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WINDBASE : Damien, peux-tu nous faire ton CV de windsurfeur en quelques mots? Et bonus, ca vient d’où ce surnom surtout (Note de Windbase : pourri, le surnom 😀 ) « Mechouille »?
MECHOUILLE : Salut, mon CV … Bon, Damien Nico, 36 ans, ancien Parisien qui vit depuis 2007 sur Montpellier. C’est ma passion pour le windsurf qui m’a poussé à partir de la grisaille parisienne. J’ai commencé la planche en 1993, mais le matériel n’était vraiment pas adapté pour les jeunes, du coup je n’ai fait que quelques stages et je me suis concentré sur la voile légère et j’ai même obtenu mon monitorat de voile. En 97 je reprends et là j’accroche pour de bon et j’en profite pour acheter mon premier combo voile/planche, mais étant parisien et sans voiture ni permis, je ne pratique que pendant les vacances scolaires en Vendée. En 2006 je m’inscris à ma première compétition (Fort Boyard), moralement et physiquement elle fera très mal.
Je pars avec du matos quasi-neuf, sur un plan d’eau défoncé. Lors des procédures le vent prend des tours et je me retrouve à la rue complet dans 1m de clapot haché, je me fais ouvrir le pied par des huîtres sur le bord de plage et je prends catapulte sur catapulte … bref à oublier.
Mon pseudo est vieux, je l’ai depuis 2000, en fait avant j’avais des cheveux et au soleil, sur les côtés je blondissais. Mes potes pensaient que je me faisais des mèches chez le coiffeur …. Et Mechouille est arrivé !!

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WINDBASE : Qu’est-ce qui a déclenché ta passion pour le speed?
MECHOUILLE : C’est la première chose que tu dois faire pour mettre les pieds dans les straps, avoir un maximum de vitesse pour déjauger et rester au planning, aller plus vite que son pote … bref c’est l’essence même du windsurf !!
Après la haute vitesse c’est un autre monde. Il faut déjà dire un grand merci à Christophe Rousse, c’est lui le premier qui a mis un GPS sur son bras avant d’aller à l’eau. Aujourd’hui, c’est donc grâce à lui que nous pouvons savoir à quelle vitesse nous naviguons.
MERCI Christophe !!
Pour en revenir à ma passion, c’est en 2006/2007 avec le KIFF (kiffmembers.com site de covoiturage spécial windsurf pour les parisiens) que nous avons lancé les premiers GPS speed contests en baie de Canche. La première année je score un 34 nœuds en Vmax sur une AHD 267 type 2 et remporte le challenge. L’année suivant je suis à plus de 36, mais je ne serai que second. En 2007 je bouge sur Montpellier et là c’est le paradis, du vent fort, de l’eau plate ….
Je cherche à aller le plus vite possible et en 2008 je passe les 40 pour la première fois …
Je continue à faire du slalom et lorsque les conditions sont présentes je reprends régulièrement les 40 en top speed.
En 2012 je prends plus de 45 pour la première fois, là c’est bon le virus du speed est là, et pour un bon moment je pense.
Depuis mes vitesses ne font que monter.

WINDBASE : Bon, venons-en directement à ce qui nous intéresse, tu viens de passer les 50 en VMAX au GPS, ça fait quel effet? Tu peux nous raconter la session en détail?
MECHOUILLE : Ecoute, c’est une sensation d’après coup. En fait tant que tu ne regardes pas le GPS tu ne sais pas précisément à quelle vitesse tu évolues. Sur ce coup je pensais que j’étais entre 46 et 48 nœuds …. Mais lorsque j’ai regardé le GPS … explosion de joie, mais voici comment s’est déroulée cette session…
En fait je savais que la journée avait un potentiel, mais impossible de poser la journée en RTT, du coup j’ai chargé le matos la veille et je me fais une afterwork.
J’ai quelques potes qui naviguent et je reçois des notification facebook et SMS, tout le monde score comme des %&&%@, le pire a été quand Jean-Marc a claqué sa Vmax à plus de 48 … et je suis bloqué au taf
Bref j’arrive sur le spot en mode guerrier à 17H15, il ne reste justement que Jean-Marc qui me dit le vent est très irrégulier, tombant et un peu trop nord avec du clapot. De plus un banc de sable est présent sur le run avec obligation de passer entre ce dernier et la plage avec 3m de largeur de passage …
Je décide de gréer ma Pryde EVO6 5m et ma JP45 avec un UFO speed asy 20cm.
Premier bord pas beaucoup d’air, j’ai du mal à partir au planning et me dis que j’ai fait une connerie et ne mettant pas la 5.4, je pars tout de même et arrive en planouillant jusqu’au banc de sable. Je me stoppe là et je regarde la configuration et où passer.
J’attends la rafale et en profite pour remonter ces 400m.
Et j’attends à peu prés 5 minutes qu’une rafale arrive pour partir.
Elle est là, assez forte, je pars comme souvent pied avant dans le strap et je suis quasi direct au planning, je mets le harnais, le second pied et colle la plage. Je passe entre le banc de sable et la plage pleine balle et j’ai encore une risée qui me pousse au cul …. J’abats un peu en restant bien bordé et on attend …. 2 secondes …. Et je suis dans le clapot, je décide de couper pour remonter, mais impossible, obligé de me mettre à l’eau en catastrophe sinon je risque gros.

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Il ne faut pas oublier qu’à 50 nœuds, c’est du 26 mètres par seconde, donc ça va très très vite, et je n’ai clairement pas envie de me prendre un spin out ou autre à cette vitesse là.
Je checke le GPS et je vois 50.32, je regarde autour de moi et je suis seul, je gueule un peu comme un idiot, j’ai un énorme sourire ….
Je remonte à la plage et je re-regarde le GPS, pour être sûr de ne pas avoir rêvé, mais non, les 50 sont toujours là …
Le reste de la session sera beaucoup moins bien, puisque je n’arrive pas à être synchro avec les rafales.

Le soir je regarde en détail la trace GPS voici ce qu’elle dit:
De 0 à 20 nœuds en 85m et 15 secondes
De 20 à 40 nœuds en 145m et 8 secondes
De 40 à 50 nœuds en 217m et 9 secondes

Donc au total 447m et 32 secondes.

Je reviens du Défi et j’ai vu pas mal de personne qui m’ont félicité car c’est tout de même une vitesse que personne ne pensait atteignable il y 10 ans !!! Et là un amateur la claque ….
Je n’aurais pas cru que ça touchait autant de monde, mais a priori si … en fait je ne suis pas sûr me rendre compte de ce petit exploit, c’était dans ma ligne de mire depuis 2 ans, et c’est finalement arrivé assez presque facilement, suffisait d’être patient et de profiter de chaque session pour mieux appréhender ces vitesses.

WINDBASE : On voit souvent les speedeux passer au raz des plages pour aller chercher le plan d’eau le plus plat possible. C’est quoi le secret pour naviguer avec aussi peu d’eau? Surtout, on se dit quoi quand on navigue aussi près du bord??
MECHOUILLE : Le secret est de connaître son spot, d’avoir confiance dans son matériel et peut être d’avoir un petit grain de folie en plus …
Franchement, je suis habitué à naviguer à 1m du bord, voire moins si c’est possible, mais il est clair que la marge d’erreur est faible.
Après il faut savoir que si tu pars en spin out, tu tomberas soit sur le dos, soit tu feras une magistrale catapulte une fois que la carre sous le vent aura pris l’eau, mais dans tous les cas, tu partiras sous le vent.
En fait le plus gros danger, ce sont les bancs de sable.
Mais sur l’eau, je n’y pense pas trop, je sais où je dois passer. À chaque retour de run, je colle la plage plus encore que sur le run justement pour voir où ça passe, donc en fait c’est comme si je faisais un repérage à tous les bords retour.
À ce jour, je n‘ai jamais pris de banc de sable à pleine vitesse, je touche du bois !!
Il faut savoir aussi qu’entre une personne qui navigue à 1m du bord et une autre qui navigue à 5m du bord, il y a un déficit de vitesse d’environ 3 nœuds. Si en plus tu rajoutes le slingshot avec les quelques premiers mètres plus plats c’est quasi 5 nœuds de perdu pour celui qui navigue à 5m du bord … c’est énorme, donc pas le choix, si tu veux scorer, faut être au bord

WINDBASE : As-tu une préparation physique spécifique pour le speed? Une hygiène de vie particulière?
MECHOUILLE : Non pas spécialement, je ne fais absolument pas attention à ce que je mange ou bois, par contre, à la naissance de mon fils, j’ai pris quasi 10 kg (je ne voulais pas laisser ma femme seule …) et depuis j’ai remarqué que j’allais plus vite …
En fait je fais pas mal de vélo car je vais au boulot en vélo, et avec ma femme on essaie de faire ¾ d’heure de sport 3 fois par semaine (abdos, chaise et altère), mais vraiment rien de très spécifique.

WINDBASE : Certains se moquent des planchoux speedeux en disant qu’ils ne sont bons qu’à aller tout droit, qu’ils ne savent pas jiber…. Tu répondrais quoi, toi?
MECHOUILLE : Qu’ils viennent me voir, on plante 2 bouées et on fera les comptes après 2/3 tours ….

Non sérieusement, tant que l’eau reste assez plate je gère, mais par contre si tu me mets dans 1m de clapot, je suis perdu …

WINDBASE : Pour revenir à du bon tout droit, quels sont les spots que tu préfères? Que comptes tu faire si l’accès est restreint voire interdit pour assouvir ta soif de démontage de score sur GPS?
MECHOUILLE : Depuis 2007, je vis sur Montpellier et j’ai réellement orienté ma pratique sur des plans d’eau plat. Du coup j’adore le spot du Rouet (Les Coussoules), c’est d’ailleurs là-bas que je fais 90% de mes navs. Il y a un autre spot qui est très sympa mais où je ne vais quasi plus, c’est les Arresquiers côté mer.
Mais aujourd’hui, il y a un endroit où je rêve de retourner, c’est en Vendée, sur l’île de Noirmoutier, c’est là-bas que j’ai découvert la planche à voile, j’y ai des souvenirs impérissables.
L’île permet de naviguer peu importe l’orientation du vent, et tu peux tracer en parallèle de la côte à 800m du bord sur plus de 10Km de long et tu longes toutes les mises à l’eau, tu croises beaucoup de monde … bref c’est pour moi le paradis.
Quant aux plages de la région qui ne vont pas fermer, mais accueillir des parkings assez éloignés de la mise à l’eau c’est assez regrettable. Normalement le spot du Rouet devrait aussi en pâtir, mais connaissant bien le lieu, je ne sais pas où sera placé le parking. Ni comment l’entretien de la pompe à eau sera fait.
Il est important de soutenir toutes les associations locales qui se battent pour nous depuis bientôt 10 ans.

Si le seul moyen est d’avoir un chariot et de continuer à pied, malheureusement, nous devrons nous y mettre, mais il est encore trop tôt pour savoir comment on va se faire manger.

WINDBASE : On a souvent parlé d’un canal vers Leucate, tu y crois?
MECHOUILLE : Malheureusement non, quand tu connais la problématique actuelle (fermeture des plages de l’Aude, parking éloigné du bord de plage) ,je ne vois vraiment pas comment une société pourrait creuser un canal et mettre en place une base vitesse sur la plage. Je serais bien entendu super content que cela se fasse, mais je préfère être pessimiste et avoir une bonne surprise.

WINDBASE : En parlant de canal…. Lüderitz, tu vas finir par y aller, ou tu te chies? Et si tu y vas, quels objectifs vises-tu, et avec quels moyens?
MECHOUILLE : Lüderitz …. Un rêve ….

Je profite de ta question pour faire une annonce.

Avec Phil Carbon (PC2), nous venons de trouver un terrain d’entente pour justement me rendre à Lüderitz en 2017 et représenter au plus haut niveau de la vitesse ses shapes qui ont déjà très bien marché avec Gautier Bourgeois ou d’autre riders étrangers.
J’ai déjà testé la planche de speed en 44 de large et une slalom en 71 de large.
La planche de speed est très prometteuse, mais je n’ai pas eu assez de temps pour bien sentir son potentiel.
Par contre j’ai pu naviguer à la Nautique pendant le défi avec la slalom ELEMENT 71, et clairement ça glisse très très fort en étant vraiment confort. J’attends avec impatience ma 65 de large pour 102 litres.

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Il faut que je travaille sur le matériel le plus vite possible pour arriver là-bas sans me poser une seule question. On ne s’entraîne pas la veille d’une compétition, il n’y aura pas de place pour le doute. Sur le run une seule chose à faire, border et attendre …
Il y a encore énormément de choses à organiser, mais disons que nous ferons tout pour que ce soit possible.
Le budget pour 2 semaines de présence est d’environ 7 000€, il va me falloir trouver des partenaires pour m’aider financièrement (d’ailleurs si tu en connais … je prends)

Au niveau objectif, et sans être prétentieux, il faut absolument que j’accroche les 50 nœuds de moyenne, mais mon vrai but c’est 51.5 nœuds sur 500m.
Il faut savoir que pour nous Français le record national est aussi le mondial … bref, je ne suis pas sûr de pouvoir faire mieux qu’Antoine Albeau …

WINDBASE : Si un jour tu plafonnes trop en windsurf, passeras-tu du côté obscur pour aller faire sécher ton sachet de thé en l’air?
MECHOUILLE : Non, je ne ferai pas de kite, j’ai tenté d’apprendre, mais le fait de redevenir débutant était un peu chiant, je perdais du temps de nav en planche et puis au bout de 2/3 séances, je ne me suis pas senti en sécurité.
Par contre je me vois bien faire du Hobbie 16 avec mon fils, mais il faut attendre encore un peu, il est pour le moment un peu jeune.

WINDBASE : Pour revenir sur tes progrès impressionnants en speed ces dernières années, à ton avis c’est le résultat de ton entrainement, de l’évolution du matos, ou un mix de tout ça?
MECHOUILLE : C’est un ensemble, je me suis focalisé sur cette discipline, je me suis réglé, j’ai appris à naviguer vite et j’en ai pris l’habitude.
Maintenant naviguer à 40 nœuds est pour moi assez banal.
Alors bien sur le matériel a évolué, mais il n’y a pas eu de révolution non plus.
Donc oui clairement, à force de naviguer en speed, on devient meilleur, on appréhende mieux le vent fort, le clapot si particulier généré par l’orientation de la plage et le vent. Les voiles sont aussi plus agréables à tenir dans le vent très fort, les ailerons sont devenus asymétriques …
La seule chose qui n’a pas changé depuis pas mal de temps c’est la planche. Il y a quelques planches de référence dans ce domaine comme la JP speed 45 et la Starboard W44.
La JP speed 45 n’a pas évolué depuis 2008 ou 2009 !!! La Starboard 44 a eu des modifs en 2012 de mémoire et fonctionne à présent mieux.

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WINDBASE : Quels types d’ailerons prends-tu pour aller le plus vite?
MECHOUILLE : J’utilise depuis maintenant 4 ans des ailerons à profil asymétrique de la marque UFO (Ultimate Fins Original), en fait c’est Olivier Ponrouch (Ponpon) qui a créé cette marque il y a 10 ans.
L’avantage des asymétriques est qu’ils génèrent plus de stabilité à tous les niveaux en ayant aussi plus d’appui pour la même taille, du coup on peut naviguer sur des ailerons un peu plus courts (environ 2 cm). Ce profil asymétrique est aussi associé à l’outline wide-base, (plus large en base qu’un aileron classique), qui permet de reprendre aussi de l’appui.
Sur mon gun de speed de 45 de large et de 50 litres j’utilise un 20cm seulement, et sur ma 49 un 22 mais qui est plus raide.

WINDBASE : Globalement, qu’est-ce qui influe le plus sur une grosse perf? Les réglages, le pilote, le mental, le matos, le plan d’eau, ou simplement la grosse rafale qu’il faut savoir gérer?
MECHOUILLE : La chance !!! clairement la personne qui prend régulièrement 45 nœuds peut prendre sur une bonne rafale, faire 48, et ça se joue à rien.
J’ai en souvenir un moment avec un bon pote de nav :
Je pars faire mon run, mon pote enquille juste 10/15 secondes derrière moi, on longe la plage, on abat et on se retrouve à la plage verdict je lui colle quasi 3 nœuds sur la Vmax de ce run ….
Alors bien entendu le reste joue, il faut bien sûr être réglé, connaitre son matériel, avoir les couilles d’y aller … mais tu peux t’appeler Albeau, si lorsque le bon créneau est présent tu es en train de boire un coup, ou de manger, c’est mort …

En gros il faut savoir que le speed, c’est une discipline à la con. Tu peux être sur le spot du 8h du matin à 20h le soir, si le créneau dure 20 minutes et que tu ne fais pas ton run à ce moment-là, alors que le mec qui vient d’arriver y est … il te met la misère.
Donc, il faut enchaîner, tout le temps, arpenter le spot, s’engager à tout instant et ça finit en général par payer.
Il faut tout de même être prêt à tous les niveaux, c’est-à-dire que ton matériel doit être réglé, que physiquement tu dois être opérationnel, et c’est avant la session que ça se gère. Tu ne dois pas passer la moitié de ta session à trouver la bonne position de tes bouts, ou l’ouverture de tes straps.

WINDBASE : Connais-tu le fameux secret de la glisse qui fait gagner 5 noeuds à n’importe qui? Blague à part, si je veux me mettre au speed, je commence par quoi pour accélérer?
MECHOUILLE : Oui bien sûr !!! et je peux même te garantir que tout le monde le connait : Il faut naviguer, naviguer et encore naviguer …

Toi par contre, ça risque d’être plus dur, tu ressembles un peu à une canette de bière pleine de sable en train de rouiller au fond de la mer …
Par contre pour le windsurfeur lambda, il ne faut pas se prendre la tête. Le speed c’est aller le plus vite possible avec les conditions présentes !!

Il ne sert à rien de prendre une voile de slalom avec 4 cambers et toute la palette de réglages ou la planche de 50L par 45 cm de large, si on ne sait pas l’utiliser.
Par contre pour aller le plus vite possible avec son matériel, il faut chercher un plan d’eau le plus plat possible.
Un plan d’eau plat permet de tenir plus de voile, de moins s’occuper de la planche qui ricoche de tous les côtés sur le clapot ou les vagues, donc la position est plus stable.

WINDBASE : Et sur du matos de freeride ou de vague, si on veut s’amuser à tracer, à ton avis, on peut monter à combien?
MECHOUILLE : Sur du matos freeride à 100% (planche, voile et aileron) les 40 sont largement possibles. J’ai un ami qui a scoré à plus de 48 en Vmax en voile de vague dans 90Lm/h de tram …. Mais il avait une planche et un aileron dédiés à la vitesse.
Pour le matos de vague, si la voile peut aller très vite, pour la planche le souci, c’est la position des straps qui sont un peu trop centrés, mais je pense que les 35 nœuds sont possibles.

WINDBASE : Quel est pour toi le matos apportant le meilleur compromis vitesse/facilité par exemple ? 40-42 noeuds sans forcer?
MECHOUILLE : La première fois que j’ai pris 40 nœuds en Vmax j’étais en 6.3 et 80L par 54 de large. J’ai un gabarit assez solide, donc avec une voile de 5.4 de slalom et 80L typé slalom, ça se fait facilement tant que le plan d’eau est propice, surtout pour une première fois.
En fait le secret du speed, c’est trouver un vent très fort, avec un plan d’eau qui reste le plus plat possible et si en plus la berge est à 120°/130° du vent, c’est encore mieux.

WINDBASE : Pourquoi on ne voit pas plus de casques en speed? Vous n’avez pas de cerveau donc pas besoin de protéger?
MECHOUILLE : Je ne sais pas, personnellement, je ne mets un casque que pour filmer car j’ai la GOPRO dessus, sinon jamais. Je sais qu’au niveau sécuritaire se serais le top, mais … nous devons être un peu inconscients …

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WINDBASE : Faut-il être lourd pour faire du speed à haut niveau?
MECHOUILLE : C’est un avantage indéniable, une fois lancé, il faut être le plus rigide possible pour tout retransmettre au flotteur et à l’aileron, ne pas bouger dans les rafales, le clapot. Être lourd te le permet. Tu as aussi une inertie plus importante, du coup les molles sont passées plus vite.
Après si tu fais 80Kg, tu peux rajouter 5/6 Kg de lest, ou si c’est vraiment limite descendre d’une taille de voile.

WINDBASE : Toujours sur l’équipement du bonhomme, combien de lest utilises-tu? Jusqu’à combien es-tu déjà monté, et quels risques cela fait prendre à l’utilisateur? Quels sont les avantages?
MECHOUILLE : Je ne suis pas forcément un exemple à suivre car j’utilise le plus souvent possible du lest. Dès 25 nœuds moyens j’ai mon gilet avec 3 ou 4 kilos. Dans le vent très fort (sup à 45 nœuds), je peux monter à 8 ou 9 sans souci, cela représente moins de 10% de mon poids.
L’avantage du poids est évident, tu as une inertie plus importante, le petit clapotis à 1m du bord est écrasé, tu ne le ressens pas, tu restes bordé plus facilement et tu continues d’accélérer.
Le gros inconvénient est qu’il te fatigue plus tout au long de la journée.
Je me suis fait des plaques de plomb assez fines qui rentrent dans les poches de mon gilet et c’est vraiment plaqué au corps. Par contre si je chute, il y a X Kg en plus … mais jusqu’à présent encore un fois, cela ne m’a jamais porté préjudice.

Personnellement je dirais de ne pas dépasser 6/7% de son poids.

WINDBASE : Quelle différence réelle de performance entre ta carène avant et après le traitement au Nautix ?
MECHOUILLE : C’est très dur de définir le gain réel, je sais aussi qu’un autre produit similaire est sorti il y a peu, le M300 speed. Antoine Albeau avait ses planches qui étaient préparées au M300 lors de son record du monde, mais avec le produit Nautix, aurait-il été plus rapide ou plus lent ? On ne le saura jamais.
Il faut avoir 2 combo strictement identiques (planche, aileron, voile et wishbone c’est facile, mais au niveau des mats …) et ensuite naviguer dans les mêmes conditions avec et sans pour chiffrer tout ça …

Ou alors avoir un bassin pour faire des tests et ensuite analyser. Il y un grand manque de vraie recherche dans ce domaine, mais un encore plus un grand manque de moyens financiers pour faire des études sérieuses.
Nous ne pouvons pas trop nous comparer avec les AC72 de la Coupe de l’América ou les bateaux en général car les surface mouillées sont complètement différentes (et les budgets aussi NDC)
Bref j’ai fait 50.32 en Vmax avec le produit Nautix sous la planche, c’est tout ce que je retiens pour le moment.

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WINDBASE : Depuis le temps tu es passé sur différentes marques (Loft, JP, North etc.), et c’est en Pryde que tu fais le top score! Est-ce que Pryde est vraiment mieux?
MECHOUILLE : J’ai commencé le speed avec des North puis j’ai continué avec des Challengers Aéro+ et maintenant je suis full Neil Pryde.
Pour être rapide il faut être confort et force est de constater que les Pryde le sont.
Depuis que la vitesse est revenue à la mode, ce sont toujours les Pryde qui sont aux avant-postes. Toutes les voiles vont vite, mais les Neil Pryde vont vraiment très vite. D’ailleurs en 6 mois, j’ai 3/4 amis qui en ont pris … et je crois qu’ils en sont très contents !!
(Note de Windbase : Désolé pour le publireportage 😀 Mais bon…. Quand c’est constaté, c’est normal de le dire!)

WINDBASE : Pourquoi pas de recherche sur des boards asymétriques ? Après les ailerons…
MECHOUILLE : Très bonne question, figure-toi que j’y ai pensé il y a 1 an à peu près. J’avais fait quelques dessins, pensé à des cut-out différents, mais au final, je n’ai pas le savoir-faire, et faire fabriquer un custom (asymétrique ou non) coûte trop cher à mon niveau.
Le plus simple serait de prendre une bonne planche en très sale état et de lui faire les modifs, mais une bonne planche ça ne court pas les rues alors en mauvais état …
Bref c’est dans un coin de ma tête, et dès que possible je passe à l’action

WINDBASE : As-tu un secret de speed, un truc rien qu’à toi pour réussir à booster tes perfs?
MECHOUILLE : J’essaie d’avoir le plus de photos/vidéos de moi sur le run, j’analyse tout le temps ma position, je regarde ceux qui sont meilleurs. Après chaque nav, j’appelle mon pote Ponpon pour lui faire un debrief de la session et de mes sensations. Bref je me remets en question le plus souvent possible tout en sachant que mes réglages évoluent vraiment doucement car je ne suis pas loin du but.
J’ai navigué le week-end dernier dans 45 nœuds moyen claque à 55, et j’avais un souci de planche qui cabrait quand j’accélérais, j’y ai réfléchi et je pense savoir pourquoi, j’ai 2/3 pistes à approfondir.
L’objectif principal est d’avoir la planche à plat et avec le moins de surface mouillée possible, il faut donc être stable et ce dans la risée ou la molle.

WINDBASE : Pourquoi tu n’arrives pas à dépasser les Hollandais? Ils sont juste plus forts que toi, mieux entraînés, du matos différent? Tu n’oses pas les vexer?
MECHOUILLE : Malheureusement il n’y a pas QUE les hollandais, il y a aussi des Allemands, des Belges, quelques Suédois … bref il y a du monde.
Les Hollandais, on peut les nommer, c’est Jacques, Hans et Vincent qui commence vraiment à pousser fort, il a d’ailleurs gagné le Mondial du vent en windsurf.
Jacques et Hans naviguent en speed depuis très longtemps sur les Coussoules et ont une expérience solide de la compétition.
Quand je me suis mis à la vitesse, eux étaient déjà à 50 nœuds en top speed et moi à 40 … j’ai donc déjà comblé pas mal de retard, mais l’expérience joue en leur faveur pour le moment.
Au niveau matos nous avons du matériel très similaire, il n’y a que l’aileron qui est différent, mais ce n’est pas lui qui me freine, c’est moi tout seul qui doit encore apprendre d’eux pour finir devant.