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Erik Beale, deux fois recordman du monde de vitesse à la voile et premier avoir franchi la barre des 40 nœuds en 1988, nous a sorti du chapeau la grosse news du speed 2017, La Palme Speed Challenge. Ca méritai bien une interview!

WINDBASE: Tout d’abord peux-tu nous faire un rappel de ta carrière de windsurf pro, et surtout nous dire ce qui t’a amené à faire du windsurf ?

ERIK BEALE: Je fais du windsurf depuis que j’ai 12 ans, j’ai commencé à Saint-Tropez dans les vacances d’été, à l’époque le freestyle faisait rage. Les planches Winsurfeur à wishbone en tec, c’était le summum!
Hiver 83, Fred Haywood passe les 30 nœuds et je voyais la possibilité de battre le record du monde de vitesse absolue à la voile, à l’époque détenu par le catamaran légendaire Crossbow à 36 nœuds. J’ai donc dédié sept ans de ma vie à ce projet. Le point culminant a été le premier record du monde au-dessus de 40 nœuds sur le nouveau canal des Sainte-Marie en 88. Depuis je retourne de temps à autre sur les tentatives de record quand il y a le potentiel de faire avancer le sport.

En 2000 avec un wing au Mondial du vent, 2003-2006 pour le GPS Speed a Maui. 2005 au Saintes -Maries, avec Finian, nouveau record d’Angleterre. Et plus récemment à Lüderitz, en 2014 et 2015 où j’ai réussi à battre mon record personnel six fois pour terminer à 49.76 nœuds sur 500m.

WINDBASE: Quelles ont été pour toi les meilleurs moments en compétition ? Peux-tu nous parler de ton premier record de speed en 88 aux Saintes-Maries ?

ERIK BEALE: Évidemment sur une carrière de 30 ans on se rappelle des points forts, des semaines de vitesse gagnées et du record du monde.

Mais c’est le début de ma carrière avec Pascal, Jimmy, Fred et Laird qui m’a le plus marqué. L’entraînement à Maui en permanence, tous les speed-freak européens sur les compétitions, c’était une époque magique, il y avait beaucoup d’innovations dans le speed, quelque chose que j’essaye de cultiver à nouveau.

En 88 aux Saintes je me rappelle qu’on a attendu le vent pendant des mois. Un mois au printemps sans vent, ensuite six semaines sans vent à l’automne, on en avait tellement marre avec « a donf » (Serge Griessman) que le jour même on allait partir au cinéma… il n’y avait que 20 nœuds de vent. Mais le vent s’est levé progressivement et je me suis retrouvé seul à 39,9 nœuds, sans repères, au-dessus de tout ce qui était connu à l’époque, 1 nœud au-dessus du record de Pascal, 38 nœuds en 1986. Mais il n’y avait que 35 à 40 nœuds de vent et il manquait juste un petit peu de puissance pour franchir la barre des 40 nœuds mythique.

J’ai réalisé en fait que comme j’étais plus rapide que le vent il fallait attendre que la risée descende le canal et il fallait partir derrière elle, ce qui logiquement était trop tard, puis la rattraper. C’était à 5h du soir le 11 novembre, run parfait, 40,48 nœuds dans le soleil couchant sur le village des Saintes.

WINDBASE: Le speed, ta discipline de prédilection, évolue sans cesse. Lüderitz a permis de briser certaines barrières et de passer les 50 nœuds. À ton avis quelle est la part de performance sur un record entre le bonhomme, le spot, et le matériel ?

ERIK BEALE: En fait c’est la synergie entre les trois, il faut une mesure de chaque élément. Certainement le spot idéal créé l’environnement pour une évolution du matériel et de la technique. J’ai eu l’honneur de naviguer sur tous les spots de record depuis l’époque de Weymouth.

Les Saintes ont permis de passer la barre des 40 nœuds, Lüderitz a permis de franchir 50. On est à la quête constante de l’eau rapide. C’est-à-dire, créer les conditions d’eau pour fournir la vitesse. Un canal de vitesse c’est un accélérateur de particules dans lequel en fait nous sommes les particules!

WINDBASE: En parlant de spot de speed, la grosse news du moment c’est l’ouverture de La Palme Speed Challenge. Raconte-nous tout depuis la genèse du projet jusqu’à ce que vous souhaitez faire là-bas. Qui participe au projet, quels sont les acteurs et les partenaires ?

ERIK BEALE: C’est une idée qui mijote depuis longtemps, un canal pour la Tramontane, Pascal Maka en parlait déjà dans les années 80, sur Gruissan, puis plus récemment sur Leucate.

Pour ce qui concerne La Palme, en 2014 en rentrant de Lüderitz, j’ai parcouru tous les canaux fluviaux entre Marseille et Perpignan en cherchant des spots de vitesse, avec Anders Bringdal on a regardé le spot des salins par 50 nœuds de vent et on a vu le potentiel. Mais c’est que l’an dernier en restant chez mes amis Frédéric et Jean Marie Devaux a La Palme, qu’ils m’ont parlé du Maire et de son projet de stade de vitesse. Ils m’ont introduit auprès de l’adjoint au Maire, Henri Forgue, et les choses sont parties très vite de là.
J’ai fait l’analyse de leur projet, navigué sur le spot, et on en a déduit qu’il fallait faire un demi canal, sur une section précise du Grand Bassin. C’était clair dès le départ il fallait aussi installer un slingshot et un coupe clapot pour créer une zone d’accélération en amont du run.



Après de nombreuses réunions avec les acteurs principaux nous avons mis en place l’idée de faire une tentative de record officiel WSSRC avec les recordman du monde actuels en windsurf et kitesurf pour valider le spot. Le La Palme Speed Challenge est donc né. Dans ce process, j’ai découvert que plusieurs groupe tel Phil Carbon, et d’autres, ont aussi poussé le projet. L’idée de le faire en GPS speed dans un premier temps a été considérée, et ce sera certainement le cas dans le futur, mais par respect pour les hommes et les femmes les plus rapides au monde, nous avons décidé de leur donner la première opportunité de s’exprimer.

Les leaders du projet sont la ville de La Palme, monsieur le Maire et son adjoint Henri Forgue. Les Salins de la Palme, Patrice Gabanon et le Grand Narbonne, Stéphane Errard. J’agis en consultant pour le design du canal, et je représente le groupe collectif de record man du monde et record man national. Côté gestion, c’est l’association Masters Event avec notre cher chronométreur Fabrice David que gère l’admin / chrono / journée de tentative.

WINDBASE: Peux-tu nous donner une idée du budget que cela représente pour préparer un spot comme les salins pour y faire du speed ?

ERIK BEALE: Au-delà de 100 000 €

WINDBASE: Quels sont les plus gros obstacles à la mise en route du projet?

ERIK BEALE: Cette semaine, on a été inonde et les salins sont submergés par 30 cm d’eau supplémentaire. Il faut que nous attendions Lundi pour retourner préparer installations pour le chronométrage et autres installations sur place. Mais ça doit rentrer dans l’ordre, et je pense qu’on sera prêt à temps, cela fait partie des challenges et difficultés de notre sport.

WINDBASE: On a vu que tu as déjà fait des sessions de tests avec Andrea Baldini sur le run, quel angle par rapport au vent peut-on espérer sur ce canal ?

ERIK BEALE: En début de cycle tramontane, par ouest nord-ouest, l’angle se situe entre 100 110° en fin de cycle quand le vent vire plus au nord, ça peut descendre à 140 150°

WINDBASE: As-tu déjà estimé les performances possibles sur ce run ?

ERIK BEALE: Il y a certainement du potentiel. On a vu 50 – 60 nœuds de vent… Reste à voir quelles seront les conditions de l’eau sur le jour, trop abattu = clapot!
WINDBASE: Pourquoi avoir choisi un canal sans berge sous le vent?

ERIK BEALE: C’est un bassin d’eau existant, on fait que l’aménager, Il est aussi possible que par des angles très abattu voir 140 à 150° qui il y ai moins de clapot que sur un canal classique. Il existe un phénomène qui fait que l’énergie d’une vague se reflète contre une surface verticale et donc la berge sous le vent peut avoir effet d’entonnoir, et amplifie le clapot en bout de run. On verra!

WINDBASE: J’imagine que tu as du recevoir des sollicitations de toute l’Europe pour savoir quel est les conditions d’accès au run peux-tu nous donner plus d’informations ?

ERIK BEALE: Oui, entre 300 et 400 personnes pour 15 places. Je n’aime pas décevoir les gens et donc je n’aime pas mon job actuellement! Actuellement on est avant tout sur un test du spot. Avec un grand potentiel de vitesse on a privilégié ceux qui ont le plus d’expérience et la plus grande chance de battre les records existants. Ceci dit, on a pris le maximum d’amateurs avec de l’expérience en speed GPS pour remplir les place supplémentaires qu’on avait sur le mois de mars.

On a mis en place la possibilité de prendre les Speedsurfer GPS locaux à la journée si on a la place. La participation dans ce cas est accompagnée d’ une contribution aux frais généraux et collectifs de la tentative de record de 200 € par jour de participation. Ce weekend par exemple, on a eu deux places de qui viennent de se libérer pour les premières tentatives, donc on regarde les ranking des GPS speed challenge locaux tels que le FFF ou l’Almanarre Speed Challenge pour donner la chance au top de ces classements de faire peut-être leur premier run 500M officiel WSSRC. Histoire de faire un tour dans l’arène avec les lions!

On cherche également des rider de nationalités diverses pour établir leur premier record national, comme le Maroc, l’Islande ou le Portugal. Attention : faut avoir le passeport de son pays en main pour que le record soit ratifié! Pour me contacter à ce sujer, le plus simple est de passer par la page Facebook de La Palme Speed Challenge. (https://www.facebook.com/La-Palme-Speed-Challenge-1732935893687063/ )



WINDBASE: Comment se déroule le speed challenge, par exemple, comment sera stocké le matériel ? Comment les Rider pourront remonter le run?

ERIK BEALE: On a un container de stockage à côté du restaurant des salins et un autre qui fait partie du petit village rider que l’on a établi à 300 m du canal. Le retour des run se fait par trois ou quatre grands fourgons qui prennent quatre ou cinq riders à la fois.

WINDBASE: À ton avis est-ce que le ce spot de La Palme Speed Challenge va permettre à dépasser les records établis a Lüderitz ?

ERIK BEALE: Évidemment ça dépend de pas mal de variables, il faut du vent tout d’abord, beaucoup de vent… 40 à 50 nœuds bien établis, voire 60. En plus faut-il qu’il rentre au bon angle, 120 130 degré dans l’idéal, on ne sait pas si aura trop de capot avec 140 150° une fois que l’on aura construit la barrière anti clapot qui crée le slingshot.

Sinon j’espère que les gars ont bossé sur leur matos car si on ne fait pas de progrès sur le matos les vitesses ne monteront pas en windsurf pour rattraper les kiter. Et surtout, le jour J, faut que les rider aient les couilles de border et d’attaquer le run à bloc!

WINDBASE: Est-ce qu’à terme on verra naître un tour dédié au speed par exemple La Palme / Lüderitz ?

ERIK BEALE: Il fut un temps dans les années 80 ou on avait un vrai tour de vitesse avec des épreuves en France, Sotavento, Weymouth, c’était super, un vrai championnat. Je crois beaucoup à l’axe La Palme/ Lüderitz d’ailleurs j’ai parlé avec les organisateurs pour que ça soit des épreuves frères et sœurs, par exemple on pourra qualifier un maximum de GPS Speedsurfer pour Lüderitz.

WINDBASE: A 80 KG, tu es le plus léger des top riders. Penses-tu pouvoir lutter avec les Speedsurfers de100 kg et faire de meilleur temps qu’eux?

ERIK BEALE: En fait aujourd’hui j’ai un paquet de poids-lourds derrière aussi ! Mais c’est sûr que tout le monde devant moi, dans le ranking de la WSSRC (Windsurf) sont tous des poids-lourds et la tâche est extrêmement difficile. Il faut trouver une manière d’avoir moins de traînée qu’eux, tout en générant pratiquement la même puissance. Donc beaucoup de plomb déjà…

WINDBASE: Tu es célèbre pour tes essais extrêmes de matos, il n’y apas si longtemps encore avec le Speedski, as-tu quelque chose en préparation en ce moment ?

ERIK BEALE: Oui j’ai pas mal de choses qui mijotent, mais je garde la surprise pour les runs !

WINDBASE: Le record détenu par Paul Larsen/ Sailrocket semble être à des lieues de ce qu’on peut faire en planche, crois-tu qu’on pourra le dépasser un jour ? Et avec quel type de matériel ?

ERIK BEALE: Tu sais j’ai vécu l’époque en planche ou le record été a 27 nœuds. On est maintenant au double de ça, je ne vois pas pourquoi dans un certain nombre d’années on ne sera pas à 60, voir 70 nœuds. Il va falloir soigner la traînée aérodynamique parce que je pense actuellement qu’on est à la vitesse terminale du corps humain en windsurf. Par exemple, c’est simple, regarde en vélo, c’est impossible de tenir 100 km heures sur du plat, trop de traînée.



WINDBASE: Le speed en foil c’est possible?

ERIK BEALE: Oui c’est sûr, mais peut-être avec une configuration différente, plus stable et en volant plus proche de l’eau. Ça va demander beaucoup de protos et de développement pour y arriver ça c’est sur…

WINDBASE : Question un peu hors sujet mais qui est lié au spot proches de La Palme, que penses-tu de la fermeture d’accès au spot dans l’Aude ?

ERIK BEALE: Évidemment étant Windsurfer j’ai horreur de ça, chez moi à Maui, on a eu des problèmes similaires.
Sur le North Shore, on a perdu 8 des 16 accès qu’on avait il y a 30 ans. A La Palme, on a un Maire à l’écoute et bien décidé à maintenir l’accès au Rouet, donc bonne nouvelle. Plus généralement, les groupes divers, les surfeurs, nageurs, pêcheurs, windsurfer, kitesurfeurs, veulent tous leur part de du paradis, c’est un problème global!

Les solutions peuvent être trouvées en écoutant bien les demandes et contraintes de chaque groupe. Apparemment il y à eu une idée de faire garer les windsurfers a je ne sais pas combien de mètres du bord de l’eau, évidemment les gens qui ont fait ces plans n’ont aucune idée des contraintes pour porter du matos de windsurf dans le gros baston. Donc il faut expliquer nos besoins et négocier les meilleures solutions. Mais la politique ce n’est pas mon truc, comme ils aiment bien dire en France, c’est compliqué!