le mec soit content.

Un aileron sur le marché ça vaut dans les 100 euros, le mec délibérément il a choisi de mettre 100 euros de plus, c’est pas pour avoir le logo Gasoil sur sa lame, le gars il va aller sur l’eau et va vérifier que ça fonctionne.

Une anecdote qui est révélatrice, on a équipé un Breton il y a quelques temps avec des ailerons, des 6.3 il me semble, il était dans le « top 10 » dans sa bande de potes sur son spot. Il a reçu ses ailerons il est passé dans le top 3. Je ne te parle pas de la promo qu’il nous à fait, c’est pas de la vraie pub ça?

MICHEL : Et en plus derrière on a un servie, si tu as besoin de talonner ton aileron, on le fait. Et on n’est pas racistes, on talonne tous les ailerons, peu importe les marques.

PHILIPPE : On est des artisans et on a l’intention de le rester, c’est le prix à payer pour faire de la qualité, et le volume d’ailerons c’est environ entre 30 et 50 par mois, mais la dedans il y a les protos, les ailerons coureurs, donc ça veut dire que ca n’est pas forcément tout vendu, je travaille pas pour payer les impôts ou pour faire du chiffre, le jour ou il y en aura beaucoup on va être obligés de les faire comme les autres, et à partir du moment on va les faire en Thaïlande, ca ne marchera plus.

C’est pour ca que je pensai trouver une relève, mais avant de trouve un mec, c’est pas gagné, Michel il lui a fallu deux ans pour qu’il se forme.

MICHEL : J’ai commencé, je courrais, et j’avais une dizaine d’ailerons que Philippe m’avait faits, je ne savais pas boucher un trou dans une planche, et donc je suis venu ici, il me fallait encore des ailerons, et Philippe qui me dit « ah ben j’en fais plus. ». Donc après m’être un peu énervé, je me suis dit que, c’est vrai qu’ici ils faisaient déjà des archets pour la musique (ndw : Gasoil produit également des archets pour violons and altos, violoncelles et contrebasses sous la marque ALG, du très haut de gamme, autour des 1300 euros pièce…), et les ailerons tu gagnes pas ta vie avec. Donc l’aileron je voulais le faire!

PHILIPPE : Si tu veux gagner beaucoup de sous, il faut industrialiser. D’ailleurs, normalement, vous devriez tous naviguer avec des Select. Ils ont été parmi les plus intelligents de la bande, ils ont réussi à rationaliser un concept, pour sortir un produit avec suffisamment de bonnes idées pour que ça fonctionne.

Deboichet je le compte pas parce qu’il est un peu dans le même camp que nous, il en construit beaucoup plus (ndw : voir les expériences en Thaïlande), mais ça reste du fait main.

Donc nous, on rivalise avec Select, alors qu’on à rien a voir avec Select. Et bravo pour Select.

Aujourd’hui souvent, on se paye pas toujours au tarif mini syndical. Alors que Michel et moi on pourrait être considérés comme des ingénieurs respectables dans la plupart des industries.

WINDBASE : Vos ailerons partent plutôt en France, à l’étranger ?

MICHEL : Partout

PHILIPPE : C’est partagé. Depuis 90 on est bien implanté dans les DOM TOM, on avait équipé un gars la bas, et d’un coup le meilleur local n’était plus le meilleur. De fil en aiguille ca s’est sût, et on est en Martinique, Guadeloupe, Australie. Et nous ca nous arrange beaucoup car ils nous font travailler en période creuse.

MICHEL : C’est toujours du bouche à oreille, Ghibaudo qui navigue partout dans le monde, ca permet de faire voir les ailerons partout, Lise Vidal aussi, ça nous permet de faire découvrir les produits un peu partout.

WINDBASE : Et pour les leaders d’opinion comment ça se passe ? Vous les choisissez en rapport avec le niveau ?

MICHEL : Non le niveau n’a pas grand-chose à voir, j’ai été leader d’opinion à une époque, je ne veux pas me vanter je m’en fous mais c’était comme ça. J’ai fait des tests pour Décathlon, maintenant je n’ai plus le temps, mais je donne du matériel a tester a des gens, qui me font un retour. Donc les leaders d’opinion on ne les cherche pas, ils viennent, on a des gens qui ne sont pas du tout porteurs mais qui ont tous leurs ailerons chez nous.

PHILIPPE : Notre chance et notre malheur dans la planche à voile, heureusement, il n’y a pas d’argent, c’est merveilleux, tous les ******* (ndw : censuré !) sont ailleurs, les planchistes sont des gens qui aiment ça, ils sont partants pour aller se peler le cul en plein hiver, comme toi, qui part a Fos pour 30 noeuds de mistral ou de sud-est en plein novembre ou en février.

Dans la planche, on passe par des technologies très proches de celles utilisées dans l’aéronautique, on l’aborde différemment avec des budgets différents, mais on utilise les même technologies de pointe, on à moins de problèmes de sécurité. Notre approche va plutôt vers une performance en harmonie avec nos capacité physiques.

MICHEL : En général on travaille avec des passionnés, j’ai un tas de coureurs ou de pseudo coureurs, qui sont vraiment des passionnés. Je vais sur 64 balais, j’ai encore cette passion de produire des trucs bien, qui vont bien, avant de passer par la case argent…

PHILIPPE : Quand j’ai sorti les ailerons moulés, Michel c’était un coureur, et les premiers ailerons je crois même qu’il les a payés, il était sur la plage tous les après midi, prêt à faire feu à la moindre risée. Et il y avait toute la clique, Iron, tu connais ?

MICHEL : J’étais sur les spots tous les jours, on tirait la bourre avec Auger, Couturier, Philippe (ndw : Windsurfjournal).

PHILIPPE : C’est même trop la passion à certains moments, ça peut tomber dans une forme d’extrémisme.

WINDBASE : Et pour les caractéristiques des ailerons ? Lequel va me procurer un lift a plat, lequel ira plutôt bien sur une planche fine ou plutôt sur un autre modèle de planche en particulier ?

MICHEL : Je préfère le dialogue que de mettre quelque chose sur un site. J ai quatre ou cinq coups de téléphone à ce sujet par jour, le type je vais lui demander ses données, et de la on va trouver un aileron adapté.

Que je fasse un Elliptique, un SLR, un GT9 ou autre, c’est exactement la même charge de boulot. On va donc chercher l’aileron qui te convient, si tu navigues en lac, pas de problèmes tu prends un GT9 c’est une pantoufle, l’aileron passe partout, ou un 6.3 c’est ce qui cape le mieux avec le GT9.

Celui qui va chercher plus de vitesse sur un spot plat, c’est Elliptique et SLR. Après on définit la taille, la raideur, le twist, par rapport aux infos qu’il me donne.

Pour ce qui est des différents modèles de planche, ça ne sera pas nécessairement le même aileron, avec toujours une marge d’erreur, par exemple je sais ce qu’il faut sur une Manta, j’ai des coureurs sur ce type de matériel, Ghibaudo par exemple, j’ai d’autres coureurs ou clients qui me font du retour. Par exemple Tristan Peyrotte me fait aussi des retours, ou Fiorentini, Bahadour, le petit Bourgeois, ce sont des gens qui sont différents, de différents ages, de différents niveaux, Bourgeois c’est pas un mec comme Bahadour, en gabarit et en métier ça n’a rien à voir, mais les deux donnent des retours.

Avec toutes ces données la on sait ce qu’il faut au client. On cerne au plus près avec les données du client et notre expérience. On cherche à optimiser au maximum le produit pour le planchiste.

Et si ça ne va pas, tu m’appelles, tu me dis manque de glisse, pas assez de flex, tu me renvoies l’aileron, je refais l’aileron et je le renvoie.

WINDBASE : Les ailerons que tu as en retour, ils deviennent quoi ?

MICHEL : En général ils vont à la poubelle. Sur une année, j’en ai qui ne conviennent pas, sans parler des cas de casse qui peuvent arriver, deux, trois, peut-être quatre dans l’année qui ne sont pas au top.

Globalement, c’est pour ça que mon métier n’est pas chiant, car je ne fais jamais le même aileron.

WINDBASE : Et les ailerons de vagues, freeride, freestyle ?

MICHEL : Nos ailerons de vagues sont superbes. On fait de 19 à 26. Mais tu donnes un aileron moulé comme ça a un mec qui va a Carro, l’aileron il explose quand il va toucher la dalle un peu trop fort. Sur un spot ou il y a du sable, pourquoi pas… Dans ces cas la l’aileron G10 est plus efficace.

Mais, je suis un slalomeur, donc la production est axée sur slalom et speed.

Freestyle, on n’en a pas.

WINDBASE : Les ailerons asymétriques ? Des retours depuis les runs en Namibie j’imagine ?

PHILIPPE : On a des retours. Anders à pris le record à Bjorn sur mer ouverte, les kites ont eu la suprématie, et aux dires d’Anders le spot était vraiment très bien adapté aux kites mais beaucoup moins pour la planche.

MICHEL : Tu le vois a port saint louis, il y a Caizergues, c’est quand même un des meilleurs, il marche très fort, on le respecte, et dans ces conditions les planches reprennent leur suprématie, ce qui n’enlève rien aux qualités des kiteurs, les mecs ils marchent très fort.

PHILIPPE : On est pas repartis les mains vides de Namibie, on a eu le meilleur temps planche, les kites ont pris la vedette et c’est bien mérité, on a les meilleurs temps en planche et c’est le principal.

WINDBASE : On n’a quasiment pas vu de photos de la planche et surtout de l’aileron d’Anders, pourquoi ?

PHILIPPE : Je lui ai dit de rester communicatif et discret en même temps. C’est parti au bon endroit, les gens qui devaient le voir l’ont vu, je vais pas tarder à les mettre en vente, les résultats sont plutôt spectaculaires.

J’ai regardé ce qui existait, et demandé a ceux qui ont utilisé de l’asymétrique, à chaque fois on retrouvait beaucoup de restrictions dans le programme d’utilisation, alors j’ai dit je veux faire comme je veux, j’ai dessiné ce que je voulais, je l’ai réalisé je l’ai moulé, et je l’ai donné au champion.

Grosso modo, déjà pour commencer c’est minimum deux nœuds de plus sur la moyenne, monsieur tout le monde met l’aileron, il fait deux nœuds de plus. Ensuite, on a fait des runs abattus dans un énorme clapot ça décroche pas, l’aileron est sain. Le premier truc que m’a dit Anders, c’est que tu peux border parce que tu n’as aucune crainte.

Ce qu’il faut savoir c’est qu’Anders à navigué en six mètres avec un 19 et un 20. On fait a peu près entre 5 et 7 centimètres plus court que les copains avec un rendement supérieur. Ma définition c’est que cet aileron est dans la catégorie excellent.

MICHEL : C’est un peu vantard d’ailleurs.

PHILIPPE : Non non, réaliste. On l’a testé avec quatre personnes, les quatre personnes sont revenues avec toutes les mêmes appréciations. Ca c’est une première, ça ne nous est jamais arrivé. Ca veut dire qu’on a atteint l’objectif.

MICHEL : Les quatre personnes c’est Fiorentini, et Bourgeois, Bringdal et Garnier (ndw : dans l’ordre)

PHILIPPE : Donc c’est des gens qui savent déjà y faire la dedans, et tout ce que j’entendais sur les autres, « quand il y a du clapot il décroche », il faut pas faire ça, pas faire ci… Pour moi c’est pas un aileron c’est une merde, un aileron tu le mets sous la planche et tu navigues. Il y a quand même une restriction, quand c’est tribord ça marche en tribord, et en bâbord c’est la galère. Anders a trouvé la combine il navigue un peu comme les kites, il plante le rail, il va doucement, il arrive à se replacer, c’est difficile mais on le sait.

On commence à connaître les réglages, les tailles ou ca marche, ou ça ne marche pas. Un mec nous appelle pour un aileron de ce type, on peut lui dire ce qui ira ou pas.

MICHEL : On en revient un peu à ce qu’on fait en aileron de slalom.

PHILIPPE : On a un importateur et coureur en Angleterre qui en veut pour essayer, lui c’est plutôt le GPS pur, sur un spot en Angleterre, droit, protégé par une digue, un mètre de la route, ils ont un vent a 130 140 degrés, il a vu les ailerons en Namibie, et la ou il mettait 28, tu passes a 20, ou 19, c’est le rêve.

Donc l’aileron va sortir, mais ca reste une clientèle très spécifique, c’est aussi un outil de communication, et surtout un outil de développement. La j’ai les trois suivants, ce seront des symétriques. Ce qu’on à extrait des asymétriques, en terme de technologie, de forme, de shape, on va assez vite aujourd’hui pour les utiliser. Il y a des ingrédients à l’intérieur qui sont un peu tirés par les cheveux, et qui apparemment sont stables et apportent des qualités peut-être au delà de ce que j’espérais.

WINDBASE : Des ingrédients, des matériaux qui n’étaient pas utilisés auparavant ?

PHILIPPE : Des options de shape. On travaille sur les angles, des fois un demi degré ou un degré de plus, c’est la cata, ou c’est le bonheur. Et la on a mis le degré, et c’est le bonheur. En plus on gagne partout, en haut et en bas régime, alors la je suis ravi. Cette formule on va la transposer, dans la nouvelle gamme, on va sortir trois Elliptiques, avec des formes, un shape qui va être dans cet esprit, pour faire des ailerons symétriques très orientés vers l’abattu, mais avec la possibilité de revenir au bord.

MICHEL : Ce qui se passe actuellement sur Fos, les mecs qui font du speed en Elliptique ils ont du mal à revenir sur le run.

PHILIPPE : La on aurait besoin de cette remontée au près. Ces ailerons, grâce aux retours sur les asymétriques, vont être mis en place rapidement. On va en envoyer en Nouvelle Calédonie, ils sont en été la bas en ce moment, et ils vont pouvoir nous faire des tests pendant notre hiver, et on sera valides pour le printemps. Par contre ça sera spécifique et plus cher. Le prix sera à 250 euros pièce. Maintenant c’est dix heures de travail, il nous coûte cher, les résines ont des modules spéciaux, on a été obligés de refaire les moules, les tissus qu’on utilise sont même peu utilisés même dans l’aéronautique, il y a des fibres de carbone 1K dedans, qui coûte à peu près 80 euros le mètre carré, soit presque le triple d’un carbone classique 6K ou 12K.

WINDBASE : Et au vu de ces nouveaux ailerons, de ces nouveaux développements, quel est pour toi l’avenir de l’aileron ?

PHILIPPE : C’est une planche qui monte à 100 ou 120 kilomètres heures pour monsieur tout le monde.

MICHEL : Evidemment sur le plan d’eau adapté.

PHILIPPE : On va faire l’aventure de course, et comme tout ce qu’on a mis en place aujourd’hui, rationaliser les recettes pour remettre les ingrédients dans des choses plus sympathiques en fonction de la demande des utilisateurs. On va créer des modules intermédiaires.

Avec Anders le but est un peu la, harmoniser l’ensemble voile, aileron, planche, et faire des choix sans contraintes. La planche à voile est un ensemble, on ne peut rien dissocier.

Aujourd’hui on a des contraintes car le matériel n’est pas totalement orienté vers le speed.

J’en ai marre d’attendre, donc je vais faire moi-même, cet hiver on va bosser la dessus, la je dessine les voiles, on va faire certainement des modifications sur les 59 d’Anders, donc une voile adaptée à la 59, un aileron adapté à la 59, deux chronos, deux planches côte à côte, des essais, on valide les différences, on modifie, et on va faire du run.

Et éventuellement, essayer d’établir un record de vitesse. Pour le record il y a plusieurs problèmes qui se posent, tu es obligé d’avoir un endroit particulier, avec des conditions particulières, donc cela ne se fera pas forcément en France et ça c’est un peu embêtant.

J’ouvre des portes en Angleterre car ils ont un super endroit, ou un spot en Australie qui est fantastique, Sandy Point, voir si on ne peut pas avoir quelqu’un sur place, ou envoyer quelqu’un, car le lieu est très important.

Le canal des Saintes Maries c’est un labo, pas la mer, si on n’a pas d’autre solution on ira la bas. Il y a aussi le problème des gens qui font les mesures qui coûtent très cher, je vais voir si on ne peut pas former une équipe et faire ça en freelance, et avoir l’appareillage électronique. Le mieux serait d’avoir un système de GPS comme possède l’Hydroptère et de l’embarquer avec nous.

MICHEL : Sur le canal tu as deux ou trois mecs en permanence, donc ça coûte cher.

PHILIPPE : Pour moi un record au canal c’est un record absolu dans un laboratoire, alors que ça serai quand même bien de faire ça sur l’eau, sur la mer, la vraie.

Les règles disent bien qu’il faudrait 20 centimètres d’eau minimum, ce qui par moment n’était pas le cas en Namibie par moment, mais il ne faut pas leur faire un procès, la performance est énorme.

MICHEL : Anders comptai taper 50 nœuds, il n’a pas eu le vent pour les faire.

PHILIPPE :Il y a des problèmes avec la dune au vent qu’ils ont fait pour protéger le plan d’eau en Namibie, les gens de l’homologation ne voyaient pas bien les dossards, regarde j’ai un texto envoyé juste après le record (ndw : le beau sms signé Anders…) il a un run dans 30 nœuds de vent, voile 5.7, il a fait 47,06 en Vmax, avec une moyenne à plus de 45,95 nœuds, et ça ca nous donne envie de continuer, car avec ces nouveaux ailerons on a des Vmax qui sont assez proches de la moyenne, ca veut dire qu’on a un rendement homogène et qui demande qu’à être amélioré.

Alors que si tu prends le relevé de Douglas, pour avoir 54 il a des pointes monstrueuses. Cela veut dire qu’ils n’avancent pas aussi fort tout le long, et en déportant l’aile à un moment vers la fin du run, ils ont une grosse accélération. Chacun se bat donc avec ses armes et sa technique sur le run.

On peut dont travailler sur la glisse, le rendement, le problème c’est qu’Anders il a travaillé avec des voiles de série, je les ai vues il les a sorties du sac, on a mis un petit coup de fer a chaud, on a fait trois modifications quand même, mais on a pas changé les lattes, on a quasiment rien fait sur la voile, bon, on a un designer d’exception, les voiles ce sont des merveilles, en attendant, si on fait une voile optimisée pour la chose, et pourquoi pas asymétrique, on trafique un peu la planche parce qu’il y a des choses a faire la dessus, on peut encore prendre quelques pourcents.

Et si on fait la relation entre la performance des kites et la notre, c’est de l’ordre de 5 a 10%, c’est peut-être accessible.

Anders avait quand même un proto de Lockwood, je l’ai vu il est bien, une belle planche avec des idées qui remettent en question quelques valeurs actuelles, lui c’est un mec du speed donc il a travaillé dans la bonne direction, par contre la voile c’est une voile qui n’est pas forcément faite pour ça.

Donc si on arrive a obtenir une planche qui glisse mieux, une voile qui pousse plus, et cet aileron qui accroche bien, évidemment le concept aileron il ira peut-être dans les ailerons pour le slalom, le concept de la planche ira peut-être chez Bringdal pour ses carènes, le concept voile il ira chez le prochain designer des voiles de Mistral.

La question c’est est-ce qu’on va réussir, on à des idées, on va jouer avec ça, de toutes manières dans tous les cas je suis gagnant parce que mes ailerons ils avancent.

WINDBASE : Et donc, quelles évolutions au niveau de la gamme ?

PHILIPPE : On a donc déjà six nouveaux modèles qui sont la. Un aileron courbe pour le vent établi, deux asymétriques, et certainement une a deux autres largeurs, qui porteront le même nom.

En fait on a fait une erreur, on propose les Elliptiques en 8 en 8,5 et en 9, et en fait les gens ne savent pas le gérer. Donc la on va proposer un aileron qui s’appelle ELS, qui est un asymétrique, et en fonction des longueurs et je choisirai la largeur, en fonction du programme et de la personne.

Et enfin trois ailerons de slalom axés vitesse, qui vont prendre des idées venant des asymétriques. Par contre le tarif sera dans la gamme entre guillemets «luxe », mais on va voir si on peut éviter de trop monter le prix.

WINDBASE : Et pour la housse ?

MICHEL : La housse, on n’a pas le temps. Pour l’instant c’est une housse en plastique fermée au fer à chaud, ça fait quelques années qu’on en parle…

PHILIPPE : On va bientôt les faire, tiens regarde (ndw : un Elliptique trône sur le comptoir de l’atelier, avec une demi housse des très bonne facture posée dessus), cela va ressembler à ça. Ce n’est pas trop cher, ça prend un peu de temps, mais tout le monde est attaché à ce détail, et c’est vrai que c’est pratique.

Mais il faut que Michel apprenne à coudre, mais la ce n’est pas gagné

MICHEL : Oh non… Ce n’est pas fait ça ! Et il va me falloir une machine dédiée pour être tranquille…

PHILIPPE : Et surtout la housse je ne veux pas la faire en Chine. On en a fait quelques une pour les ailerons de vitesse, car ces ailerons ont un côté brillant, et un côté mat, le côté brillant tu te vois dedans, le moindre grain de sable, la moindre rayure et…

MICHEL : On se mouille mais on ne touche pas le sable. On saute avant, mais interdiction de toucher le sable. En tout cas, la housse n’est pas la priorité. Que l’aileron marche, ça oui.

PHILIPPE : Par contre je suis en train de bosser sur un truc qui est bien plus intéressant, c’est de proposer un kit de calage pour tout le monde, voir si on peut les livrer avec l’aileron.

MICHEL : Il n’y a pas un constructeur qui fait pareil au niveau du boîtier, on a un standard, le tuttle ou le deep tuttle, donc on fait au standard, maintenant tu prends des Mistral, l’aileron rentre bien dedans voire un peu trop bien, et tu prends une Exocet il faut le poncer pendant deux heures.

PHILIPPE : L’idée c’est de faire un kit, voir si on peut mettre des cales, un truc que tu colles sur le talon, tu as juste à couper ce qui dépasse, et qu’on donne avec l’aileron, et éventuellement une notice de montage, un jeu de cales, une cale à poncer bien foutue et un peu de papier à poncer, et peut-être deux boulettes de rechange, si on met la vis de travers par exemple.

MICHEL : T’as des outils à la maison, mais si t’es au bord de la plage…

PHILIPPE : On voit ça comme un service, pour ne pas avoir un mec qui part avec un aileron Gasoil qui branle ou qu’il ne casse pas l’aileron pour le rentrer. Pour que ca ressemble à un produit fini avec un suivi.

En fait il faut comprendre par rapport à notre structure, le bordel que c’est ce genre de choses, les housses. La je suis obligé de fabriquer un outillage, un emporte pièce pour pas passer une heure à en découper plusieurs. Tout ce qu’on fait c’est Made in La Fare (ndw : La Fare les Oliviers, la maison de l’atelier, dans les Bouches du Rhône). Tout ce qui sort d’ici a été fabriqué ici, avec un outillage qui a été fabriqué ici.

L’outillage pour découper c’est 3000 euros. Pour faire un cadeau c’est difficile à amortir. On ne vend pas 200 ailerons par mois ici.

WINDBASE : Pour finir, une question bien éloignée de l’activité de l’atelier, est-ce que le Tibet sera libre un jour ?

MICHEL : On l’espère ! On ne se bat pas contre les chinois, les chinois c’est comme toi moi ou n’importe qui, on se bat contre un gouvernement, qui n’est pas très bon, c’est un gouvernement fermé, ils ont envahi le Tibet, personne n’à rien dit.

L’association est apolitique, sans religion. Le Tibet je ne pourrais jamais y aller, parce que ma gueule à été prise, ça m’emmerde de dire ça, ça fait un peu OSS117, donc prise par des espions chinois, a des conférences ou a des manifs, donc je vais en Inde la ou le gouvernement est en exil, et on aide les Tibetains en exil a se refaire une vie.

Le but n’est pas de donner de l’argent, mais d’abord on étudie un deux ou trois ans un mec pour voir ce qu’il vaut vraiment. Et on les aide à se refaire une vie, pour qu’ils ne soient plus dépendants, qu’ils deviennent autonomes.

On essaie de leur trouver un job, de les mettre sur des rails, sans attendre qu’on leur donne un billet, qu’ils aillent le chercher eux même.

Donc oui j’espère ne plus jamais avoir a m’occuper, moi comme d’autres, des Tibétains, car ils seront libres, avec un pays autonome.

C’est un petit peuple par le nombre, mais un grand peuple de spiritualité, même le gardien de troupeau de yack a une philosophie particulière.