Interview Thierry Bielak

WINDBASE : Peux-tu nous résumer ce qui t’a marqué depuis que tu as commencé le windsurf?
THIERRY : La première fois que j’ai mis les pieds sur une planche, c’était il y a 40 ans, et j’ai vu et participé à l’évolution de la planche à voile

WINDBASE : Pourquoi ce retour au speed en planche ? Plaisir uniquement ou de vrais espoir à des perf de N°1 voire les 54 noeuds ou plus? Et, pourquoi as-tu arrêté?
THIERRY : Pour le plaisir avant tout, les sensations, + de 40 noeuds sur une planche à voile, quel pied!!!!!
Si les perfs doivent venir en plus ce serait que du plus. J’avais arrêté pour un autre challenge, un projet professionnel: monter une entreprise, cela demande aussi beaucoup d’efforts!!! je suis toujours dedans

WINDBASE : Es-tu conscient que pas mal de windsurfers actuels ont découvert la planche en voyant les images de ton record?,
THIERRY : J’ai participé pour une petite part à l’évolution de ce sport, et j’espère avoir suscité des vocations, et donné l’envie!!!

WINDBASE : Comment se passe la partie sponsor quand on revient en speed après un temps d’arrêt? Participes-tu à la R&D?
THIERRY : Au départ y en a pas du tout, et puis sur le nom sans doute quelques petites aides, mais je me suis principalement financé. J’achète tout le matos.

WINDBASE : A l’époque de tes  records (NDW : 3 record absolus de vitesse à la voile toutes catégories, il est toujours le seul…), tu es arrivé sans être considéré comme « pro », et tu as mis une belle rouste a certains, est-ce que ça a jeté un froid sur le circuit de speed? Certains ont même dit que tu te posais juste lourdement dans le harnais et que tu écrasais le clapot…
THIERRY : C’est vrai que  je ne suis pas arrivé en tant que  pro, je suis arrivé par la petite porte sur mes vacances, en 1984 à Brest, j’ai participé à beaucoup de courses et je n’ai mis la rouste à personne pendant les premières années, en 86 à Fuerte je finis 16 eme avec des voiles de vague, c’est seulement à partir de 88 que je commence à être dans les premières places. Je ne pense pas avoir jeté un froid, mes performances ont sans doute bousculé un peu, mais celles des autres m’ont aussi bousculé. Pascal Maka avait dit ça pour le cul dans le harnais, ma puissance m’a permis cela.

WINDBASE : Quel était ton secret à l’époque pour être le meilleur ?
THIERRY : J’étais un grand travailleur, tenace, observateur à chaque condition de navigation, avec toujours la détermination en tête d’améliorer mes temps… le reste s’est toujours fait avec passion…!

WINDBASE : Quelles ont été les retombées médiatiques et financières de ton record ? Qu’est-ce que le record a changé dans ta vie de tous les jours ?  
THIERRY : Retombées médiatiques, oui un peu. La finance dans le windsurf c’est pas vraiment là qu’il fallait être. Le windsurf a modifié le court de ma vie, ça c’est sûr!!!  En tous les cas, une vie originale et ouverte sur l’extérieur… surtout au point de vue humain… j’ai rencontré des gens formidables!!! Et dans le cadre du travail, un gars comme Roberto Ricci!!

WINDBASE : Après un break de 10 ans avec le milieu du speed, qu’est ce qui a fondamentalement changé aujourd’hui ?
THIERRY : Les choses n’ont pas vraiment changé, un peu d’évolution sur le matos (ailerons asymétrique obligatoire)

WINDBASE : A ton avis, pourquoi ne voit-on pas plus de jeunes coureurs sur les compétitions de speed?
THIERRY : Il est difficile d’atteindre un niveau, il faut quand même un physique, de l’entrainement, de l’expérience, du travail, du courage, et de la disponibilité…et du sponsoring…

WINDBASE : Ton quiver de speed actuel? (On veut tout savoir! 😉 )
THIERRY : Planches RRD, planches de série 114   98   90 litres + 3 guns de vitesse  49 cm   44 cm 42 cm
Voiles RRD, voiles FIREWING, j’ai retrouvé avec ces voiles beaucoup de plaisir, facile à régler
Mats RRD, adaptés aux voiles, mais je décale d’une rigidité, car sinon c’est trop souple
Wish NAUTIX, depuis plus de 30 ans, leur diamètre et ouverture du galbe me conviennent
Ailerons UFO, le designer: mon pote Olivier Ponrouch

WINDBASE : Pour toi, dans quel sens a évolué le matos de speed? Factilité, performance, stabilité…? Quel est ton avis sur les évolutions depuis 15 ou 20 ans?
THIERRY : Les voiles et les ailerons ont fait de gros progrès, les planches et wish sont  plus stables…

WINDBASE : Quel est le plafond actuel pour la planche en vitesse?
THIERRY : 55 noeuds me paraissent accessibles.

WINDBASE : Quelles pourraient être les innovations futures pour repousser encore davantage les limites? On a vu par exemple Eric Beale bosser sur des ailerons atypiques…
THIERRY : L’aileron est une pièce essentielle, il faut faire des recherches, des tests, des essais, aller dans plusieurs voies, pour trouver la meilleure.

WINDBASE : G10 ou carbone?
THIERRY : Carbone ça c’est sûr!!!!

WINDBASE : As-tu des surprises en stock niveau matos / développement pour 2015 ?
THIERRY : Non pas de surprises, amélioration du matos actuel, rectifier les erreurs de 2014

WINDBASE : Crois-tu au foil en speed ?
THIERRY : Oui peut être.

WINDBASE : As-tu déjà testé?
THIERRY : Non, pourquoi pas ?

WINDBASE : Le speed dans 25 ou 30 ans?
THIERRY : Avec ou sans moi??!!! j’aurais 59 ans cette année…. donc…
J’espère que le speed se portera toujours bien, et de mieux en mieux, car c’est une discipline qui peut apporter du plaisir à tellement de sportifs ! Préservons nos spots !

WINDBASE : Quel est selon toi le facteur le plus limitant (à vent constant) ? Planche, voile, aileron, bonhomme, le canal (on avait parlé de profondeur de canal, de clapot…)
THIERRY : Un plan d’eau dégradé, pour moi, est le facteur le plus limitant ! Et de loin !

WINDBASE : Ta plus grosse taule en speed?
THIERRY : Tarifa 93 à 45 noeuds et 60 noeuds de vent, d’une violence incroyable !

WINDBASE : Et le défi wind?
THIERRY : Quelle course putain!! 1200 participants, l’organisation très bien ficelée, la plus grande course du monde!!!! Mais pas pour moi (enfin pour le moment, quand je serai vieux peut-être ! ).

WINDBASE : A la vue de l’épreuve de Luderitz 2014 … quelles leçons en as-tu tiré ?
THIERRY : Utiliser des mâts plus raides!!! Et se préparer encore plus physiquement, car un run, c’est  40 secondes d’une grande violence !

WINDBASE : Luderitz en 2015 ?
THIERRY :
Oui nous sommes inscrits 2 semaines   avec Yann (NDW : Coadic. les Tontons Speedeurs c’est par là!)

WINDBASE : Les tontons speedeurs toujours à donf?
THIERRY : Oui, mais nous avons tous deux des métiers très prenants, avec des horaires de ouf!!!

WINDBASE : Penses-tu avoir tes chances pour aller plus vite qu’en 2014?
THIERRY : J’espère, en tous cas je fais le max pour, mais je n’ai plus le même niveau qu’il y a 20 ans… Tout dépendra des conditions de navigation…

WINDBASE : Est-ce que tu navigues aussi en vagues ou en freeride?
THIERRY : Non, planches de slalom avec ailerons orientés speed ou Guns de vitesse et voiles à cambers uniquement.

WINDBASE : Quels conseils de base pourrais-tu prodiguer à un mec moyen qui veut augmenter sa Vmax de 5 noeuds ?
THIERRY : Du bon matos ; peaufiner les réglages ; de  la muscu pour la puissance ;  le vélo et le paddle pour la résistance, et y croire !

Thierry   N° 44

Interview Philippe Bru

J’avoue que la, j’ai du mal a trouver de quoi faire une intro. Organisateur d’énormes évènements de windsurf, souvent aperçu sur Gruissan, l’image qui revient quand on pense a Philippe Bru c’est celle d’un mec au taquet sur un énorme zodiac, en train de lancer une meute de plusieurs centaines de gars sur les manches du Défi. J’ai voulu en savoir plus…

WINDBASE : On te connait tous a travers l’organisation du Défi Wind, mais peux tu nous en dire plus sur tes débuts, ce qui t’a mené vers le windsurf, puis vers l’organisation d’évènements? As tu toi même participé a des compétitions?

PHILIPPE : Je fais du Windsurf depuis l’age de 13 ans … et je viens de faire 46… Mon arrivée au Windsurf est due à un oncle, l’un des premiers à avoir sous les pieds une planche … Découverte du truc et jamais laché! Vivant en Afrique, au bord de l’eau, la suite de ma pratique était donc assez facile. J’ai commencé au Sénégal, ou l’émulation des débuts de la planche était forte. Windsurfer, Dufour, Open, PanAM puis le Funboard… Un peu tout fait donc! J’ai participé à toutes sortes de compets sur ces moments. Pratiquant passionné donc ;-).

Puis je suis rentré en France en 80. Uereps (STAPS) et débauché par le club Pascal Maka – Gruissan. Ma mission progressive : Structurer, promotionner et organiser la planche à Voile à Gruissan. Gruissan Windsurf naissait. Une très belle histoire, une marque. On a fait beaucoup de choses pour et par la planche.
2010. la boucle était bouclée. J’avais fait le tour. Je peux faire du conseil maintenant 😉

WINDBASE : Quel a été l’élément déclencheur pour que tu décides de créer ta propre structure? As tu eu des partenaires dès le lancement? Quelles difficultés a tu rencontrées?

PHILIPPE : D’un commun accord avec la ville de Gruissan et après 20 ans de « service », l’heure était au changement. M’étant plutôt spécialisé dans la production et réalisation d’évènements, c’est donc assez naturellement que la bascule s’est faite. Création de Beach Concepts, agence de marketing évènementielle centrée autour de la plage (Conseils, Prestations, Production). Des partenaires … Il n’y a pas vraiment de difficultés… juste du travail! Consolider un réseau, trouver des marchés, convaincre de nouveaux partenaires, proposer des concepts novateurs, différents. Pas de quoi s’ennuyer mais loin d’être gagné aussi.

WINDBASE : A ce jour, combien d’évènements as tu déjà organisés? Quels sont les événements dont tu seras le « papa » en 2012?

PHILIPPE : … Aucune idée, Plein, des tas. J’ai quelques projets que je trouve bien sympa sous le coude… Non dévoilables car pas finalisés, 2012 restera donc assez simple avec Le Festival De Dakhla (Cross Over), Championnat du monde de SUP Surfing et Longue Disatnce (La Torche), Le Défi …, L’Open de Lyon (Rassemblement Pro Am de SUP); Father & Sons (Ghetary, évènement transgénérationel en surfing) et une course Pro Am à Maurice.

WINDBASE : Ces derniers temps, on parle de plus en plus de gros runs de speed, avec de gros clients, sur des spots de l’Aude. Evidemment, on se demande si une épreuve de speed serait possible sur ces spots… Qu’en penses tu? Le ferais tu?

PHILIPPE : Bin, faut pas qu’en parler… Faut y aller. L’Aude et particulièrement le secteur Gruissan – Port la Nouvelle et Leucate sont hyper propices. Il n’y aura pas de record sur ces plans d’eau mais de sacré bons et beaux runs. Un course de vitesse est assez facile à mettre en place. Oui, je serais assez chaud pour y aller. Nous avons bossé sur pas mal de sites avec Bjorn Dunkerbeck à l’époque ou nous chassions le record.Ya même Le Spot pour … On l’ a testé avec Antoine Albeau aussi. Il manquait un peu d’eau mais l’angle est juste parfait…

WINDBASE : A ses débuts, le Défi Wind était une Speed Crossing en pleine mer, faite par et pour les pros. Comment l’épreuve a-t-elle pris la forme du Défi actuel?

PHILIPPE : Né d’un constat assez simple, celui de pouvoir réunir Pro et Amateur et se dire que sur des LD, les outsiders avaient une chance de jouer avec les grands. Volonté aussi de rendre populaire l’accès au speed crossing. Puis comme tous les projets, ça cause et un beau jour, ça dit feu. L’evolution n’est venue que par la demande qui en 10 ans n’a cessé de croitre. Un vrai belle histoire de windsurf.

WINDBASE : Comment se passe l’organisation d’un Défi? Combien de temps avant l’épreuve les préparatifs sont-ils lancés?

PHILIPPE : Compliqué dans la réalisation car c’est devenu un peu plus qu’une course de planche à voile… Avec plus de 10 ans expériences, les choses sont un peu plus simples en amont, les modèles étant créés. Les premiers dossiers s’ouvrent quelques 6 mois avant. Une accélération à moins 4 mois puis c’est crescendo. Le point le plus chaud est le mois précédent. Il faut également compter quasi un mois après pour boucler le bin’s. Hormis les taches ‘org, somme toutes assez classique, le challenge est de trouver les bonnes équipes.
Envoyer 1000 windsurfers sur l’eau n’est pas une chose qui s’improvise. Le risque est affirmé. Coté terre, le niveau technique du défi est haut. Le set up est imposant. L’idée étant de produire un évènement à forte promotion du sport, visuel et avec contenu. Ne durant que 4 jours, tu ne peux pas rattraper les boulettes… d’ou le besoin d’anticiper 99% de ce qui va ou peut se passer.

WINDBASE : Le Défi 2011 a connu une grosse polémique sur le web, au sujet des frais d’inscription. Tu t’es déjà exprimé sur le sujet, mais, avec le recul, et maintenant que cette édition est passée, crois-tu que le prix ai été un frein pour les inscriptions? Au final, et pour ne pas les citer, les raleurs des forums ont-ils fait du mal au niveau de la participation?

PHILIPPE : Mouais. Il est evident qu’à 50 euros, il y aurait eu moins de bin’s et plus de monde mais les réalités d’un évènement comme le Défi ne peuvent pas s’arreter la. Au bilan, nous avons eu quasi 300 nouveaux windsurfers et ça c’est de la balle. Pour le reste et comme tu le dis, me suis déja exprimé. Je pense sincèrement que le prix des inscriptions du Défi actuel est loin d’être abusif, vraiment loin. Après, tu sais, à partir du moment ou tu «  »joues » » avec un millier de personnes, tu rentres dans la tronche des sondages, c’est à dire que tu trouves de tout, des chieurs, des cons, des racistes, des tops, des buenos, des A fond, etc…
Pour finir, le Défi est un évènement difficile à vendre à un sponsor extérieur, surement car trop court, certainement car ne touchant que la tribu et enfin car uniquement Windsurf. J’aurais pu changer tout ça mais c’était perdre l’âme et l’opportunité d’avoir un rassemblement unique.
Pour l’avenir, Le défi sera No limit en nombre de places et les frais d’inscriptions seront de 110 euros. Les raleurs des Forums … A part une paire qui avaient des arguments et des dires interressants, la plupart des autres ont emboité le pas tels de vilains petits canards , sans face et se cachant derriere des pseudos à 2 balles. J’ai causé avec certain d’entre eux; en revanche, pas un n’est venu me voir directement…Des blaireaux. J’en ai pas fini avec certains…

WINDBASE : En 2011 (et 2010, si je ne me trompe pas), la PWA a placé une épreuve de coupe du monde aux mêmes dates que le Défi. Du coup, très peu de pros, et malgré une épreuve déjà très intense, on est pas mal a penser qu’il serait excellent de courir en compagnie des champions. Beaucoup ont révé de voir US1111 au départ de l’édition 2011 … Pourquoi a-t-on l’impression, vu « d’en bas », que la PWA cherche a éviter que les projecteurs se tournent vers le Défi, et que les pros ont globalement une excuse pour ne pas venir?

PHILIPPE : Le jeu des calendriers… Nous discutons regulièrement avec la PWA. Leur idée serait de faire une etape à Gruissan avant, pendant ou aprés le Défi…J’étais un peu chaud cette année pour ça, mais je n’ai pas trouvé les ressources financières. Après, sur que la montée en puissance du Défi ne les a pas fait que rire. Dommage qu’ils n’aient pas compris l’intérêt de la chose, à savoir, une promo géante du sport. Ils avaient tout à gagner. Bref, c’est comme ça et des fois, il ne faut pas lutter plus qu’il ne faut. 2012 devrait être pas mal… A ce jour, pas de dates en doublon! A suivre…

WINDBASE : Est ce qu’un jour, si cela se présente, on verra une manche de Défi lancée par Marin? Sacré bordel en perspective, mais, pourquoi pas? Finalement, aucun risque de partir au large…

PHILIPPE : Je crois pas. On a evalué le truc, on a eu fait des manches avec des pros a la belle epoque de l’AFF. Le Marin içi, c’est du on shore de chez on shore. Si pas de doute sur le large, des doutes sur la capacité de l’ensemble de la flotte à se sortir du bourbier sur les 10 bornes… Et bonjour les dégâts matériels… Coté sécu, des zods dans les vagues, c’est pas non plus le pied… Sachant pour que ce soit rigolo, faut au moins un bon 20 noeuds, je te laisse immaginer le bronx. Mais, bon, on sait jamais 😉

WINDBASE : Tes meilleurs souvenirs sur les Défi?

PHILIPPE : Le Défi, tous les Défis.
Chaque fois un Défi d’organisation et une aventure humaine. Un plus sur les années Bjorn qui a réellement mis un coup de projecteur. La venue de Robby même si un peu « blasé » de ne pas avoir vu la voile rose sur le plan d’eau. L’année dernière, c’était super. Malgré un seul jour de vent, une bonne ambiance et une belle prod. Il restera que nous aurons marqué un moment de l’histoire du Windsurf moderne. C’est cool.

WINDBASE : Tes pires souvenirs sur les Défi?

PHILIPPE : Les flaques aux bouées… Une vis de la direction du moteur de mon bateu qui fout le camp à 10mn du départ. Que du bon sinon.

WINDBASE : Récemment une image est sortie sur ta page Facebook, « Défi Ultimate », du 17 au 20 mai 2012. Depuis, aucune information supplémentaire, mais, j’en connais qui ont déjà posé leurs congés pour les dates, cassé leur PEL pour les frais d’inscription (désolé… :p ), repris l’entrainement physique pour repasser sous la barre des 100 kilos, commencé a sacrifier des chèvres pour que le vent souffle… Alors, tu as des infos, ou c’est encore trop tôt?

PHILIPPE : Ya pas eu plus d’infos car on réflechissait sur des trucs… Maintenant on y est. Le Défi restera ce qu’il est, à savoir un rassemblement pour et autour du Windsurf. Plus de limite de participation. Le prix de l’inscription sera de 110 euros, (désolé :p). L’ouverture des inscriptions devrait avoir lieu à la mi janvier (NDW : le 16 exactement selon les infos données par Wind). Un mois avant le jour J, majoration des inscriptions de 100%. Pour ce qui est du contenu, encore un peu tôt. Bref, on ne change pas le format. On se retrouve au même endroit, au même moment et sur une même ligne de départ.

WINDBASE : Pour toi, quel serait l’évènement parfait en windsurf?

PHILIPPE : PWA la semaine avant le Défi + Défi + une epreuve spécifique au jeunes jusqu’à 16 ans.

WINDBASE : Il parait que notre sport favori est en crise. C’est vrai? Quand on voit les containers de matos sur la plage pendant les LD ou simplement pendant les week ends ventés…

PHILIPPE : En crise de quoi? Le marché est sans doute un peu fébrile. Normal. A sortir des nouveaux modèles tous les 6 mois, pas sur que ça marche vraiment. Communiquer sur une image du sport ou on ne voit quasi que des gaziers qui sont capables de faire 4 sauts périlleux en avant et en enchainer 5 en arrière sur des vagues de 15 m, c’est juste pas possible … Ceci dit et en allant vite, le sport s’adresse hélas aujourd’hui à une catégorie plutôt aisée. Compliqué pour les jeunes qui sont tributaires du bon vouloir de déplacement de papa et maman et en plus lorsqu’il y a au moins de quoi décoiffer toute la famille.
Pour les containers de matos sur la plage, jamais bien compris à quoi ça servait… Ah si, aller tout droit. Faut du matos.
Faudrait reprendre à la base… de vraies écoles, de vraies compets, un vrai championnat de France, de vrais sportifs et un marché qui ne pense pas qu’à vendre. L’été, les ecoles sont pleines, so… cherchez l’erreur. Moi, c’est bon, j’ai donné.

WINDBASE : Daklha est un gros évènement, penses tu qu’il puisse prendre une dimension aussi énorme que le Défi? Sera-t-il possible pour des amateurs de venir participer à la longue distance?

PHILIPPE : Dakhla, c’est pas gros, c’est énorme! 😉 J’ai cette ambition de l’ouvrir et rendre accessible au plus grand nombre. Un peu compliqué mais faisable. On est dessus. Le concept: camel bag et GPS obligatoire (faut trouver les bouées…), 2 parcours 50 et 100 km. Une descente sur 40 bornes et une largeur de 15. Nouvelle dimension de la longue distance. Ce sera je l’espere pour 2013. On va commencer à ouvrir dès cette année. Les dates ne sont pas encore fixées.

WINDBASE : Si je te dis « Ouvrir le Défi aux kites?

PHILIPPE : On y a pensé. Pour cette année même. Mais ca marche pas… 100 Kite pour 1000 windsurf? Bof. En mettre 3, pourquoi faire? Après en sécu, c’est pas la même histoire.J’ai été un des précurseurs à combiner les 2 disciplines. C’était à Dakhla il y a 5 ans et depuis on le fait systématiquement. C’est chaud. Je vais le refaire à Maurice.

WINDBASE : El Bur dans 10, 20 ans?

PHILIPPE : Inch’Allah. Mais sans aucun doute a continuer de rider la planete avec mes fils.

Interview Gasoil

Avant tout, merci aux membres de Windsurfing33 qui ont bien voulu prendre un peu de temps pour m’aider à mettre sur pied une liste de questions valable, et surtout, merci à Philippe et Michel de Gasoil de m’avoir acceuilli dans leur atelier pendant presque trois heures alors que le vent soufflait dehors 😉

WINDBASE : Pour commencer, une question qui revient souvent, pourquoi on ne peut pas directement commander sur le site, un coup de carte bleue et je reçois mon SLR 34 tuttle à la maison sans passer par vous en direct ?

PHILIPPE : Je n’insiste pas sur le payement en ligne, il faudrait une super idée de formulaire, mais même si demain le mec il paye en carte bleue il n’aura pas son aileron comme ça, c’est-à-dire que l’aileron on le fait sur mesure, il faut sa taille son poids, sa planche, ce qu’il veut faire, pour qu’on puisse lui conseiller un produit. Le paiement ne pourra se faire qu’après cette formalité.

Sans procédure, le mec peut commander n’importe quoi n’importe comment. Un fois l’aval de Michel donné, le mec la il peut payer et commander.

La clef de notre réussite elle est la, il n’y a pas d’aileron qui se ballade dans la nature, chaque mec qui a commandé son aileron, Michel il l‘a attrapé au passage, il lui a dit c’est ça qu’il te faut, après, le gars il est libre, et s’il fait sa connerie il la signe.

MICHEL : En général le client ne décide pas, il ne décide pas de sa taille d’aileron, de son modèle d’aileron, après nous on lui dit ça serait mieux pour toi de prendre ce modèle la.

Avec les éléments récoltés auprès du client, je peux faire, si je n’ai pas les quatre éléments poids, taille, flotteur, surface de voile, il n’y a pas d’aileron, c’est peut être un peu dur, mais c’est comme ça.

PHILIPPE : On pourrait faire comme Select et mettre une espèce d’abaque qui donne une idée généraliste, c’est pas mal remarque. Mais la risque d’être trop générique, on peut ne plus pouvoir faire d’optimisation.

Michel va définir un programme et conseiller, pour un mec de 65 kilos, un flex-top, c’est le genre de choses qu’on arrive a doser grâce a nos retours d’information, on sait ce qui marche pour les différents cas. D’autres marques font des ailerons pour les vendre en shops, c’est tous les mêmes ou à peu près les mêmes.

MICHEL : On fait du custom du vrai. Si tu prends un aileron de 30, un Elliptique par exemple, on ne peut pas donner le même aileron pour une fille qui pèse 50 kilos et un mec qui fait 100 kilos. Ca ne peut pas être le même aileron.

Si tu commandes un aileron chez Select, Tectonics et d’autres marques encore, enfin peu importe les marques, ça n’est pas une critique du tout, tu vas avoir un « 30 », c’est de la série.

Ici il n’y a pas d’ailerons en stock. Tu veux un aileron demain, je n’en ai pas. Il y a les protos, et basta. En terme de délais, on est à 15 jours, un mois, ça dépend, chaque commande se met à la suite sur la liste.

Les seuls ailerons qui passent devant sont les garanties. Un aileron qui casse, un talon qui se décolle, ça arrive chez tous les fabricants, chez nous y compris, on est pas Dieu, et les garanties passent avant l’argent. C’est peut être un peu con, mais on fait des ailerons on fait pas du business.

Des mecs qui ont cassé, ça existe, par exemple le mec qui fait 70 kilos il a un aileron qu’on a fait pour lui, il le prête a un mec qui fait 110 kilos, il risque de le plier, dans ce cas c’est garanti. On ne garanti pas le rocher par contre. Si demain il y a n problème avec ton aileron, on ne discute même pas, on ne cherche pas, c’est garanti.

WINDBASE : Et si je ne t’ai pas écouté à la commande, et que je ne suis pas content de mon aileron ? Comment se passe le SAV ?

MICHEL : C’est toi qui a décidé, si moi je te dis il te faut un 35 tu prends un 40, tu l’as dans le cul, mais on s’arrange quand même.

J’ai des fois des mecs qui commandent un aileron ils le prennent pas pour eux ils le refilent a un pote, des fois il marche pas, c’est pas optimisé, tu me renvoies l’aileron je t’en renvoie un comme il faut, optimisé. Mais tu me diras comment et pourquoi tu n’es pas content, on en discute, et on voit.

T’achètes un aileron, tu le casses pour une raison X ou Y, sauf un rocher bien sur, c’est garanti. Ca existe et c’est sacré pour nous.

PHILIPPE : Ce dont on est sur dans plus de 90% des cas c’est fiable. Ca fait des années qu’on en fait, on s’aperçoit qu’a partir d’une fabrication de base, avec des points qui varient très peu (ndw : en terme de processus de fabrication et de matériaux), on s’aperçoit que malgré tout yen a un ou deux qui reviennent. Nous avons eu dernièrement un problème de résine, on a tout remplacé, mais la c’était notre faute, on a pas pu contrôler la résine, on assume.

WINDBASE : Pour les produits existants, les prix vont-ils baisser ?

PHILIPPE : Plutôt une augmentation, tous mes fournisseur augmentent chaque année, il mettent au moins 3% tous les ans, on a pas vraiment augmenté notre tarif depuis 3 ou 4 ans, au bout d’un moment tu est obligé d’augmenter les prix. Ils sont actualisés et sont en ligne.

Nous travaillons sur la mise au point d’un nouveau système de fabrication, dans le but d’améliorer la qualité, pas d’industrialiser. Ce process a été testé sur les ailerons asymétriques, il seront commercialisés avec une identité haut de gamme et seront plus chers, et un cran au dessus des produits actuels. Finition encore plus soignée, les produits qui rentrent dans l’aileron sont « plus nobles », le processus de fabrication est différent, on obtient des composites de meilleure qualité, à tous les étages il y a des petits détails qu’on va tester, c’est a destination d’une clientèle élitiste.

On va se servir de cette gamme pour faire du développement et envoyer des idées, puis les transposer ensuite dans l’autre gamme. Ca nous permettra d’avoir des retours et de voir comment sont perçues ces options.

Le détail qui peut servir d’exemple, une housse, ça fait des années qu’on doit en faire mais on n’a pas le temps, on va essayer de le généraliser sur cette nouvelle gamme, ça protège au niveau du transport.

Donc la cette gamme arrive, il va y avoir une gamme Elliptique qui va être déclinée en trois largeurs et des tailles sur mesure, il va y avoir un aileron courbe pour le slalom baston, et trois asymétriques pour la vitesse. En fait ces nouveaux ailerons vont être plus orientés vers un programme speed en particulier, avec des shapes sans trop de compromis.

WINDBASE : Comment se passe la mise au point des nouveaux ailerons ?

PHILIPPE : Quand on décide de sortir un aileron, il a déjà au moins un an de vie sur le terrain en tant que proto, au bout d’environ un an il est plus ou moins commercialisé mais de façon assez discrète, donc sous la forme haut de gamme, et si tout va bien, il peut rentrer dans la gamme, s’il correspond au programme et s’il y a la faisabilité.

MICHEL : Ce que l’on fait aujourd’hui, c’est un produit abouti, mais ça n’est pas fini. Tous les jours on cherche ce qui pourrait améliorer encore les produits, améliorer la performance, la tenue, la fiabilité, un tas de choses

PHILIPPE : Il y a les options de programmes, le produit il a sa définition depuis longtemps, pour te donner une idée notre produit clef c’est la gamme Elliptique, c’est un produit qui a été dessiné en 1990, et si tu regardes tous les constructeurs tournent autour du pot, en gros on a deux grandes familles, les ailerons droits et les ailerons courbes, et entre ces deux « extrêmes » on a une infinité de variantes, qui vont nous amener de produits ultra performants en théorie, ou a quelque chose de plus humain. Après on va passer par un inversé, ou des formes comme ça, mais ça, tout le monde le sait, après c’est des variantes.

On est en train de travailler sur des Elliptiques en ce moment, la pointe est tronquée, on teste un placement de surface différent, on change les angulations, des lames plus étroites, ou plus inclinées, par conséquences plus larges…

On reste dans la définition du produit mais on cherche à optimiser tel ou tel point précis.

MICHEL : Si tu es déjà client et que tu recommandes le même aileron aujourd’hui, il y aura eu de petits changements, qui se font petit à petit.

WINDBASE : Le développement est donc plutôt empirique, ou vous utilisez du développement avec des outils informatiques ou autres ?

MICHEL : Philippe dessine les ailerons sur ordinateur, ensuite on s’occupe de la fabrication et du prototypage des ailerons, on ne travaille qu’à deux ici.

Ensuite l’aileron est taillé dans une masse, un empilage de tissus.

PHILIPPE : Pour le prototype, on fait comme les marques qui travaillent en G10 au départ, si tu veux dans les années 80 on faisait tous comme ça, un empilage de fibres dans lequel on sculpte, on obtient un aileron. Ca nous permet d’avoir un prototype rapidement.

A un moment donné, et c’est De Turckheim qui commencé et guidé tout le monde dans cette voie, il est le précurseur dans cette histoire, il a commencé à faire des outlines avec des rapports d’épaisseur un peu sérieux et cela ne pouvait être réalisé qu’avec du moulé.

C’est facile à comprendre, tu as un volume, tu exerces une pression avec par exemple un appui au milieu, donc il va se déformer, avec une zone de traction et une zone de compression. Quand tu shapes l’aileron dans la fibre de verre, comme c’est un empilage de fibres, tu découpes des couches, et tu obtient des couches tronquées en surface. Ce sont des couches tronquées qui vont subir les plus fortes déformations.

L’intérêt du moulé, et c’est le principal intérêt, on met les couches entières en surface, et on réduit plus on se rapproche du cœur de l’aileron. Ca nous permet d’obtenir une mécanique contrôlée, et optimisée. Les couches qui vont subir la plus grosse déformation vont se trouver en surface, la ou les contraintes sont plus importantes.

C’est pour ça que pour moi le G10 c’est de la préhistoire. C’est comme si tu étais venu nous voir à l’atelier avec une traction, c’était une super voiture à l’époque, rien à dire, mais par rapport a une C8, une C3 ou autre, c’est un saucisson.

Donc, on en est la, certains l’ont bien compris, Deboichet dans le haut de gamme, et même Select, qui fait un beau produit de belle qualité, ils ont choisi du moulé.

Le G10 aujourd’hui c’est plutôt un produit a vocation industrielle pour de la production de masse, avec beaucoup de main d’oeuvre et de machines.

Le dernier client que j’ai équipé, qui venait d’un G10, sa remarque c’était « il marche bien, il a la bonne forme, mais a un moment donné quand tu es a pleine vitesse, tu sais pas pourquoi des fois, ça décroche. ». Pourquoi, tout simplement l’aileron se tord n’importe comment.

MICHEL : Et c’est beaucoup plus sensible dans les grandes tailles. Tant que tu restes dans du 26, 27, 28 jusqu’à 30 ça va, mais dès que tu montes a plus de 35, tu es obligé, pour éviter que l’aileron se torde dans tous les sens, de les épaissir, plus tu épaissis, plus ça freine.

PHILIPPE : J’en ai fait en G10, et donc je continue a faire mes modèles (ndw : prototypes) de cette façon. Ils sont rangés dans une boite, et ils n’ont jamais touché l’eau. Puis ont fait de suite un moule, on fait une pièce moulée, et la celle la elle va aller dans l’eau.

WINDBASE : Comment se passe la collaboration de Gasoil avec Décathlon au niveau des voiles ?

PHILIPPE : Pour Décathlon c’est du freelance, a un moment donné ils ont besoin d’un designer voile pour leur gamme, ils achètent un jeu de voiles tous les deux ans, voire quatre ans, ça dépend du marché, ça dépend de leurs objectifs, souvent ils en font des packs prêts a naviguer, et vendent aussi des Neilpryde ou des North (ainsi que les Tribord en voiles seules.

Pour Décathlon, il y a un marché, chaque fois les pour les managers produits c’est la bagarre pour trouver les budgets développement, mais ils continuent la planche à voile, et ils veulent une gamme originale, il n’y a jamais de pompe, ils font leurs voiles à eux, et tu as dans les contrats des clauses a ce sujet.

Alors évidemment on regarde ce qui se fait, on se positionne sur le marché, mais jamais on ne copie.

On dessine, on crée un design, a partir de la ils le colorent en fonction de leur identité graphique, et on fait une voile à partir de ça. Evidemment il y a un caiier des charges, performance, accessibilité, le rapport qualité prix, la fiabilité…

La gamme est dessinée, toutes les surfaces sont prototypées, pour avoir une vision d’ensemble, on crée un premier modèle, on l’essaie, on le valide, et on reporte les corrections sur les autres surfaces. De cette manière, quand le produit arrive sur le marché il n’y a pas de surprises.

WINDBASE : En fait Gasoil sur l’activité voilerie, on ne vous connaît pas trop, donc tu fais des voiles uniquement pour Décathlon ?

PHILIPPE : En ce moment on travaille sur des voiles, et il y a Anders dans le coup (ndw : pour ceux qui ne suivent pas au fond de la classe, Bringdal), c’est une gamme qui est vraiment orientée course, et haut de gamme.

WINDBASE : Si Anders est dans le coup cela veut dire que c’est du futur Challenger Sails ?

PHILIPPE : Anders est la pour la consultation, les idées, les tests, l’air de rien c’est un technicien de haut niveau, il a une expérience, un savoir faire…

MICHEL : Comme c’est un coureur de haut niveau, il connaît, il sait comment développer une voile.

PHILIPPE : Il a bossé avec De Turckheim, avec pas mal de gens, il a son expérience sur le terrain, sa définition du produit.

Pour Challenger Sails, leur designer est quasiment l’un des meilleurs de la planète, dommage que ce soit un italien (ndw : boutade ?), le bonhomme il est très très fort.

Avec Anders, on a mis des clauses sur le projet, le but n’est pas de faire des voiles pour faire du business, mais de faire des voiles pour nous, pour les planchistes. Si on obtient un résultat, on verra ce que deviendront ces voiles.

Le but est de valider un lot de protos et de valider une performance largement au dessus de la moyenne. On va tout remettre en question. Dans la voilerie il y a un gros problème de mécanique, c’est très compliqué, il faut réussir a valider des fonctionnement, puis réussir a les rendre utilisables par monsieur tout le monde. Ce n’est pas la peine de faire une F1 si tu ne peux pas la conduire.

Anders lui il est capable de la piloter la F1, mais on fera aussi valider par d’autres, des gens qui nous aident à bosser et qui ont quand même un niveau suffisant, et après, voir ce qu’on peut faire avec ces protos.

Le problème c’est que la voile que je suis en train de dessiner, si je donne cette voile à North, ou Gaastra, ou un autre voilier, ils vont hurler au scandale. Je remets tous les concepts industriels en question. Les matières, les lattes, les accessoires que je fabrique moi (ndw : Gasoil fabrique en interne tous les composants qui servent a la production), pour faire ca il faut un atelier de composites en plus de la voilerie.

Les cambers, les lattes, c’est à peu près tous les mêmes, il n’y a que Neilpryde qui est un peu sorti du lot, ils se sont un peu cassé la tête pour faire des assemblages de lattes malins, des étarqueurs de lattes bien foutus et des cams bien persos.

Dans l’absolu tu regardes les cambers etl es lattes des différentes marques, c’est quasiment les mêmes. Comme les modes de production sont les mêmes, donc ils arrivent a des fonctionnement qui sont assez similaires.

On veut sortir de ça, c’est un ghetto, aujourd’hui la problématique, c’est que tu prends la latte qui se trouve dans la voile à 300 euros et la latte qui se trouve dans la voile à 1000 euros ou plus, c’est le même produit, du pultrudé verre polyester coloré ou gainé en noir. Ca pèse un âne mort et en méca c’est très discutable.

WINDBASE : Tu disais donc que si tu fais ce genre de développement c’est a terme pour commercialiser, il faudra compter sur quel genre de prix ?

PHILIPPE : On ne sait pas encore vraiment. Car tu auras la voile, mais il te faut le mât et le wish qui vont avec, la on remet tout en question. Par exemple la 6.2 il lui faut un 4 mètres, avec 16 ou 18 (ndw : IMCS), et ça tu n’en as pas de disponibles actuellement. Et ce n’est pas exclu qu’on construise le mât et le wishbone.

WINDBASE : Tu pourrais construire un mât ici ?

MICHEL : On peut tout construire. On peut tout faire.

PHILIPPE : On fait comme eux (ndw : les industriels), tu as l’état de prototypage, de création de prototype et de l’outillage, ensuite la production. Tant qu’on reste dans des quantités raisonnables ça reste humain, au delà c’est de l’industrie. Alors faire des mâts, ok, faire mille mâts, non.

Et on est dans ce créneau dans la planche à voile au niveau des ailerons, aujourd’hui on est capables de faire des ailerons qui sont dans la catégorie haut de gamme, mais on est pas outillés pour en faire 10 000. Et on ne veut pas, je n’ai pas envie d’en faire 10 000.

Je ne veux pas avoir un directeur des ressources humaines, avec des employés au SMIC qui posent chacun leur couche de matière, ces mecs la je vais leur botter le cul dans les dix minutes, parce que, Michel, il sait fabriquer un moule pour fabriquer un moule, il sait « réparer le compresseur », il sait fabriquer la pièce et tout ce qu’il sait faire je sais le faire aussi. Demain je vais à la planche il est la il n’y a pas de problèmes ça continue à tourner.

WINDBASE : En parlant de ça, est-ce que tu embauches ?

PHILIPPE : Non. On est plutôt en train d’imaginer une relève. Mais ici, il n’y a pas d’ouvriers et je n’en veux pas. Et pourtant je suis le plus socialiste des patrons. Michel est au même rang que moi je ne fais pas de différence.

Sauf que le mec qui rentre ici il doit être aussi bon que moi, et il a tout a fait le droit d’être meilleur, il n’à qu’a le prouver, et on fera tout pour l’aider dans ce sens.

WINDBASE : C’est surtout pour conserver les standards de qualité ?

PHILIPPE : Non, c’est pas pour la qualité, c’est qu’aujourd’hui on vit dans une société ou on a décortiqué les choses, et on a fait des spécialistes, et le problème, c’est qu’on se retrouve avec des gens qui ont a mon avis un bon potentiel, mais on les a bridés, et on les a tellement forcés a rentrer dans l’entonnoir qu’on en fait des cloches.

Tu sors le mec de son truc il ne sait plus rien faire et les mecs comme ça, on en veut pas. Le mec il est ingénieur, il passe aussi le balai, il met tout ça dans la poubelle, et il vide la poubelle.

La relève, ça sera donc quelqu’un qui veut créer un objet, pour une raison qu’il a projetée, dans un ensemble qu’il a observé, puis qu’il soit capable de fabriquer un outillage, de matérialiser et produire la pièce.

Tu commences par une idée, un truc qui ne marche pas comme tu voudrais, et tu aimerais qu’il soit « comme ça ». Et le produit quand on te le donne, il est aussi bon que Deboichet, Mercedes, et quand je te le donne, il est prêt à l’emploi.

Et des gens qui savent faire ça aujourd’hui, il y en a peu. Demain si on devait m’embaucher dans le cadre de mes fonctions, ça serait très cher. Mais résolument parfois je préfère travailler au tarif femme de ménage, parce qu’il y a des jobs qui me plaisent, ou des gens qui ont de bonnes idées, un bon mental, avec qui j’ai décidé de collaborer.

Mais c’est pas le business qui m’intéresse, au départ j’étais moniteur de voile, j’ai vu une planche à voile, j’en ai acheté un le lendemain et c’est parti. J’ai commencé a jouer, j’ai arrêté mon travail, je n’avais pas de sous pour m’équiper, j’ai fait mes planches, les ailerons et ensuite mes voiles.

A l’époque le matos était encore plus cher et le pire, pas grand chose ne marchait vraiment.

MICHEL : On est un peu particuliers, tous les mecs qui travaillent dans ce domaine sont un à la base des planchistes.

PHILIPPE : Ponpon c’est un planchiste, De Turckheim c’est un planchiste, Bringdal c’est un planchiste, tous ces gens la… En plus on a la chance d’être nés sur la Mecque du slalom, on a tout, une population de gens passionnés qui sont prêts a donner à fond.

Demain je sors un nouvel aileron, j’ai un coup de téléphone à donner j’ai quatre mecs qui arrivent, qui sont prêts à passer du temps, à essayer, à remonter des informations. Et ça, dans un contexte normal ou il y a de l’argent, comme un pilote d’essai dans l’aéronautique, il va être payé pour ça.

MICHEL : Nous on ne paye pas, aucun coureur n’est payé, ils ont des ailerons gratuits, mais il n’y en a pas beaucoup.

WINDBASE : Combien d’ailerons vous sortez par an ? Et on en vit bien ?

MICHEL : Ici nous n’avons pas de but de rentabilité. Je peux pas te dire combien on gagne avec les ailerons, mais c’est peu. Evidemment il faut faire vivre la boutique. Les ailerons sont relativement chers, mais il faut savoir que pour un aileron tu passes entre quatre heures et six heures selon l’aileron.

Si tu veux un 55, c’est cinq heures et demie de travail. Et la future gamme d’ailerons c’est pire, c’est huit heures de travail.

Et le type qui est pressé, j’en ai tous les jours, le mec qui m’envoie un mail et qui veut son aileron pour demain, non, je n’en ai pas. Ca m’est arrivé de monter à quatre mois de délai. Parce que je ne veut pas faire de la merde, il y a un respect du client, mon propre respect également, de ce que je produits, je ne peux pas envoyer un truc de merde.

Cela m’arrive de dire a des clients trop pressés tu vas prendre ton aileron dans un magasin.

PHILIPPE : Tant que le produit n’a pas un certain niveau il ne sort pas. Si ça prend une semaine en plus, ça prend une semaine en plus.

C’est de l’artisanat, je suis pour ces valeurs, on est censé avoir un savoir faire, on s’engage à le mettre à disposition. Un gars qui nous commande un produit et ça ne marche pas, on va travailler avec lui pour lui fournir un produit qui marche, peut-être qu’on s’est mal compris, le but c’est que le mec soit content.

Un aileron sur le marché ça vaut dans les 100 euros, le mec délibérément il a choisi de mettre 100 euros de plus, c’est pas pour avoir le logo Gasoil sur sa lame, le gars il va aller sur l’eau et va vérifier que ça fonctionne.

Une anecdote qui est révélatrice, on a équipé un Breton il y a quelques temps avec des ailerons, des 6.3 il me semble, il était dans le « top 10 » dans sa bande de potes sur son spot. Il a reçu ses ailerons il est passé dans le top 3. Je ne te parle pas de la promo qu’il nous à fait, c’est pas de la vraie pub ça?

MICHEL : Et en plus derrière on a un servie, si tu as besoin de talonner ton aileron, on le fait. Et on n’est pas racistes, on talonne tous les ailerons, peu importe les marques.

PHILIPPE : On est des artisans et on a l’intention de le rester, c’est le prix à payer pour faire de la qualité, et le volume d’ailerons c’est environ entre 30 et 50 par mois, mais la dedans il y a les protos, les ailerons coureurs, donc ça veut dire que ca n’est pas forcément tout vendu, je travaille pas pour payer les impôts ou pour faire du chiffre, le jour ou il y en aura beaucoup on va être obligés de les faire comme les autres, et à partir du moment on va les faire en Thaïlande, ca ne marchera plus.

C’est pour ca que je pensai trouver une relève, mais avant de trouve un mec, c’est pas gagné, Michel il lui a fallu deux ans pour qu’il se forme.

MICHEL : J’ai commencé, je courrais, et j’avais une dizaine d’ailerons que Philippe m’avait faits, je ne savais pas boucher un trou dans une planche, et donc je suis venu ici, il me fallait encore des ailerons, et Philippe qui me dit « ah ben j’en fais plus. ». Donc après m’être un peu énervé, je me suis dit que, c’est vrai qu’ici ils faisaient déjà des archets pour la musique (ndw : Gasoil produit également des archets pour violons and altos, violoncelles et contrebasses sous la marque ALG, du très haut de gamme, autour des 1300 euros pièce…), et les ailerons tu gagnes pas ta vie avec. Donc l’aileron je voulais le faire!

PHILIPPE : Si tu veux gagner beaucoup de sous, il faut industrialiser. D’ailleurs, normalement, vous devriez tous naviguer avec des Select. Ils ont été parmi les plus intelligents de la bande, ils ont réussi à rationaliser un concept, pour sortir un produit avec suffisamment de bonnes idées pour que ça fonctionne.

Deboichet je le compte pas parce qu’il est un peu dans le même camp que nous, il en construit beaucoup plus (ndw : voir les expériences en Thaïlande), mais ça reste du fait main.

Donc nous, on rivalise avec Select, alors qu’on à rien a voir avec Select. Et bravo pour Select.

Aujourd’hui souvent, on se paye pas toujours au tarif mini syndical. Alors que Michel et moi on pourrait être considérés comme des ingénieurs respectables dans la plupart des industries.

WINDBASE : Vos ailerons partent plutôt en France, à l’étranger ?

MICHEL : Partout

PHILIPPE : C’est partagé. Depuis 90 on est bien implanté dans les DOM TOM, on avait équipé un gars la bas, et d’un coup le meilleur local n’était plus le meilleur. De fil en aiguille ca s’est sût, et on est en Martinique, Guadeloupe, Australie. Et nous ca nous arrange beaucoup car ils nous font travailler en période creuse.

MICHEL : C’est toujours du bouche à oreille, Ghibaudo qui navigue partout dans le monde, ca permet de faire voir les ailerons partout, Lise Vidal aussi, ça nous permet de faire découvrir les produits un peu partout.

WINDBASE : Et pour les leaders d’opinion comment ça se passe ? Vous les choisissez en rapport avec le niveau ?

MICHEL : Non le niveau n’a pas grand-chose à voir, j’ai été leader d’opinion à une époque, je ne veux pas me vanter je m’en fous mais c’était comme ça. J’ai fait des tests pour Décathlon, maintenant je n’ai plus le temps, mais je donne du matériel a tester a des gens, qui me font un retour. Donc les leaders d’opinion on ne les cherche pas, ils viennent, on a des gens qui ne sont pas du tout porteurs mais qui ont tous leurs ailerons chez nous.

PHILIPPE : Notre chance et notre malheur dans la planche à voile, heureusement, il n’y a pas d’argent, c’est merveilleux, tous les ******* (ndw : censuré !) sont ailleurs, les planchistes sont des gens qui aiment ça, ils sont partants pour aller se peler le cul en plein hiver, comme toi, qui part a Fos pour 30 noeuds de mistral ou de sud-est en plein novembre ou en février.

Dans la planche, on passe par des technologies très proches de celles utilisées dans l’aéronautique, on l’aborde différemment avec des budgets différents, mais on utilise les même technologies de pointe, on à moins de problèmes de sécurité. Notre approche va plutôt vers une performance en harmonie avec nos capacité physiques.

MICHEL : En général on travaille avec des passionnés, j’ai un tas de coureurs ou de pseudo coureurs, qui sont vraiment des passionnés. Je vais sur 64 balais, j’ai encore cette passion de produire des trucs bien, qui vont bien, avant de passer par la case argent…

PHILIPPE : Quand j’ai sorti les ailerons moulés, Michel c’était un coureur, et les premiers ailerons je crois même qu’il les a payés, il était sur la plage tous les après midi, prêt à faire feu à la moindre risée. Et il y avait toute la clique, Iron, tu connais ?

MICHEL : J’étais sur les spots tous les jours, on tirait la bourre avec Auger, Couturier, Philippe (ndw : Windsurfjournal).

PHILIPPE : C’est même trop la passion à certains moments, ça peut tomber dans une forme d’extrémisme.

WINDBASE : Et pour les caractéristiques des ailerons ? Lequel va me procurer un lift a plat, lequel ira plutôt bien sur une planche fine ou plutôt sur un autre modèle de planche en particulier ?

MICHEL : Je préfère le dialogue que de mettre quelque chose sur un site. J ai quatre ou cinq coups de téléphone à ce sujet par jour, le type je vais lui demander ses données, et de la on va trouver un aileron adapté.

Que je fasse un Elliptique, un SLR, un GT9 ou autre, c’est exactement la même charge de boulot. On va donc chercher l’aileron qui te convient, si tu navigues en lac, pas de problèmes tu prends un GT9 c’est une pantoufle, l’aileron passe partout, ou un 6.3 c’est ce qui cape le mieux avec le GT9.

Celui qui va chercher plus de vitesse sur un spot plat, c’est Elliptique et SLR. Après on définit la taille, la raideur, le twist, par rapport aux infos qu’il me donne.

Pour ce qui est des différents modèles de planche, ça ne sera pas nécessairement le même aileron, avec toujours une marge d’erreur, par exemple je sais ce qu’il faut sur une Manta, j’ai des coureurs sur ce type de matériel, Ghibaudo par exemple, j’ai d’autres coureurs ou clients qui me font du retour. Par exemple Tristan Peyrotte me fait aussi des retours, ou Fiorentini, Bahadour, le petit Bourgeois, ce sont des gens qui sont différents, de différents ages, de différents niveaux, Bourgeois c’est pas un mec comme Bahadour, en gabarit et en métier ça n’a rien à voir, mais les deux donnent des retours.

Avec toutes ces données la on sait ce qu’il faut au client. On cerne au plus près avec les données du client et notre expérience. On cherche à optimiser au maximum le produit pour le planchiste.

Et si ça ne va pas, tu m’appelles, tu me dis manque de glisse, pas assez de flex, tu me renvoies l’aileron, je refais l’aileron et je le renvoie.

WINDBASE : Les ailerons que tu as en retour, ils deviennent quoi ?

MICHEL : En général ils vont à la poubelle. Sur une année, j’en ai qui ne conviennent pas, sans parler des cas de casse qui peuvent arriver, deux, trois, peut-être quatre dans l’année qui ne sont pas au top.

Globalement, c’est pour ça que mon métier n’est pas chiant, car je ne fais jamais le même aileron.

WINDBASE : Et les ailerons de vagues, freeride, freestyle ?

MICHEL : Nos ailerons de vagues sont superbes. On fait de 19 à 26. Mais tu donnes un aileron moulé comme ça a un mec qui va a Carro, l’aileron il explose quand il va toucher la dalle un peu trop fort. Sur un spot ou il y a du sable, pourquoi pas… Dans ces cas la l’aileron G10 est plus efficace.

Mais, je suis un slalomeur, donc la production est axée sur slalom et speed.

Freestyle, on n’en a pas.

WINDBASE : Les ailerons asymétriques ? Des retours depuis les runs en Namibie j’imagine ?

PHILIPPE : On a des retours. Anders à pris le record à Bjorn sur mer ouverte, les kites ont eu la suprématie, et aux dires d’Anders le spot était vraiment très bien adapté aux kites mais beaucoup moins pour la planche.

MICHEL : Tu le vois a port saint louis, il y a Caizergues, c’est quand même un des meilleurs, il marche très fort, on le respecte, et dans ces conditions les planches reprennent leur suprématie, ce qui n’enlève rien aux qualités des kiteurs, les mecs ils marchent très fort.

PHILIPPE : On est pas repartis les mains vides de Namibie, on a eu le meilleur temps planche, les kites ont pris la vedette et c’est bien mérité, on a les meilleurs temps en planche et c’est le principal.

WINDBASE : On n’a quasiment pas vu de photos de la planche et surtout de l’aileron d’Anders, pourquoi ?

PHILIPPE : Je lui ai dit de rester communicatif et discret en même temps. C’est parti au bon endroit, les gens qui devaient le voir l’ont vu, je vais pas tarder à les mettre en vente, les résultats sont plutôt spectaculaires.

J’ai regardé ce qui existait, et demandé a ceux qui ont utilisé de l’asymétrique, à chaque fois on retrouvait beaucoup de restrictions dans le programme d’utilisation, alors j’ai dit je veux faire comme je veux, j’ai dessiné ce que je voulais, je l’ai réalisé je l’ai moulé, et je l’ai donné au champion.

Grosso modo, déjà pour commencer c’est minimum deux nœuds de plus sur la moyenne, monsieur tout le monde met l’aileron, il fait deux nœuds de plus. Ensuite, on a fait des runs abattus dans un énorme clapot ça décroche pas, l’aileron est sain. Le premier truc que m’a dit Anders, c’est que tu peux border parce que tu n’as aucune crainte.

Ce qu’il faut savoir c’est qu’Anders à navigué en six mètres avec un 19 et un 20. On fait a peu près entre 5 et 7 centimètres plus court que les copains avec un rendement supérieur. Ma définition c’est que cet aileron est dans la catégorie excellent.

MICHEL : C’est un peu vantard d’ailleurs.

PHILIPPE : Non non, réaliste. On l’a testé avec quatre personnes, les quatre personnes sont revenues avec toutes les mêmes appréciations. Ca c’est une première, ça ne nous est jamais arrivé. Ca veut dire qu’on a atteint l’objectif.

MICHEL : Les quatre personnes c’est Fiorentini, et Bourgeois, Bringdal et Garnier (ndw : dans l’ordre)

PHILIPPE : Donc c’est des gens qui savent déjà y faire la dedans, et tout ce que j’entendais sur les autres, « quand il y a du clapot il décroche », il faut pas faire ça, pas faire ci… Pour moi c’est pas un aileron c’est une merde, un aileron tu le mets sous la planche et tu navigues. Il y a quand même une restriction, quand c’est tribord ça marche en tribord, et en bâbord c’est la galère. Anders a trouvé la combine il navigue un peu comme les kites, il plante le rail, il va doucement, il arrive à se replacer, c’est difficile mais on le sait.

On commence à connaître les réglages, les tailles ou ca marche, ou ça ne marche pas. Un mec nous appelle pour un aileron de ce type, on peut lui dire ce qui ira ou pas.

MICHEL : On en revient un peu à ce qu’on fait en aileron de slalom.

PHILIPPE : On a un importateur et coureur en Angleterre qui en veut pour essayer, lui c’est plutôt le GPS pur, sur un spot en Angleterre, droit, protégé par une digue, un mètre de la route, ils ont un vent a 130 140 degrés, il a vu les ailerons en Namibie, et la ou il mettait 28, tu passes a 20, ou 19, c’est le rêve.

Donc l’aileron va sortir, mais ca reste une clientèle très spécifique, c’est aussi un outil de communication, et surtout un outil de développement. La j’ai les trois suivants, ce seront des symétriques. Ce qu’on à extrait des asymétriques, en terme de technologie, de forme, de shape, on va assez vite aujourd’hui pour les utiliser. Il y a des ingrédients à l’intérieur qui sont un peu tirés par les cheveux, et qui apparemment sont stables et apportent des qualités peut-être au delà de ce que j’espérais.

WINDBASE : Des ingrédients, des matériaux qui n’étaient pas utilisés auparavant ?

PHILIPPE : Des options de shape. On travaille sur les angles, des fois un demi degré ou un degré de plus, c’est la cata, ou c’est le bonheur. Et la on a mis le degré, et c’est le bonheur. En plus on gagne partout, en haut et en bas régime, alors la je suis ravi. Cette formule on va la transposer, dans la nouvelle gamme, on va sortir trois Elliptiques, avec des formes, un shape qui va être dans cet esprit, pour faire des ailerons symétriques très orientés vers l’abattu, mais avec la possibilité de revenir au bord.

MICHEL : Ce qui se passe actuellement sur Fos, les mecs qui font du speed en Elliptique ils ont du mal à revenir sur le run.

PHILIPPE : La on aurait besoin de cette remontée au près. Ces ailerons, grâce aux retours sur les asymétriques, vont être mis en place rapidement. On va en envoyer en Nouvelle Calédonie, ils sont en été la bas en ce moment, et ils vont pouvoir nous faire des tests pendant notre hiver, et on sera valides pour le printemps. Par contre ça sera spécifique et plus cher. Le prix sera à 250 euros pièce. Maintenant c’est dix heures de travail, il nous coûte cher, les résines ont des modules spéciaux, on a été obligés de refaire les moules, les tissus qu’on utilise sont même peu utilisés même dans l’aéronautique, il y a des fibres de carbone 1K dedans, qui coûte à peu près 80 euros le mètre carré, soit presque le triple d’un carbone classique 6K ou 12K.

WINDBASE : Et au vu de ces nouveaux ailerons, de ces nouveaux développements, quel est pour toi l’avenir de l’aileron ?

PHILIPPE : C’est une planche qui monte à 100 ou 120 kilomètres heures pour monsieur tout le monde.

MICHEL : Evidemment sur le plan d’eau adapté.

PHILIPPE : On va faire l’aventure de course, et comme tout ce qu’on a mis en place aujourd’hui, rationaliser les recettes pour remettre les ingrédients dans des choses plus sympathiques en fonction de la demande des utilisateurs. On va créer des modules intermédiaires.

Avec Anders le but est un peu la, harmoniser l’ensemble voile, aileron, planche, et faire des choix sans contraintes. La planche à voile est un ensemble, on ne peut rien dissocier.

Aujourd’hui on a des contraintes car le matériel n’est pas totalement orienté vers le speed.

J’en ai marre d’attendre, donc je vais faire moi-même, cet hiver on va bosser la dessus, la je dessine les voiles, on va faire certainement des modifications sur les 59 d’Anders, donc une voile adaptée à la 59, un aileron adapté à la 59, deux chronos, deux planches côte à côte, des essais, on valide les différences, on modifie, et on va faire du run.

Et éventuellement, essayer d’établir un record de vitesse. Pour le record il y a plusieurs problèmes qui se posent, tu es obligé d’avoir un endroit particulier, avec des conditions particulières, donc cela ne se fera pas forcément en France et ça c’est un peu embêtant.

J’ouvre des portes en Angleterre car ils ont un super endroit, ou un spot en Australie qui est fantastique, Sandy Point, voir si on ne peut pas avoir quelqu’un sur place, ou envoyer quelqu’un, car le lieu est très important.

Le canal des Saintes Maries c’est un labo, pas la mer, si on n’a pas d’autre solution on ira la bas. Il y a aussi le problème des gens qui font les mesures qui coûtent très cher, je vais voir si on ne peut pas former une équipe et faire ça en freelance, et avoir l’appareillage électronique. Le mieux serait d’avoir un système de GPS comme possède l’Hydroptère et de l’embarquer avec nous.

MICHEL : Sur le canal tu as deux ou trois mecs en permanence, donc ça coûte cher.

PHILIPPE : Pour moi un record au canal c’est un record absolu dans un laboratoire, alors que ça serai quand même bien de faire ça sur l’eau, sur la mer, la vraie.

Les règles disent bien qu’il faudrait 20 centimètres d’eau minimum, ce qui par moment n’était pas le cas en Namibie par moment, mais il ne faut pas leur faire un procès, la performance est énorme.

MICHEL : Anders comptai taper 50 nœuds, il n’a pas eu le vent pour les faire.

PHILIPPE :Il y a des problèmes avec la dune au vent qu’ils ont fait pour protéger le plan d’eau en Namibie, les gens de l’homologation ne voyaient pas bien les dossards, regarde j’ai un texto envoyé juste après le record (ndw : le beau sms signé Anders…) il a un run dans 30 nœuds de vent, voile 5.7, il a fait 47,06 en Vmax, avec une moyenne à plus de 45,95 nœuds, et ça ca nous donne envie de continuer, car avec ces nouveaux ailerons on a des Vmax qui sont assez proches de la moyenne, ca veut dire qu’on a un rendement homogène et qui demande qu’à être amélioré.

Alors que si tu prends le relevé de Douglas, pour avoir 54 il a des pointes monstrueuses. Cela veut dire qu’ils n’avancent pas aussi fort tout le long, et en déportant l’aile à un moment vers la fin du run, ils ont une grosse accélération. Chacun se bat donc avec ses armes et sa technique sur le run.

On peut dont travailler sur la glisse, le rendement, le problème c’est qu’Anders il a travaillé avec des voiles de série, je les ai vues il les a sorties du sac, on a mis un petit coup de fer a chaud, on a fait trois modifications quand même, mais on a pas changé les lattes, on a quasiment rien fait sur la voile, bon, on a un designer d’exception, les voiles ce sont des merveilles, en attendant, si on fait une voile optimisée pour la chose, et pourquoi pas asymétrique, on trafique un peu la planche parce qu’il y a des choses a faire la dessus, on peut encore prendre quelques pourcents.

Et si on fait la relation entre la performance des kites et la notre, c’est de l’ordre de 5 a 10%, c’est peut-être accessible.

Anders avait quand même un proto de Lockwood, je l’ai vu il est bien, une belle planche avec des idées qui remettent en question quelques valeurs actuelles, lui c’est un mec du speed donc il a travaillé dans la bonne direction, par contre la voile c’est une voile qui n’est pas forcément faite pour ça.

Donc si on arrive a obtenir une planche qui glisse mieux, une voile qui pousse plus, et cet aileron qui accroche bien, évidemment le concept aileron il ira peut-être dans les ailerons pour le slalom, le concept de la planche ira peut-être chez Bringdal pour ses carènes, le concept voile il ira chez le prochain designer des voiles de Mistral.

La question c’est est-ce qu’on va réussir, on à des idées, on va jouer avec ça, de toutes manières dans tous les cas je suis gagnant parce que mes ailerons ils avancent.

WINDBASE : Et donc, quelles évolutions au niveau de la gamme ?

PHILIPPE : On a donc déjà six nouveaux modèles qui sont la. Un aileron courbe pour le vent établi, deux asymétriques, et certainement une a deux autres largeurs, qui porteront le même nom.

En fait on a fait une erreur, on propose les Elliptiques en 8 en 8,5 et en 9, et en fait les gens ne savent pas le gérer. Donc la on va proposer un aileron qui s’appelle ELS, qui est un asymétrique, et en fonction des longueurs et je choisirai la largeur, en fonction du programme et de la personne.

Et enfin trois ailerons de slalom axés vitesse, qui vont prendre des idées venant des asymétriques. Par contre le tarif sera dans la gamme entre guillemets «luxe », mais on va voir si on peut éviter de trop monter le prix.

WINDBASE : Et pour la housse ?

MICHEL : La housse, on n’a pas le temps. Pour l’instant c’est une housse en plastique fermée au fer à chaud, ça fait quelques années qu’on en parle…

PHILIPPE : On va bientôt les faire, tiens regarde (ndw : un Elliptique trône sur le comptoir de l’atelier, avec une demi housse des très bonne facture posée dessus), cela va ressembler à ça. Ce n’est pas trop cher, ça prend un peu de temps, mais tout le monde est attaché à ce détail, et c’est vrai que c’est pratique.

Mais il faut que Michel apprenne à coudre, mais la ce n’est pas gagné

MICHEL : Oh non… Ce n’est pas fait ça ! Et il va me falloir une machine dédiée pour être tranquille…

PHILIPPE : Et surtout la housse je ne veux pas la faire en Chine. On en a fait quelques une pour les ailerons de vitesse, car ces ailerons ont un côté brillant, et un côté mat, le côté brillant tu te vois dedans, le moindre grain de sable, la moindre rayure et…

MICHEL : On se mouille mais on ne touche pas le sable. On saute avant, mais interdiction de toucher le sable. En tout cas, la housse n’est pas la priorité. Que l’aileron marche, ça oui.

PHILIPPE : Par contre je suis en train de bosser sur un truc qui est bien plus intéressant, c’est de proposer un kit de calage pour tout le monde, voir si on peut les livrer avec l’aileron.

MICHEL : Il n’y a pas un constructeur qui fait pareil au niveau du boîtier, on a un standard, le tuttle ou le deep tuttle, donc on fait au standard, maintenant tu prends des Mistral, l’aileron rentre bien dedans voire un peu trop bien, et tu prends une Exocet il faut le poncer pendant deux heures.

PHILIPPE : L’idée c’est de faire un kit, voir si on peut mettre des cales, un truc que tu colles sur le talon, tu as juste à couper ce qui dépasse, et qu’on donne avec l’aileron, et éventuellement une notice de montage, un jeu de cales, une cale à poncer bien foutue et un peu de papier à poncer, et peut-être deux boulettes de rechange, si on met la vis de travers par exemple.

MICHEL : T’as des outils à la maison, mais si t’es au bord de la plage…

PHILIPPE : On voit ça comme un service, pour ne pas avoir un mec qui part avec un aileron Gasoil qui branle ou qu’il ne casse pas l’aileron pour le rentrer. Pour que ca ressemble à un produit fini avec un suivi.

En fait il faut comprendre par rapport à notre structure, le bordel que c’est ce genre de choses, les housses. La je suis obligé de fabriquer un outillage, un emporte pièce pour pas passer une heure à en découper plusieurs. Tout ce qu’on fait c’est Made in La Fare (ndw : La Fare les Oliviers, la maison de l’atelier, dans les Bouches du Rhône). Tout ce qui sort d’ici a été fabriqué ici, avec un outillage qui a été fabriqué ici.

L’outillage pour découper c’est 3000 euros. Pour faire un cadeau c’est difficile à amortir. On ne vend pas 200 ailerons par mois ici.

WINDBASE : Pour finir, une question bien éloignée de l’activité de l’atelier, est-ce que le Tibet sera libre un jour ?

MICHEL : On l’espère ! On ne se bat pas contre les chinois, les chinois c’est comme toi moi ou n’importe qui, on se bat contre un gouvernement, qui n’est pas très bon, c’est un gouvernement fermé, ils ont envahi le Tibet, personne n’à rien dit.

L’association est apolitique, sans religion. Le Tibet je ne pourrais jamais y aller, parce que ma gueule à été prise, ça m’emmerde de dire ça, ça fait un peu OSS117, donc prise par des espions chinois, a des conférences ou a des manifs, donc je vais en Inde la ou le gouvernement est en exil, et on aide les Tibetains en exil a se refaire une vie.

Le but n’est pas de donner de l’argent, mais d’abord on étudie un deux ou trois ans un mec pour voir ce qu’il vaut vraiment. Et on les aide à se refaire une vie, pour qu’ils ne soient plus dépendants, qu’ils deviennent autonomes.

On essaie de leur trouver un job, de les mettre sur des rails, sans attendre qu’on leur donne un billet, qu’ils aillent le chercher eux même.

Donc oui j’espère ne plus jamais avoir a m’occuper, moi comme d’autres, des Tibétains, car ils seront libres, avec un pays autonome.

C’est un petit peuple par le nombre, mais un grand peuple de spiritualité, même le gardien de troupeau de yack a une philosophie particulière.

Interview Miriam Rasmussen

WINDBASE : Miriam, est-ce que tu peux nous dire qui tu es?

MIRIAM : Je suis une Norvégienne qui a complètement changé de vie il y a quatre ans. D’une vie sans sports, je suis passé à une pratique intensive du windsurf et du ski, et j’en ai fait mon style de vie. J’ai décidé dès le début de faire des reports de mes activités et de les partager avec tout le monde à travers les réseaux sociaux.

WINDBASE : Tu es jeune, tu aimes les sports extrêmes, alors… pourquoi tu n’as pas choisi le kitesurf, comme tant de monde aujourd’hui ? (Note de Windbase : Je ne suis pas du tout d’accord avec eux !). Qu’est-ce qui t’a menée au windsurf ?

MIRIAM : Ahem, je ne connais pas la definition du mot “jeune” en France, mais je suis assez sûre que ce mot ne s’applique plus à moi! 😉
J’ai choisi le windsurf parce que la ville où j’habite possède une communauté de windsurfers active.
Je pense qu’il est temps pour nous de nous demander pourquoi, quand une personne choisit un sport nautique, elle choisit le kite. Je ne peux parler que pour moi bien sûr, mais je pense que les filles sont rebutées par l’accueil qu’elles reçoivent quand elles rejoignent la communauté. Comprends-moi comme il faut – j’aime le windsurf, et la plupart des gens que j’y croise sont très sympathiques.
J’ai commencé le windsurf il y a trois ans. Quand je suis devenue une personne « publique » sur les réseaux sociaux, et quand j’ai commencé à trouver des sponsors, des gens m’ont critiquée en disant que je n’étais pas assez bonne dans ce que je faisais, et que d’autres méritaient plus que moi d’être sponsorisés. Pour moi, cela me semblait étrange que je ne puisse pas avoir le temps d’apprendre le windsurf, c’est comme si les gens attendaient de moi d’être championne du monde l’année où j’ai commencé !

Je suis comparée à des athlètes qui font du windsurf depuis qu’ils (ou elles) sont jeunes, qui sont des professionnels, et qui dans la plupart des cas n’ont pas d’enfants. J’ai 35 ans et j’ai deux enfants de 8 et 12 ans, je travaille à plein temps. J’ai quitté mon ex, déménagé, changé de travail, commencé à apprendre le windsurf, le ski, et ajoute à ça un gros travail sur les réseaux sociaux. Je pense que je mérite chaque sponsor qui me soutient ! Régulièrement, on se moque de moi et on me ridiculise sur la plage, ainsi que sur les réseaux sociaux. Mon point de vue, c’est que je ne peux pas comprendre pourquoi certains windsurfers expérimentés passent leur temps à cracher sur les gens qui ont une vraie envie d’apprendre le windsurf.
Peut-être que ce qui m’arrive est unique et ne reflète pas la réalité de ce qui se passe dans le windsurf, mais je dois admettre que je me demande ce qui ne va pas quand je vois que la grosse part des nouveaux venus sur nos sports de glisse se porte sur le kitesurf et pas sur le meilleur sport du monde, le windsurf !

Y-a-t-il une chance que ce que j’ai découvert par moi même soit le cas pour d’autres? Si oui, je pense que la communauté du windsurf devrait réagier, et décourager ceux qui ont ce point de vue vis à vis des autres windsurfers. Il y a des règles simples sur la plage, dire bonjour, sourire, offrir de l’aide si besoin, en d’autres termes : BE NICE, surtout avec les débutants!

WINDBASE : La façon dont tu profites du windsurf, les sessions que tu partages sur internet, cela ressemble à l’esprit fun du windsurf des années 90. Peux-tu nous expliquer ta « windsurf way of life » ?

MIRIAM : C’est une bonne observation. Dans les années 80 et 90 (quand j’étais jeune!), le windsurf avait plus de poids et une meilleure audience. Deux de mes idoles sont Jenna et Robby, des athlètes charismatiques qui offraient bien plus que la seule performance au public.
La plupart des gens voient le sport comme quelque chose qu’ils peuvent faire pour le fun. De nos jours tout le monde se focalise sur les actions extrèmes dans tous les sports, j’ai peur que cela fasse fuir les gens qui pourraient choisir le windsurf comme un passe temps. J’ai décidé d’essayer de montrer que le windsurf est une excellente activité, peu importe ton niveau, en retraçant mon propre apprentissage depuis le départ.

WINDBASE : Quels sont tes buts en windsurf? Tes projets ?

MIRIAM : Je veux être vraiment bonne dans ce que je fais, je veux vivre la vie d’un windsurfer. Pour me mettre la pression et pour apprendre plus vite, je vais commencer la compétition cette année. J’espère me qualifier pour une finale de PWA, et finir dans le top dix en 2016.
J’ai beaucoup de projets dans le futur, mais je vais attendre qu’ils prennent forme avant de les partager. Tu sais comment c’est, les idées ne se concrétisent pas toujours !

WINDBASE : Combien de sponsors as-tu actuellement? Peux-tu les nommer en dix secondes, ou la liste est trop longue?

MIRIAM : C’est facile! Challenger Sails,Novenove,Powerex, AL360, PFTfins, Unifiber, CLIPHarnesslines, RedGullEurope et Surferskin! 9 sponsors en 10 secondes, no problem!

WINDBASE : Est ce que tes sponsors te permettent de skier et de faire du windsurf tous les jours, ou as-tu un métier à côté ? Lequel ?

MIRIAM : Je suis coach dans ma propre salle de gym. Je peux décider de mes horaires, je peux donc adapter mon entrainement à ma semaine de travail.

WINDBASE : Est-ce que c’est dur de trouver des sponsors? Que te demandent-ils? Gagner des compétitions, une grosse visibilité dans les réseaux sociaux….?

MIRIAM : Quand j’ai démarré ce projet il y a quatre ans, j’espérais avoir des sponsors un jour. Mais j’étais persuadée que je devrais démarrer la compétition avant tout. Pendant que je progressais en windsurf, j’ai travaillé dur sur mes connaissances des réseaux sociaux. Cet effort a payé plus tôt que je ne l’espérais, et j’ai commencé à recevoir des offres de la part des industriels assez tôt. J’ai été claire sur mes limites quand il s’agit de mon niveau en windsurf, mes contrats de sponsoring sont tous ciblés sur ma présence sur les réseaux sociaux. Plus tard, j’espère que je pourrais offrir plus à mes sponsors bien sûr.

WINDBASE : Est-ce que tu te considères comme une windsurfer pro, ou veux-tu l’être un jour?

MIRIAM : Par définition je ne suis pas professionnelle actuellement, mais je rêve de l’être dans le futur. Je suis persuadée que si je continue à travailler aussi dur que je l’ai fait depuis trois ans, cela se fera !

WINDBASE : Est-ce que tu penses que tu aurais autant de sponsors si tu n’avais pas un physique avantageux?

MIRIAM : Je sais pertinemment que l’apparence physique ne joue pas quand on doit choisir qui doit être sponsorisé ou pas. Cela se résume simplement : qui représente le sport de la meilleure manière. Je suis persuadée que si un windsurfer avait fait autant d’efforts, et s’était investi de la même manière que ce que je l’ai fait depuis quatre ans, il aurait obtenu le même résultat que moi.
Mes sponsors savent quelle masse de travail est nécessaire pour fournir du contenu utile à la promotion, chaque jour, chaque semaine au cours de l’année. Je peux t’assurer, ils comptent sur moi parce que je donne plus de retour, et pas à cause de mon physique.
De plus, j’essaie de bien me comporter et d’être bonne joueuse. Tu vois, je crois au Karma. Tu recevras ce que tu mérites dans la vie.

WINDBASE : Que préfères-tu dans le windsurf? Une session de slalom au taquet, une session de vagues, ou du freeride / bump&jump sans prise de tête ?

MIRIAM : Facile, une session de slalom au taquet! Pourquoi? C’est à peu près tout ce que je sais faire pour le moment!

WINDBASE : Quand essayeras-tu de rider de grosses vagues?

MIRIAM : Je vais essayer de rider de petites vagues cette année, je n’ai aucune expérience dans le domaine, mais ca me semble vraiment fun, et je voudrais vraiment essayer si je trouve un spot “facile”

WINDBASE : Peux-tu me dire ce que tu ressens quand tu es sur ta planche au planning ?

MIRIAM : Ohhh, c’est le pied! Je vois tout comme dans un tunnel, les contours sont flous, tout semble passer au ralenti et les sons s’éloignent. Tu glisses sous le soleil et ça dure une éternité! Chaque problème disparait, tu oublies tout à part le moment présent. C’est une des meilleurs sensations que tu peux éprouver comparé aux risques de blessures inexistants !

WINDBASE : Penses-tu que ta motivation, et la joie que tu ressens grâce au windsurf, peuvent attirer plus de femmes dans notre sport ?

MIRIAM : J’espère! J’essaie de partager à quel point ce spot a changé ma vie pour motiver d’autres personnes à choisir ce qui est bon pour eux. Pas forcément le windsurf, mais parfois, prendre le risque de changer peut tout changer !

WINDBASE : Il semble que tu t’entraines beaucoup, sur l’eau, et hors de l’eau. Peux-tu nous décrire une semaine d’entrainement normale pour toi ?

MIRIAM : Pendant l’hiver je pratique le Cross-fit et je soulève de la fonte dans mon club. Habituellement je skie deux ou trois fois, et si les conditions sont là, je fais du windsurf.
En général, je m’entraine en basse et moyenne intensité 6 à 8 heures par semaine, et en moyenne et haute intensité, de 4 à 6 heures par semaine (Note de Windbase : Alors là, ça pique, bordel !)

WINDBASE : Désolé pour la question, mais c’est important dans notre sport…. Combien mesures-tu, et combien pèses-tu ?

MIRIAM : Je fait 1m75, et je pèse entre 63 et 65 kilos l’hiver. Il y a cinq ans, je pesais 58 kilos. Ca a été dur pour moi d’accepter de prendre du poids. Cependant, j’ai constaté des progrès fulgurants en windsurf à mesure que je prenais du poids en prenant du muscle. Je pense que « Strong is the new skinny» est devenu ma nouvelle devise.

WINDBASE : Peux-tu nous en dire plus sur ton quiver? Combien de voiles, de planches, quelles tailles, quells ailerons… On veut tout savoir!

MIRIAM : J’adore parler de mon matériel!

J’ai trois voiles de vagues Three-G en 3.5, 4.2 et 4.7. Au dessus, j’ai six voiles full camber Aero+ de 5.4 à 9.2. Tout en haut, j’ai une voile de formula de 11m², toutes sont des Challenger Sails.

J’ai aussi une Fluido Softwing 6.0 en test. Cette voile est une très bonne surprise, à la fois facile et efficace, un très bon profil sans cambers. Peut-être que je testerai la version freerace l’an prochain à la place des Aero.

Mes boards sont des Novenove WC slalom, 89/109/129. J’espère avoir les 2015 bientôt (96/115/125).

J’ai une board de vagues de 86 litres, et SUP gonflable, le tout de chez Novenove.

Powerex me fournit mes mâts, 3 mâts de vagues RDM carbone, et 6 mâts race SDM carbone. Ils sont très bien construits et réagissent super bien.

AL360 me fournit mes wishbones, trois wish slalom E3 carbone, et un slim carbone pour les vagues. Super prise en main, et très bien fabriqués.

J’ai des bouts de harnais Clip harnesslines (moulés), J’en ai de plusieurs couleurs, ils sont facilement réglables, ça fonctionne bien.

J’ai double boardbag à roulettes Unifiber pour transporter facilement mon matériel en voyage.

Récemment, j’ai reçu de nouveaux ailerons de Plan Fins technology (PFT, d’Italie), en carbone, ils sont affutés, rapides et faciles à contrôler. Ils m’ont envoyé 30 et 32 en G10, et 34/36/38/40/46 en carbone.

WINDBASE : Quel est ton combo préféré? Pour quelles conditions?

MIRIAM : J’adore glisser dans 16-20 noeuds, avec ma 109 wc slalom, en 7.1 ou 7.8 Aero +.

WINDBASE : Est-ce que tu peux nous en dire plus à propos du windsurf en Norvège? Il y a beaucoup de pratiquants ?

MIRIAM : Je ne sais pas trop… En me basant sur les différentes communautés Facebook, j’estimerais le nombre de windsurfers Norvégiens aux alentours de 500, à plus ou moins 100 près.

WINDBASE : Est-ce que vous pouvez naviguer toute l’année en Norvège, ou faut-il arrêter après l’été, quand la glace recouvre la mer, et les orques avides de sang viennent chasser ? (Note de Windbase : Non, j’ai pas bu… Promis)

MIRIAM : J’estime que 20-50 pratiquants en font toute l’année. La saison “normale” dure de mai à octobre. Nous mettons des combis intégrales et des chaussons tout l’été, l’eau dépasse rarement les 21 degrés.

WINDBASE : As-tu déjà essayé l’ice windsurfing?

MIRIAM : La Norvège n’a pas beaucoup de spots qui s’y prètent. Par contre, on peut faire du windsnow, et j’ai un kitewing pour utiliser avec mes skis quand il y a du vent.

WINDBASE : Est-ce que tu penses que le ski t’aide pour le windsurf, et inversement?

MIRIAM : Je pense qu’il n’y a pas de lien direct d’un point de vue physique, mais la partie la plus importante est la même : reste concentré !
Oublie tes peurs, oublie que tu as froid, et oublie la douleur. Concentre toi sur ta technique et sur le bon temps que tu passes !

WINDBASE : Vas-tu au Défi Wind cette année? Quel y serait ton but? Est-ce que tu adaptes ton entrainement pour cet évènement?

MIRIAM : J’y serai, mais ma place n’est pas encore confirmée, il y a eu un problème d’inscription. Donc, j’irai, et j’espère qu’il y aura une place ouverte pour moi. J’irai plusieurs jours avant pour tester le spot et m’habituer aux conditions. Mon but est de finir toutes les courses. Je pense que je peux le faire si le vent n’est pas complètement fou !

WINDBASE : As tu déjà participé à une LD?

MIRIAM : Pas encore? Parfois, je fais des sessions d’une heures orientées LD pendant mes entrainements.

WINDBASE : Tu fais partie du Slalom Team Norway, peux-tu nous en dire plus?

MIRIAM : J’ai formé le STN il y a quelques mois pour différentes raisons. L’une d’elles est la promotion du slalom en Norvège, et la seconde raison est la promotion des meilleurs slalomeurs de Norvège, en participant à des compétitions internationales au niveau relevé. Enfin, j’espère créer un engouement positif envers le windsurf en général en montrant la joie et l’enthousiasme portés par ce sport.
J’ai avec moi les clubs et les planchistes les plus passionnés et volontaires du pays sur ce projet, seul le temps dira si nous réussirons. Nous basons nos stratégies sur l’intégration, pas sur l’exclusion, nous allons organiser des clinics avec le STN partout où les gens peuvent nous rejoindre, pour apprendre dans les meilleures conditions.

WINDBASE : As-tu prévu de participer au tour PWA? Peux-tu nous dire si tu t’entraines aussi dur afin de finir dans le top 5 PWA en 2016, et dire « surprise !!!! » à tout le monde ?

MIRIAM : Je prévois de participer au tour PWA cette année si je peux me le permettre. Je ne pense pas que j’ai besoin de finir dans le top 5 pour surprendre tout le monde, cela sera surement suffisant si je participe à n’importe quelle étape de la PWA.
Je serai plus qu’heureuse avec un top 10 dans le classement des PWA femmes en slalom. Le top 5/6 joue dans une ligue différente, c’est difficile de se rendre compte si je pourrais un jour me mesurer aux filles les plus rapides.

WINDBASE : As tu des trips windsurf prévus en 2015 2016? Quels pays aimerais-tu visiter dans une optique windsurf?

MIRIAM : Et bien, je vais être prise par les étapes et events (Corée du Sud, France, Alacati, New Caledonia, et Afrique du Sud l’hiver prochain). Je compte participer à un maximum de compétitions nationales et internationales en plus de ça. Peut-être un trip en Italie aussi

WINDBASE : Es-tu proche de Svein Rasmussen? Si oui, t’a-t-il poussée vers le windsurf?

MIRIAM : Mon père s’appelle Svein Rasmussen, cependant il n’est pas le Svein de Starboard. Le même nom, mais pas le même homme.

WINDBASE : Est-ce que tu penses que le windsurf est macho? Est-ce que ça a été difficile pour toi de découvrir le windsurf à cause de ça ?

MIRIAM : Je ne dirais pas macho, mais complètement dominé par les hommes. Cependant, cela a beaucoup changé ces dernières années, il y a plus de filles qui naviguent en Norvège que jamais.
Mais, comment ne pas apprécier tous ces grands gaillards dans leurs combinaisons en néoprene? Les filles qui ne font pas de windsurf ne savent pas ce qu’elles manquent ! 😉

WINDBASE : Pour finir, je devais te le demander, car beaucoup de monde se demande, as-tu un boyfriend?

MIRIAM : Comme je l’ai dit, j’ai 35 ans, et j’ai deux enfants de huit et douze ans, je n’ai plus de boyfriend, j’ai un mari!
La raison pour laquelle il est « invisible » dans la vie sur les réseaux sociaux, c’est qu’il est aussi mon photographe, il est toujours de l’autre côté de la caméra. Il est bien sur un skieur et un windsurfeur confirmé, et il me soutient dans tout ce que je fais.

WINDBASE : Merci Miriam. Et pour ceux qui veulent te suivre, c’est par la :

https://vimeo.com/miriamrasmussen
http://www.miriamrasmussen.com
https://instagram.com/ptmiriam
https://www.facebook.com/ptmiriam
twitter: @pt_rasmussen

Interview Macro Copello

WINDBASE : Qu’est ce qui t’a amené à devenir shaper?

MARCO : D’abord la nécessité: il n’y avait pas de planches de funboard à l’époque, puis l’arrivée sur le spot d’un ami de retour d’Hawaii avec un custom Sailboards Maui désigné par Mike Walze et shapé par Jimmy Lewis… un choc! Et la révélation! Voilà ce que voulais faire dans ma vie, exit la biologie, l’océanographie, les plans de carrière etc., exercer mes capacités et mon éventuel talent dans cet art, voilà ce qui m’importait vraiment! Ça peut paraître con, mais c’est tout bêtement comme ça que cela s’est passé….

WINDBASE : Tu shapes à la fois des planches de windsurf et de kitesurf. Comptes-tu continuer à shaper ces deux types de boards, ou vas-tu plutôt privilégier l’un par rapport à l’autre?

MARCO : En fait les deux types de planches m’apportent des choses différentes et complémentaires soit au niveau du shape qu’au niveau des technologies, en synthèse je pourrais dire que les deux m’aident à progresser, donc pas question de privilégier l’une par rapport à l’autre

WINDBASE : Ton savoir-faire côté windsurf est-il utile quand tu shapes une planche de kite? Ou ce sont deux mondes vraiment différents en termes de boards? Et à l’inverse, est-ce que certaines avancées côté kite pourraient profiter aux flotteurs de windsurf?

MARCO : Je pense que quand tu es shaper tu es shaper, point. Après il est clair que l’expérience spécifique est nécessaire pour ne pas shaper des daubes mais à la base de tout il y a le feeling et celui-ci est complétement transversal… En tous cas, les deux expériences se complètent et ouvrent le champ de vision, ce qui ne peut qu’être bénéfique en termes de créativité.

WINDBASE : Est-ce qu’il y a des commandes que tu ne peux pas réaliser en custom, à cause par exemple d’une charge de travail trop importante, ou encore à cause de demandes trop extrêmes?

MARCO : Non, tout est question de temps, j’aime bien les challenges un peu pointus, et si ça prend beaucoup de temps pour la réalisation, ce n’est pas un problème pour autant que le client soit prêt à y mettre le prix. Ce qu’en revanche je refuse de faire c’est de shaper une planche avec des cotes imposées si je sens que cela ne va pas marcher.

WINDBASE : Combien de planches Swell Expression sors tu par an en moyenne?

MARCO : Pas beaucoup, une vingtaine au grand maximum.

WINDBASE : Testes-tu tous les flotteurs que tu fabriques?

MARCO : Hélas, non!…

WINDBASE : Peux-tu nous expliquer ta relation de travail avec Greg Penne? Collabores-tu avec d’autres riders?

MARCO : Avec Greg on s’amuse à tester des idées un peu extrême et pas commerciales, mais qui permettent de faire avancer la connaissance et à vérifier concrètement des hypothèses. Avec Pascal Boulanger, en revanche je travaille sur des flotteurs de course et là il s’agit d’assurer les performances, pas question de risquer de shaper un oignon pour tester une idée, c’est moins libre mais tout aussi passionnant

WINDBASE : Quelques questions en vrac pour ceux qui voudraient se faire plaisir avec un custom : Combien ça coute? Combien de temps pour le fabriquer? Quelle est la garantie proposée? Peut-on visiter l’atelier?

MARCO : Les réponses en vrac : un custom ça coute 2.000€ pour une planche toutes options, (fabrication avec les meilleures combinaisons de matériaux/technologies), décorée, avec pads (et bumpers si nécessaire). Le temps nécessaire est d’au minimum trois semaines, plus le délai d’attente qui dépend du carnet des commandes. La garantie est totale, aucune malfaçon n’est tolérable sans limites de temps et la casse en deux est à exclure pour les flotteurs de vagues, freewave et freestyle, donc cassé = remplacé pour une année au minimum, voire plus si une rupture tardive s’avérait être due à une faiblesse…

WINDBASE : Parlons un peu du speed, il y a quelques temps tu as sorti des planches pour Anders, collaborez-vous toujours ensemble? Plus globalement, que penses-tu de la course au record actuellement, et comment la planche pourra-telle passer les 50 nœuds?

MARCO : Non avec Anders on ne collabore plus, pour la course au record, c’est plutôt mal barré, vu le potentiel du kite et d’hydroptère je crains que avec 50 knts on soit loin du compte en planche. Cela dit ça n’empêche pas de chercher à naviguer de plus en plus vite! Pour une fois qu’on peut foncer sans se faire allumer !!!

WINDBASE : Pour revenir sur les flotteurs de série, aujourd’hui les flotteurs de slalom voire de vagues atteignent les 2400 euros, quel intérêt pour le planchiste qui veut se payer une planche neuve, de prendre de la série plutôt que du custom?

MARCO : Je me le demande! Quand on ouvre une planche de série et que l’on voit comme c’est fabriqué en plus, on a du mal à comprendre. A côté de ça, les gens en tant que masse ont besoin de références, de modèles et de repères et toute la com des marques est orientée dans ce sens alors que le custom est par définition une démarche individuelle et unique. Dès lors c’est normal que les grands nombres aillent vers la série et que le custom reste anecdotique.

WINDBASE : Franchement, les qualités de réalisation et de construction sont-elles comparables entre la série et le custom?

MARCO : Je ne parle que pour ce que je réalise, et sans peur d’être traité de prétentieux, il n’y a vraiment pas de comparaison! Que ce soit au niveau des matériaux utilisés, que par leur quantité utilisée (notamment le carbone) ou la mise en œuvre, il n’y a aucune comparaison possible.

WINDBASE : Récemment la marque HTS a fait une percée en France, avec du buzz dans les magazines et sur le net, mais depuis quelques temps, c’est le calme plat. Peux-tu nous en dire un peu plus sur la marque, tes relations avec elle, et si l’histoire continue?

MARCO : Hts a été une belle percée, retombée comme un soufflé trop chaud, hélas des raisons personnelles relatives à la santé du boss de HTS l’ont obligé à mettre en suspend l’aventure, verra-t-on une suite?, je le lui souhaite de tout cœur.

WINDBASE : Le SUP, tu pratiques, tu en shapes?

MARCO : Non, trop long, ça ne rentre pas dans mon atelier.

WINDBASE : Que penses-tu des planches gonflables? Les SUP y sont déjà, et une planche gonflable pour débutant ou ballade est en train d’arriver sur le marché. A ton avis, pourra-t-on un jour gonfler sa board et aller se taper une vraie session dessus dans un vent consistant?

MARCO : Et bien non! Une chose est de se balader à 3 nœuds à la rame, foncer à plus de 30 propulsé par une voile ou une aile c’est autre chose…

WINDBASE : Depuis des années maintenant les flotteurs sont globalement construits de la même façon, un pain de polystyrène et une peau extérieure. Est-il possible à ton avis de changer complètement la conception? Si oui, qu’est ce qui t’a limité sur cette piste depuis que tu shapes des planches?

MARCO : Bien que le « sandwich » soit désormais le standard universel pour la quasi-totalité des marques, ce mot ne représente qu’une approche globale de la technologie, en fait ça ne veut pas dire grand-chose et c’est tout sauf une limitation. Les déclinaisons du sandwich et ses combinaisons avec des structures intégrées sont sans limites, et évoluent sans cesse (pour moi en tous cas…) et loin d’être une barrière, cette technologie est une source inépuisable de progrès et d’innovations!

WINDBASE : D’un point de vue moins global, as-tu fait évoluer tes shapes ces dernières années, ou conserves tu des scoops connus et éprouvés? Quelles sont tes dernières innovations en matière de shape?

MARCO : Pour le scoop, en slalom, les choses évoluent assez lentement, en fait on applique les mêmes principes d’il y a vingt ans aux longueurs d’aujourd’hui, en fait les scoops de slalom de l’époque étaient déjà bien optimisés et les rapports entre les différentes sections de scoop et les appuis (appuis des pieds, aileron, pied de mât) étaient bien maîtrisés, ce qui n’était pas le cas pour les outlines, les rails et les répartitions des volumes. Dans ces domaines, on innove encore assez vite et on teste des solutions extrêmes afin de bien comprendre l’action de chaque paramètre, en fait il y a encore pas mal de progrès à faire et de combinaisons à tester.

WINDBASE : Ou en es-tu avec les « mini » boards? Ce concept est-il applicable à tous types de conditions et pourrai-t-il aller à tout type de riders?

MARCO : Le concept est plus que prometteur, la plupart des riders qui les ont testées les ont adorées, à l’exception faite des gros gabarits. Dans la pratique la navigation avec ce type de planche est incroyablement facile et efficace, surtout dans des conditions « dures » où d’autres flotteurs saturent à cause du clapot.Là où il y a encore du travail c’est le démarrage (pas le départ au planning, qui est top) et le jibe dans des conditions « galère » ; du coup le flotteur pour plaisant et performant qu’il soit est peu adapté à l’utilisation en course

WINDBASE : Le bioflex, appliqué sur une planche d’une manière beaucoup plus large, en partant du tail jusqu’au pied de mat par exemple, c’est faisable? C’est une idée farfelue?

MARCO : C’est une idée qui me paraissait séduisante au départ et j’ai réalisé un prototype dont le flex sur l’arrière allait jusqu’au boitier d’aileron (on ne peut pas aller plus loin car le boitier doit être solidaire de la partie fixe) et latéralement jusqu’au-delà du pied avant : la cata totale ! Le «v » se déforme et la planche devient hyper-instable sur les appuis sur l’aileron de fait le flex sur le rail ne doit pas dépasser le pied arrière

WINDBASE : Entre du trifin et du Bioflex, tu choisis quoi?

MARCO : Sans hésiter, le bioflex ! De toutes façons je n’ai pas le choix, mes genoux ne supportent plus la navigation en planche « classique », surtout dans le clapot alors que en « bioflex » il n’y a aucun problème.

WINDBASE : Les « bewels » sur les planches de slalom induisent quel type de comportement, et modifient-t-ils la façon dont on doit choisir un aileron sur ces planches orientées performance?

MARCO : Les « bewels » associés au(x) concave(s) adoucissent le toucher d’eau, donc rendent plus progressif l’impact de l’avant de la planche avec l’eau ; de ce fait la planche « tape » moins et est moins physique, on peut de ce fait choisir un aileron un peu plus « pointu » car la planche encaissera mieux les à-coups venant de l’aileron

WINDBASE : Quelles sont pour toi les plus grandes évolutions dans le monde du windsurf ces dernières années?

MARCO : De toute évidence l’une des évolutions majeures a été la réduction de la longueur, associée à l’élargissement des avants, en slalom comme en vagues, le retour des multi-fins en vagues est en revanche un retour vers des solutions très anciennes, même si appliquées un peu différemment, ça reste une idée ancienne et pas une évolution.

WINDBASE : As-tu essayé les matériaux « bio », comme Sun7, Seaclone, Thommen, qui utilisent des résines « propres », du bambou, du lin, du liège…?

MARCO : Tout d’abord il n’existe pas de « résine propre » sauf dans le marketing, tout au plus il y a des résines qui seraient ( ?) plus respectueuses de la santé du shaper ou du stratifieur, à voir sur le long terme, cependant sur le plan mécanique il n’y a aucun intérêt, bien au contraire.Pour les fibres, je teste le liège qui a l’avantage sur les autres « fibres » végétales de ne pas absorber d’eau en cas de choc et qui en plus absorbe les vibrations et n’est pas trop rigide, en fait ce qu’il faut trouver c’est la bonne application, il ne s’agit pas de remplacer bêtement des fibres « sales » avec des fibres évoquant des vertes prairies pour faire plaisir aux écolos et aux bobos, mais plutôt de voir dans quelle application, dans quelle structure et par rapport à quelle contrainte ces nouvelles fibres peuvent apporter un plus par rapport aux matériaux plus classiques.Il y a certainement des gros avantages et de bonnes marges de progrès à trouver mais il y a de la réflexion et du gros travail de recherche à faire

WINDBASE : Tu utilises des matériaux haut de gamme, qui donnent un rendu visuel assez énorme sur des planches, et quand on voit les décorations peintes sur certains de tes customs, on a la larme à l’œil tellement que c’est travaillé. D’où te vient ce talent à sortir à la fois des shapes qui marchent mais aussi des décorations aussi réussies?

MARCO : Bon, merci pour les compliments mais je suis mal placé pour te répondre…J’ai toujours eu un gros penchant pour la création artistique et à une époque (lointaine…) j’ai même été artiste peintre mais je pense que l’essentiel concernant les planches est que je ne trouve jamais que quelque chose est « assez » bien, ni la finition, ni la déco, ni l’harmonie des lignes et que je cherche constamment à me dépasser pour que le résultat final approche de la perfection. Je sais que c’est une chimère mais ça fait partie de ma nature…

WINDBASE : Combien de sorties fais-tu par an en windsurf? Entre ton activité de shaper, et ton activité de vente de fromage… As-tu assez de temps pour aller sur l’eau?

MARCO : Peut-être entre 20 et 40 selon les années, c’est (trop) peu mais il y a en plus le kite et le snowboard et on ne peut pas être partout…Mais oui, c’est vrai, je manque cruellement de temps pour faire tout ce que je voudrais !

WINDBASE : D’ailleurs, le fromage, tu peux nous en parler? Pourquoi passer du rabot à la vente de fromages italiens? (D’ailleurs, si on veut gouter, c’est à Six Fours c’est bien ça?)

MARCO : Tout d’abord, il n’y a pas que les fromages, il y a aussi les charcuteries et les pâtes et bien d’autres délices !!!! Pourquoi ? Mais parce que je n’ai pas qu’une passion dans la vie ! En plus, le fait d’être un peu plus détaché des impératifs de rentabilité sur le shape me donne plus de liberté et de créativité et me permet d’exercer mon métier de shaper avec beaucoup moins de stress et de contraintes, ainsi je préserve le plaisir et la motivation qui autrement, au bout de 30 ans de ce métier pourraient commencer à s’effilocher…

WINDBASE : Gardes-tu un œil sur la PWA? Si oui, quel est ton sentiment sur le tour actuel? Comme on dit souvent, « c’était mieux avant », ou pas?

MARCO : Très peu, en vérité ; dire « c’était mieux avant » est un propos de vieux con, en fait j’étais d’avantage impliqué, c’est tout. Ce qui a surtout changé c’est qu’il y a beaucoup moins d’argent dans la compétition en planche à voile qu’avant (à tous les niveaux d’ailleurs) et ça ce n’est clairement pas bien !

WINDBASE : L’abandon des customs en PWA, c’est une bonne chose à ton avis?

MARCO : C’est carrément nul mais si les marques ont peur de quelques malheureux shapers, que veux-tu y faire ?

WINDBASE : Pour finir, quel est selon toi l’avenir de notre sport?

MARCO : Alors, là aucune idée ! Sauf qu’un sport aussi merveilleux tant au niveau de l’esthétique que des sensations sera toujours vivant, il pourra avoir des hauts et des bas, être à la mode ou pas mais il sera toujours là !

Interview Sarah Hebert

Sarah Hébert, windsurfeuse passionnée et bourrée de talent, va bientôt tous nous faire rêver: traverser l’atlantique sur du matériel de planche de série, énorme défi, avec comme gros objectifs la sensibilisation du public sur les défibrillateurs, et établir un temps de référence pour cette traversée.

Je profite de cette petite « tribune » pour vous rappeler à tous et à toutes que pour réaliser ce challenge Sarah à besoin de chacun d’entre nous, car son budget est extrêmement difficile à boucler, aussi, si vous le souhaitez, vous pouvez (ou votre entreprise, il faut oser!) faire des dons ou devenir partenaire sur cette page : http://sarah-hebert.com/site/windsurftransat/le-defi

(J’oublais, merci a tous ceux qui ont participé à l’élaboration des questions via les forums Windsurfing33 et Directwind!)

Sarah Hébert

WINDBASE : Peux-tu nous parler de ce qui a mené à la pose de ton défibrillateur, et comment se passe à la fois ta vie de tous les jours mais aussi ta pratique de la planche depuis cette opération?

SARAH : En décembre 2005 pendant un test d’effort pour le suivit médical imposé aux athlètes de haut niveau par la FFV, j’ai fait une tachycardie ventriculaire à 280/300 pulsations minutes. Un épisode cardiaque totalement anormal. Suite à de multiples examens à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, les médecins n’ont rien vu d’anormal mais ont préféré me proposer en plus de mon traitement bétabloquant la pose d’un défibrillateur.
J’ai donc à 22 ans du prendre la décision d’accepter ou non la pose d’un défibrillateur, au vu des têtes angoissées des plus grands pontes français j’ai accepté. J’étais un personne à risque, qui pouvai faire une une mort subite due à une fibrillation, suite à des efforts ou des stress intenses.
Aujourd’hui grâce à mon boitier et mes médocs je vis une vie sans soucis! La vrai différence c’est que cela n’a rien changé à ma vie je continue à vivre à 100% comme avant. Tous les 6 mois je vais à l’hosto pour la vérif’ de mon def’ et ça repart! Dans les aéroports je montre ma carte de porteuse pour ne pas passer en dessous des portiques, voilà c’est tout!

WINDBASE : D’où te vient ta motivation pour traverser l’Atlantique? Peux tu nous détailler la partie médicale / humanitaire qui entoure ton projet?

SARAH : Ce projet a germé dans ma tête il y a 5 ans, l’année où j’ai été implantée d’un défibrillateur cardiaque. Mais l’appel du large était omniprésent chez moi depuis quelques années, en effet j’ai grandi pendant 11 ans sur un voilier en famille. Après plus de 10 ans de navigation côtière il est temps que je reprenne le large. Enfin je crois que lorsque la vie nous rappelle qu’elle peut s’achever à chaque instant, on apprend alors « qu’il y a urgence à réaliser ses rêves »!

WINDBASE : Pourquoi avoir choisi la traversée de l’Atlantique avec bateau accompagnateur et pas la très médiatique traversée en autonomie? As tu hésité entre les deux?

SARAH : Pas une seconde, je n’avais aucune envie de traverser cette océan à 5 nœuds de moyenne! Non moi mon truc c’était d’être à donf’ pendant 25 jours, sur le support que je préfère, immergée dans l’élément qui a bercé mon enfance!
Certes je savais que le chemin serait plus complexe et le projet compliqué à mettre en œuvre, mais je suis convaincue que ça en vaut la peine!
Je ne cherche pas à faire un chemin de croix, l’autonomie complète bien sûr je l’aurais préférée mais avec une planche grand public ce n’est pas possible! Tant pis la journée je larguerais mon bateau pour vivre l’expérience du large seule!
Et puis en étant sportive et compétitrice, j’avoue que cet effort hors du commun m’impressionne et m’attire, c’est un challenge que j’ai hâte de relever!!

WINDBASE : Concernant ton suivi médical pendant la traversée, sera-t-il une simple précaution ou devras tu passer des « examens » sur le bateau suiveur après tes journées?

SARAH : Sur le bateau d’Olivier de Kersauson, Ocean Alchimist, il n’y aura pas de cardiologue, n’en ayant pour le moment pas trouvé de disponible sur une si longue période, mais à vrai dire je n’en ai pas besoin!
J’aurais aimé servir de sujet d’étude sur cette expérience jamais vécue par aucun porteur, mais l’étude et l’analyse des données pourra se faire à distance!
Pour ce qui est de la sécurité, mesdames, messieurs, je suis bien plus en sécurité que vous qui n’avez pas la chance de porter une ambulance en permanence sur vous!
Mon cher cardiologue Dr Gras me l’a encore dit il y a quelques jours pendant ma dernière vérif’ je peux partir dans l’Atlantique en toute confiance, il est d’ailleurs à 300% derrière moi! (ça fait beaucoup ça, non!)

WINDBASE : Comment va se passer la traversée concrètement? (outre les 8h de navs/jours). As-tu des aprioris, ou as-tu pu par exemple recevoir des conseils de navigateurs ayant déjà fait cette traversée?

SARAH : J’ai pris beaucoup d’informations auprès de ceux qui l’on déjà fait peu importe le support (la traversée). Que ce soit en direct ou via leurs écrits, je voulais avoir un maximum d’infos, ce que j’en retiens c’est qu’il y’a toujours une période d’adaptation pendant la première semaine où l’on prend ses marques.
Je ne sais pas encore ce que mon corps supportera le mieux en termes de répartition de la charge de navigation.
Certains comme Manu Bertin préféraient naviguer le matin et le soir, pour fuir le soleil! D’autre faisait 3 sessions, ou bien deux!
Quant à moi j’essayerais de limiter les échanges avec le bateau suiveur, beaucoup trop dangereux en pleine mer! Je devrais donc vivre une journée complète sur ma planche et me reposer à califourchon dessus! Pouvoir ainsi être autonome une journée en nourriture et boisson, une façon aussi d’être totalement seule chez moi! (la mer)

WINDBASE : As-tu prévu de naviguer dans toutes les conditions? Par exemple, s’il y a pétole, ou si le vent dépasse les 40 nœuds, que feras-tu?

SARAH : J’ai prévu de naviguer de 4 à 25-30 nœuds, en fait je n’ai aucune idée du maximum! Je peux naviguer par une force de vent très élevé, je risque d’être en revanche limitée par la dangerosité des transferts avec mon bateau suiveur. La mer deviendra tellement dangereuse arrivée à un point, ce bateau sera alors un vrai danger pour ma petite planche.

WINDBASE : Quel matériel comptes-tu utiliser lors de la traversée?

SARAH : Du matériel de production freeride, les Indy sails de chez Naish et les Grand prix pour les planches. J’aurais deux jeux de 5 voiles de la 5,1 à la 8,4 et 4 planches certainement la 95 la 128, la 135 et une raceboard.

WINDBASE : Quelle est la durée estimée de la traversée? Selon la saison à laquelle tu vas lancer ton défi (si par exemple tu le lances dès que le budget sera bouclé), ne crains tu pas de trop gros incidents climatiques? Et, pour finir, quand espères tu pouvoir te lancer?

SARAH : 25 jours à raison de 7 à 8 heures de nav’ par jour. La date de départ est prévue pour mars 2012, mais j’espère pouvoir me lancer en février période plus favorable pour les alizées.

WINDBASE : Combien te manque-t-il pour boucler ton budget? Et peux-tu nous dire quel est le coût global d’une traversée de l’Atlantique en windsurf?

SARAH : 60 000 euros, 200 000 euros! Facile me direz-vous…je vous réponds avec du cœur tout est possible! (NDW : Je vous rappelle, au risque d’être lourd, que vous pouvez soutenir le projet de Sarah à travers vos dons : http://sarah-hebert.com/site/windsurftransat/le-defi )

WINDBASE : As-tu déjà réalisé tes traversées de préparation? Lorient / Belle île Houat la Trinité, Le Conquet / Ouessant / Le Conquet, et Plymouth / Roscoff

SARAH : Une tentative échouée de la traversée le Conquet/Ouessant/le Conquet faute de vent, mais je ressayerais en octobre. Et puis des traversées chez moi à Nouméa.
Sinon dernièrement j’ai fait, un pti tour de la presqu’île de Quiberon en me mettant à l’eau à Kerhilio et arrivée St Co. (1h30 à bloc face aux falaises de la côte sauvage, c’était terrible!)
Mais la saison des traversée débute pour moi (là je ne vais pas me faire des copains!), je pars le 7 juillet pour un mois en Polynésie françaises où j’effectuerais en compagnie des 2 meilleurs tahitiens la traversée de 200 kilomètres qui sépare Papeete et Raiatea.
Plus de news dans quelques semaines sur www.sarah-hebert.com

WINDBASE : Quel est ton programme d’entrainement physique? Et d’un point de vue mental, suis tu une préparation particulière?

SARAH : Mon programme physique est élaboré avec l’aide de Mickael mon préparateur à la Thalasso de Carnac, également préparateur pour Gaétan Séné le Stand Up paddler. Bien qu’il exerce dans une salle de muscu, il fait attention à élargir ma prépa à tous les sports que je pratique afin d’avoir un développement harmonieux de ma musculature et surtout pour garder ma motivation intact et éviter la monotonie.
Je fais beaucoup de cardio peu importe le sport que ce soit en SUP, Wind, Kite, VTT, ou en salle.
J’augmente mes temps de navigation, réalise des petites et grandes traversées.
Plus je m’approcherais du départ et plus les heures sur l’eau augmenteront.
Quant au mental, il est testé par toutes les épreuves que je vis pour réussir à monter un tel challenge. Je peux vous dire que je n’ai jamais voulu quelque chose autant que de traverser cet océan avec ma planche et qu’une fois là-bas je serais la plus heureuse du monde.
Et dans les coups durs je repenserais aux montagnes que j’ai dû déplacer et aux personnes qui me soutiennent.
Pour le reste je pense que mon naturel optimiste suffit.

WINDBASE : Qui sont tes modèles d’aventuriers? L’inconscient et flamboyant Baron de Rosnay? La timide et tenace Raphaëla le Gouvello? Alain Gabet?

SARAH : Bien sûr il y a le Baron de Rosnay, mais il y a aussi Ellen Mc Arthur un vrai modèle pour moi! Et puis il y a les bargeots comme Mike Horn et des gars absolument étonnants et incroyable comme Alain Gabet qui me donnent des détails techniques intéressants!

WINDBASE : Est-il envisageable de t’accompagner en planche durant les traversées de préparation ? Quelques accompagnateurs planchistes de bon niveau qui pourraient ensuite devenir des ambassadeurs auprès de la communauté planchiste. Certains sont prêts à payer pour pouvoir participer à ce genre de traversée avec une sécu d’accompagnement.

SARAH : C’est une excellente idée, pour cette année ça ne sera pas possible car j’ai déjà beaucoup de choses à gérer toute seule. Mais après cette traversée je me ferais un plaisir d’organiser pour les plus fêlés des traversées longs courriers!!

WINDBASE : Quelles sont tes conditions de navigation préférées? Et le matos qui va avec?

SARAH : Dès que ça bastonne, j’ai le cœur qui s’emballe et je commence à prendre sérieusement mon pied! J’adore les conditions difficiles où chaque secondes demande une concentration maximale pour ne pas partir au tas!
Dans ces moments je me sens vraiment en vie, et j’ai vraiment l’impression de contrôler mon corps, je crois que j’adore sentir l’adrénaline courir dans mes veines!!
Quand la mer et le vent se réveille, j’adore relever le défi que la nature me tend!
Sur la coupe du monde mon étape favorite est celle de Sotavento, à Fuerteventura!

WINDBASE : Hormis la traversée de l’Atlantique, qui est déjà un bon petit morceau, quels autres défis peuvent t’attirer? D’autres océans peut-être?

SARAH : D’autres océans non, à part les mers fermées. J’aimerais naviguer dans des endroits insolites, j’aime le côté aventurier de la planche à voile, pourquoi pas faire ce qu’Arnaud de Rosnay aurait aimé réaliser. La terre est grande!
J’ai envie également de partager ma passion et de la faire découvrir aux populations qui n’ont pas accès aux loisirs comme nous…
J’ai aussi au fond de moi depuis longtemps des envies de course au large, mon passage dans le Team Océan n’a fait qu’augmenter ce désir.
Et puis à terme mon objectif ultime et de parcourir le monde sur un voilier avec ma famille…;) (Je sais ce n’est pas très original, mais les bonnes expériences sont faites pour être vécue de nouveau non?!)

WINDBASE : Qu’est-ce qu’il te fait aller à l’eau malgré tes problèmes cardiaques, que cherches/aimes-tu dans la pratique du windsurf ?

SARAH : La même chose que vous!
J’ai découvert ce sport fantastique fin 99 depuis je suis une vraie passionnée, accro du planning qui passe son temps à scruter les arbres, la page d’accueil de mon navigateur internet est toujours bloquée sur windguru, quand windfinder et les autres modèles météo ne sont pas ouvert eux aussi!
Le sentiment de liberté que l’on ressent lorsqu’on est pied dans les straps et mains sur le wish est incommensurable!
A chaque coup dur de ma vie je me suis toujours réfugiée sur l’eau pour souffler, et qu’est-ce que ça marche bien!!!

WINDBASE : Penses-tu revenir un jour sur de grosses compétitions, comme la PWA?

SARAH : La question est difficile, cela fait 10 ans que je suis sur les circuits internationaux, d’abord en Formula puis en Slalom. Je commence à en avoir fait le tour et je suis désormais attirée par des défis plus proches des gens. Le format trip, reportage photo et vidéo me correspond mieux aujourd’hui mais lorsque l’on a été dans le Top 3 mondial l’envie de se ré aligner sur une ligne de départ est plus fort que soi. Depuis le début de l’année je suis attentivement tous les résultats de la PWA et j’avoue que cela me manque parfois. Pour mes amis aussi, nous sommes une vraie famille qui se balade d’étape en étape, ils me manquent tous. Les paris sont lancés retournera retournera pas!??
Pour le moment je me concentre sur mon objectif: l’Atlantique.

Une Française au plus haut niveau du Windsurf

WINDBASE : Regrettes-tu de ne plus courir pour la France? Y a-t-il eu des gens de la FFV qui sont venus te voir à titre perso ou non pour s’excuser ou justifier la position française a ton égard?

SARAH : Vivre ce retrait de licence a été sans aucun doute l’épreuve la plus difficile dans cette histoire! Je l’ai vraiment ressentie comme un abandon. Sans licence, avec l’interdiction de naviguer sur les épreuves compétitives qui ont lieu sur le sol français j’ai vécu un cauchemar pendant plusieurs mois. Sans proposition d’aide à la reconversion et de suivi médical par la fédération Française de voile, rien…
A côté de ça, l’expérience humaine que je vis au quotidien avec les enfants du lac Sévan en Arménie est extraordinaire. Depuis 4 ans je suis Franco/Arménienne et très fière de ma patrie de cœur.
Il y’a bien quelques têtes embêtées qui sont venus me voir, et pourtant mes demandes de réouvertures de dossiers à la FD n’ont jamais été acceptées.
Je ne demande qu’une chose aujourd’hui qu’on me laisse courir en toute liberté et légitimité sur le sol français.
Se rendent-ils comptent à quel point leur décision m’a handicapée? J’ai perdu le droit de naviguer en France, donc la médiatisation Française, par la suite mes sponsors français, un véritable frein pour ma carrière sportive, qui si je n’avais pas le caractère d’une battante m’aurait arrêté en plein vol.

WINDBASE : Peux-tu nous donner ton avis sur la direction que prend la PWA en ce moment par rapport aux coureuses? Par exemple, pas d’épreuves pour elles en Espagne… (Remarque, au moins certaines d’entre vous ont pu venir au Défi Wind, et c’est tant mieux!)

SARAH : Les temps sont durs pours les coureuses de la World Cup. La crise est passée par là et les responsables de la PWA font peut être une erreur fatale lorsqu’ils présentent les projets aux villes te pays qui nous accueillent.
En effet pour le budget d’une épreuve, ils sont très transparents sur ce que coûtent tous les différents postes de dépenses notamment au niveau des prize money. Si je ne me trompe pas pour les hommes c’est 35 000 ou 40 000 et pour nous 15 000 euros. Du coup depuis quelques années maintenant certains organisateurs comme à Fuerte préfèrent faire l’économie des filles. C’est dommage, mais je ne jette pas la pierre aux responsables de la PWA car leur boulot de démarchage doit être très complexe en ce moment. A côté de ça de nouvelles étapes naissent comme la France en 2010 et Aruba cette année!

WINDBASE : Pourquoi, il y a-t-il si peu de pratiquantes dans notre sport ? A ton avis, le matériel proposé par les différentes marques est-il adapté ? Ex : Flotteur mini, environ 67 litres, ou encore le matériel performant qui est développé à 99% par et pour de gros gabarits.

SARAH : Déjà il y a plus de pratiquantes en Nouvelle Calédonie (proportionnellement) qu’une France, il faut dire que je suis toujours étonnée de voir que vous avez appris ce sport dans des conditions difficiles!! Qui aurait envie de foutre à l’eau en septembre par vent de nord avec une température extérieure de 14 degrés???!! Les filles sont peut-être un peu plus frileuses que les hommes!
C’est aussi un sport assez physique au début, les filles aiment également naviguer ensemble ce qui n’est pas toujours possible quand un spot est à 99% remplis de garçons.
Et puis c’est un sport mécanique, et on n’apprend pas aux petites filles à jouer aux voitures ou au mécano, c’est assez sociologique comme conséquence!
Mais les choses changent un peu. Grâce aux windsurfeuses médiatisées nous pouvons montrer que ce sport s’adapte parfaitement à la morphologie féminine ainsi qu’à l’esprit féminin (bien que là aussi on ne soit pas toute pareil!), et le matériel aussi à évolué, même si il est difficile de demander aux fabriquant de faire des efforts pour « une niche dans la niche »!

WINDBASE : Penses-tu que sans tes problèmes cardiaques tu aurais eu la même hargne à relever tous ces défis? Ou serais tu aujourd’hui si ton cœur n’avait pas tiré la sonnette d’alarme?

SARAH : Je ne sais pas, je crois que oui, mais je n’aurais peut-être pas eu autant d’idée, ça m’a peut-être donné envie de voler plus haut!
Personne en sais où j’en serais si on n’avait pas détecté ce problème cardiaque? Peut être toujours championne de France avec une renommée nationale et un parcours en World Cup… Ou peut être stoppée nette par un arrêt cardiaque on ne sait pas!

WINDBASE : Comment t’imagines-tu dans quelques années? Certains pensent que tu aurais un vrai talent et une vraie légitimité dans le monde de la télé pour des émissions sportives. (Eventuellement, un retour chez Wapala un jour? On aimait bien tes commentaires!)

SARAH : J’ai découvert par hasard le métier de journaliste, l’expérience que j’ai vécue pendant 3 ans avec Wapala était incroyablement riche en apprentissage.
Oui j’aime ce métier et j’espère continuer là-dedans, la radio me plairait beaucoup également.
Je vais essayer autant que possible d’allier ma passion pour les sports de glisse au métier de journaliste et on verra où cela me mènera dans quelques années.
Une seule chose est sûre je n’irais pas à Paris!!!

WINDBASE : Lors de la préparation de l’interview on a dû me demander au moins 345 000 fois de te poser la question… Es-tu célibataire? Plus sérieusement, que pourrais-tu donner comme astuces aux planchistes qui aimeraient voir leur moitié se mettre à la planche?

SARAH : Je suis morte de rire! Oui je suis célibataire! (NDW : Ya une boite mail qui va exploser la… :p )
Surtout ne lui apprennez pas vous même à moins que vous ayez une patience inépuisable, ne soyez pas trop exigeant et pensez qu’avant tout elle doit se faire plaisir, trouver une autre copine avec qui elles pourront se soutenir dans les différentes étapes de l’apprentissage. Et ne soyez pas jaloux si elle préfère prendre des cours avec le beau blond de l’UCPA!! 😉
Merci pour cette interview, même si elle était extrêmement longue et que je finis d’écrire ces ligne à 5h du mat’ à Papeete (Tahiti), c’est sans aucun doute la meilleure à laquelle j’ai pu répondre.
A+ et bon ride 😉

Interview Peter Thommen

Lors d’une prise de contact avec Peter au sujet des planches T1, et après avoir posé quelques questions sur mon matériel, je me suis empressé de demander si une interview serait possible. Chose qu’il a accepté très vite, un grand merci à Monsieur Thommen donc. Et encore une fois merci à ceux qui ont participé en venant me proposer leurs questions bien à eux.

WINDBASE : Est-ce toujours toi qui développe les planches, et effectue la totalité de la R&D, et ou se font ces développements?

PETER : En effet, c’est toujours moi qui me colle à la tache. J’essaie tous les prototypes que je réalise. Cela me permets aussi de faciliter la communication avec les gars et les filles à qui je confie des tests et de mieux cerner dans quelle direction je dois faire évoluer mes designs. La plupart des essais se font à Maui ou je fabrique mes prototypes et ou on peut trouver quasiment toutes les conditions dont on a besoin.

WINDBASE : Comment se passe le développement d’un nouveau modèle, ou la modification d’un shape existant? Travailles tu à l’ancienne dans un atelier, ou plutôt en numérique?

PETER : Cela fait quelques années maintenant que j’utilise un programme de design pour paufiner mes shapes et nous avons investi dans une machine de shape très performante pour améliorer non seulement la précision mais aussi pour garantir une reproduction exacte de mes designs. Cela permet aussi de vraiment apporter d’infimes changements.

WINDBASE : Ou sont fabriquées les planches Thommen?

PETER : Les planches de série T1 sont produites chez Jinli Composites Ltd en Chine tandis que mes prototypes et mes planches custom sont fabriquées avec le concours de la Nelson Factory à Maui. Je collabore avec ces gars depuis plus que douze ans…

WINDBASE : Peux tu nous faire une planche réplica de la Thommen 260, avec les matériaux actuels? Pour ces planches qui ont marqué les esprits, existe-t-il un équivalent dans ta gamme actuelle?

PETER : Toute est possible – je pense que je retrouverais encore les cotes principales de cette planche (ou d’autres d’ailleurs). La RS54 devrait être la planche la plus proche de la 260 dans la gamme actuelle…mais bon, ce n’est quand même pas la même chose.

WINDBASE : En France beaucoup de monde n’a pas du tout connu tes planches après la période Sputnik, quelles ont été les principales évolutions que tu as suivies au niveau des shapes depuis?

PETER : Il est vrai que depuis la période F2 mon travail n’a pas été aussi médiatise faute de moyens publicitaires, entre autre. Mais j’ai continue le développement de mes shapes en intégrant certains nouveaux composants tout en maintenant une certaine continuité concernant les caractéristiques: je suis toujours a la recherche d’une certaine sensation spécifique que doivent procurer mes planches; aussi bien les planches de vagues que les planches de slalom ou même les freeride.

WINDBASE : Peux-tu nous dire, d’un point de vue purement technique, quels sont les avantages mécaniques et de mise en oeuvre du bambou dans tes planches? Quelles sont les différences fondamentales avec le carbone, et la fibre de verre?

PETER : Bon, le bamboo a des propriétés techniques franchement intéressantes; aussi bien en traction qu’en compression. C’est une fibre naturelle qui pousse littéralement comme de la mauvaise herbe tandis que la fabrication de fibres de carbone demande énormément d’énergie; donc, il y a aussi une composante écologique qui nous a fait pencher vers l’utilisation du bamboo. Le plaquage en bamboo nous a permis d’améliorer toutes les qualités mécaniques de nos planches d’un coup d’un seul.

WINDBASE : Il n’y a pas de planches quad/twin/trifin dans ta gamme. A ton avis, ce retour à ce type d’ailerons est il simplement un coup marketing, ou une réelle révolution? Vas-tu sortir des modèles de ce type?

PETER : Ce n’est pas que du marketing et les planches ‘multifin’ vont faire partie du paysage de la planche a voile, d’autant plus que, contrairement aux premières planches, des modèles plus récentes ont fait de gros progrès vers une réelle polyvalence d’utilisation: bref, maintenant on peut même tirer un bord tout droit sans avoir peur d’un spin out incontrôlable a la rencontre du moindre petit clapot…D’un autre cote, un bon single fin reste plus adapte a l’usage d’un grand nombre de planchistes. Nous n’avons pas encore décidé si et quand nous allons proposer des modèles multifin dans notre gamme; c’est évidement aussi une question d’investissement.

WINDBASE : Depuis le temps que le windsurf existe, peut-on dire qu’il y ai des standards gagnants en terme de shape? On voit des planches radicalement différentes, avec du double concave, des cut out, sans cut out…

PETER : Oui, bien sur, il y a des designs ou des caractéristiques qui ‘marchent’. Personnellement, j’aime des solutions simples, des lignes pures et harmonieuses tant que possible. C’est quand on pousse la performance dans certains domaines que l’on a recours a des trucs plus spécifiques comme des cut-out etc., et cela pour de bonnes raisons; il faut simplement être conscient que cela ne favorisera qu’un aspect et peut-être contre-productif dans d’autre. Tout cela est une question de priorités.

WINDBASE : Les shapes de slalom ont-ils des types de voiles préférés? Par exemple, est-il possible de dire, en connaissant le shape de la planche, si elle marchera mieux avec une voile d’une marque ou d’une autre?

PETER : Il est vrai que les voiles ont souvent des caractéristiques un peu différentes concernant la façon dont elles ‘chargent’ le flotteur – mais en général il est possible de régler toutes voiles sur touts les flotteurs. Cela est d’autant vrai que le choix de l’aileron va grandement influencer ces réglages. C’est un tout : planche, voile et aileron.

WINDBASE : Est-il possible de réaliser un flotteur ultra compact ou en deux parties pour voyager léger?

PETER : Tout est possible si l’on met les moyens – intellectuels et financiers.

WINDBASE : Si je te dis que je fais plus de 100 kilos, que je fais du freestyle, peux tu me proposer une planche adaptée a mon gabarit? Les planches de 100 litres actuelles sont trop petites…

PETER : Le freestyle demande qu’une planche puisse déjauger et accélérer sous la moindre impulsion d’énergie. Donc, il faut un certain surplus de volume pour la maintenir a flot tout le temps. Le volume nécessaire se calcule plus ou moins ainsi: Le poids du gars + environ 10 kg pour le gréement et autres accessoires + 6 – 8 kg pour le poids du flotteur. Donc, pour un gars de 100 kg, un flotteur de freestyle devrait faire autour de 120 litres pour être efficace dans des vents moyens.

WINDBASE : La société Head utilise en ski et en tennis une fibre intelligente auto adaptative, serait-il possible d’utiliser ce type de fibres en planche à voile pour améliorer nos flotteurs? (Un peu plus d’infos ici : http://www.head.com/ski/technology.php?region=fr&tag=ski&id=139 )

PETER : Il y a un grand nombre de nouvelles matières et/ou procédés qui pourraient être appliqués a la fabrication de planches à voile. Souvent, c’est le coût, soit des matières soit de l’outillage nécessaire pour leur mise en oeuvre, qui sont prohibitifs… Nous ne sommes pas dans une situation d’un marché ou l’on est prêt à payer facilement une prime pour une meilleure technologie…hélas.

WINDBASE : Les planches Thommen ont quasiment disparu en France, que s’est il passé? De même cela fait très longtemps qu’on a plus vu une planche Thommen dans un spécial test?

PETER : Nous avons connus quelques problèmes avec un premier producteur il y a de cela quelques années. Nous ne pouvions pas livrer comme prévu ce qui avait conduit notre distributeur à jeter l’éponge. Aujourd’hui, la situation à changé et nous poursuivons quelques contacts en vue d’une distribution de T1 en France. Affaire a suivre, donc. (NDW : Affaire qui sera suivie de très près faites moi confiance 😀 )
La présence d’un produit dans un test est dépendante de sa disponibilité, donc de sa distribution, et aussi des pages de publicité réservées dans les différents supports…

WINDBASE : Dans quel pays les Thommen se vendent le plus? Au total, combien de planches Thommen sont vendues par an?

PETER : Mon partenaire Mark Thoms et sa société WindGear BV sont basés en Hollande. Notre premier marché est donc naturellement le Benelux. Ensuite nous collaborons avec des distributeurs en Italie, Angleterre, Grèce et les pays Scandinaves. Moi, de mon coté, je m’occupe des ventes aux Etats-Unis et au Canada.
Le nombre de planches? Pas encore assez – même si nous n’avons pas l’ambition de devenir un poid-lourd de l’industrie. Mais, ceci dit, nous progressons…

WINDBASE : Qu’est devenu le partenariat avec Proof pour les planches de vagues?

PETER : Cela a prit fin avant même la séparation avec Bjorn. Pour des raison plutôt personnelles, d’ailleurs, puisque je m’y sentais pas a l’aise pour travailler, naviguer ou pour simplement y passer une bonne partie de mon temps (NDW : à Gran Canaria). Pour travailler, je suis très attaché aux conditions de Maui et aussi aux gens avec qui j’y collabore.

WINDBASE : En terme de délais, de qualité et de coût, ou penses tu que la production en série de planches de windsurf soit le plus intéressant? Existe-t-il d’autres alternatives à Cobra?

PETER : C’est un débat qui mériterait plus que quelques lignes… Mais, pour faire court: oui, il existe des alternatives a Cobra, T1 en livre déjà la preuve et je pense que nous proposons des produits d’une meilleure qualité de fabrication.

WINDBASE : Fabriques tu des customs à la demande? Si oui, quelle est la gamme de prix, et quelles sont les différences avec la gamme Thommen standard?

PETER : Oui, bien sur. J’aime même beaucoup cela. Le contact direct avec le client d’abord et le challenge de lui concocter la meilleure planche possible… et aussi ce flottement jusqu’aux premiers retours d’impressions une fois la planche livrée.
Les différences avec les planches de série peuvent se manifester partout, dans tous les domaines…c’est cela le sur-mesure. Souvent, mes planches de série servent de base de discussion pour déterminer un projet individuel.
Les prix peuvent varier pas mal suivant les choix de construction, d’accessoire ou d’esthétique. Pour donner une idée, le prix de base est de 2250 dollars pour un flotteur avec straps et pads expédié de Maui. Ensuite, le prix se calcule suivant le choix de fibres, de plaquage etc…

WINDBASE : Comment vois tu ton avenir? Te consacreras tu toujours à ta propre marque, ou as tu déjà eu des propositions pour faire de la R&D pour une marque de planche plus répandue et disposant de gros moyens?

PETER : J’aime faire ce que je fais et j’ai vraiment envie de poursuivre le développement de planches – pour moi, pour T1 et, pourquoi pas, pour une autre marque…je suis certainement ouvert a tout.
Il y a aussi d’autres domaines qui m’intéressent comme le design de meubles, par exemple.

WINDBASE : A ton avis, pourquoi le prix du matériel de windsurf a autant augmenté ces dernières années? Le marché peut-il tenir à ce rythme sans s’écrouler?

PETER : Augmente? Par rapport a quoi? Cela n’a certainement pas augmenté beaucoup par rapport à l’augmentation des prix de nos matériaux de base, les coûts de transport et du coût du travail…faut pas oublier que même une planche de série demande beaucoup de main d’oeuvre: une planche n’est pas un produit pop’out.

WINDBASE : Penses tu qu’il est possible de frapper un grand coup pour faire bouger le marché du windsurf, en proposant par exemple des produits vraiment moins chers (comme les planches C2 produites en Europe de l’est), ou des options de shape radicalement différentes? Quel est ton avis sur les planches creuses (comme AirInside)

PETER : Frapper un grand coup demande d’abord de grand moyens pour le faire savoir…donc un gros budget de marketing. Ensuite, cela ne se calcule que si le nombre de produits vendus sera vraiment important. La solution miracle, je n’y crois pas. Le low-cost en planche n’est pas une évidence, non plus. La qualité a son prix – et l’absence de qualité aussi; chose que l’on a tendance à oublier un peu trop vite a mon goût.
Une révolution des design? Bien sur, encore faut-il qu’elle marche vraiment… Le public n’est pas dupe.
Les planches creuses: Une très bonne solution si l’on maîtrise la mise en oeuvre. Le point négatif, ce sont les coûts d’outillage, le prix des matières premières et du travail hautement qualifié. Tout cela ronge toute possibilité de viabilité économique d’un projet de ce type.

WINDBASE : Le marché du windsurf se réduit chaque année, beaucoup sont partis vers le kitesurf, quelle serait la voie à suivre pour retrouver les années fastes qu’on a connu à la grande époque de la PBA et de Peter Stuyvesant?

PETER : Contrairement a beaucoup d’autres, je n’accuse pas le kitesurf. Certes, il y a des gens qui ont migré dans cette direction mais je pense plutôt que le windsurf, c’est-à-dire l’industrie (y compris la presse spécialisée, évidemment) n’a pas su proposer ou promouvoir ni des produits ni un contexte vraiment adaptés à la demande d’un nouveau public. Malheureusement, je n’ai pas de recettes toute prêtes a proposer non plus. Mais il n’existe quasiment pas d’infrastructures qui favorisent la pratique du windsurf, il n’y a quasiment pas d’endroit ou peut louer du bon matériel et il n’y a quasiment pas de scène sociale autour de la planche comme il en existait un peu partout au début…
Ensuite, les années fastes des débuts ne reviendrons pas, c’est certain: le mode de vie a change; les attentes et le goût du public a changé, etc. etc.
Le windsurf est une occupation, un sport, qui demande beaucoup de persévérance: cela ne s’apprend pas pendant un après-midi et cela ne se pratique pas quand on le veut entre midi et deux ou après le boulot avant le dîner… Mais que c’est bon pour vider la tête et pour vivre de bonnes sensations!

WINDBASE : Que penses tu de la course à l’armement qu’on voit actuellement dans le windsurf? Le pratiquant moyen utilise le même matériel que les champions, penses tu que cela va dans la bonne direction? Serions nous plus heureux avec du bon matériel de freeride?

PETER : Le course a l’armement a toujours existé dans tous les disciplines sportives ou l’on se sert d’un équipement. Ensuite, il est vrai que dans la planche on semble croire en cette fantaisie que l’on doit absolument se servir de la même planche qu’un champion du monde…en oubliant qu’il a toute une palette de planches a disposition, navigue tous les jours ou presque… Je pense que la plupart des planchistes seraient mieux servis en utilisant des planches qui leur facilitent la navigation et offrent des plages d’utilisation le plus vaste possible. Evidement le choix de son support dépend des conditions que l’on rencontre le plus souvent, son niveau de navigation etc. etc.
Mais bon, rare sont les gens qui vont chercher le pain en Formule 1…

WINDBASE : Quels sont tes rapports avec Bjorn à ce jour? Certains disent que tu as tout perdu lors de cette séparation, qu’en penses tu? combien de fois t’a-t-on posé cette question depuis cette rupture…?

PETER : On ne peut perdre quelque chose que si l’on a quelque chose a perdre. Les dernières années de notre collaboration étaient plutôt marquées par son absence que par son existence.
Cette question ne m’a pas souvent été posée – et je n’avais aucune raison de communiquer d’avantage a ce sujet. Nous avons arrêté de collaborer; c’était mon choix et je ne le regrette pas même si j’aurai préféré une autre évolution.

WINDBASE : As-tu d’autres activités autour des planches Thommen?

PETER : Je collabore avec mon partenaire Mark Thoms dans tout ce qui concerne la marque; du breefing de marketing jusqu’a la rédaction de textes…

WINDBASE : Quels sont parmis tous ceux que tu as réalisés, tes shapes préférés, et pourquoi?

PETER : Il m’est arrive de réaliser des shapes qui étaient très spéciaux en leurs temps et heures. Mais, généralement, je n’entretiens pas de nostalgie pour ce que j’ai fait; ce qui m’intéresse, c’est avancer et proposer de meilleures planches.

WINDBASE : Quel est pour toi le meilleur spot que tu aies pratiqué?

PETER : Sur la cote nord de Maui il y un récif extérieur, connu sous le nom de Spartan Reef… Cela ne fonctionne que par un gros swell; a partir d’un bon 8 pieds (hawaïen), donc hauteur de mat. Même s’il faut remonter au vent pour rejoindre le line-up, cela reste accessible directement en planche et on n’a donc pas besoin d’assistance de bateaux ou autres jet skis. Le spot n’est que rarement couru par les pros et les medias, donc, il n’y a pas beaucoup de monde. J’adore cet endroit: on est a peu près a un kilomètre de la plage avec une vue extraordinaire sur la cote et sur Haleakala qui domine l’île du haut de ses 3023 mètres… splendide.

WINDBASE : On fait un apéro entre planchistes, tu viens?

PETER : Volontiers – si je me trouve dans les parages et qu’il y a autre chose que de la bière a boire… ce qui devrait être le cas dans une région réputée pour son vin, j’espère…